En direct de Tokyo ...

par Karyn Nishimura-Poupée, correspondante AFP Japon, avec le mangaka japonais J.P.NISHI

A Tokyo, il vaut mieux être gadgetophile fumeur...

... que "végétarien-bio" frutivore

Publié par K. Poupée le Lundi 7 Août 2006, 18:53 dans la rubrique Consommation - Lu 7701 fois - Version imprimable


NOUVELLE VERSION


Après une petite trêve musicale en compagnie du compositeur nippophile Hugues Le BARS puis du collectif musical "rinôçérôse" qui nous a fait l'amabilité de venir nous rendre visite au Japon, nous allons revenir à nos sujets de prédilection habituels, qui mêlent économie, faits de société et technologies.

Même s'il a un peu tardé, l'été est enfin arrivé à Tokyo où la température voisine en ce début août 2006 avec les 35 degrés.

Bonne occasion pour vous parler d'un sujet qui nous turlupine depuis quelques semaines: le prix dans la mégapole des produits raffraichissants de saison que sont les fruits .

Car la chose est pour le moins surprenante.



On trouve en effet moins facilement des fruits à Tokyo qu'une carte-mémoire pour téléphone portable.

Alors qu'à Paris "l'Arabe du coin" se reconnaît à l'étal de fruits en devanture, à Tokyo, les milliers de "konbini" (supérettes ouvertes 24H/24) présents à tous les coins de rues ne vendent le plus souvent ni fruits ni légumes frais, alors qu'ils ont en rayons toutes les variantes de cartes-mémoire et même des chargeurs ou autres accessoires pour mobiles.



Pour dénicher des pommes, des bananes, des poires ou des pêches, il faut aller dans les supermarchés, lesquels ne sont pas très nombreux au coeur de la mégapole, ou bien dans les sous-sols des grands magasins comme Takashimaya ou Mitsukoshi.

Là, pas de problèmes. Les rayons de fruits et légumes y sont non seulement spacieux et abondamment approvisionnés, mais aussi fort bien éclairés.
Rien à dire, les produits y sont fort bien mis en valeur, et l'hygiène parfaite.
Bref ça donne clairement envie d'acheter... jusqu'au moment où l'on découvre l'étiquette.



Première surprise, les fruits basiques comme les pommes, les poires, les oranges ou les pêches ne sont pas vendus au kilo, comme c'est généralement le cas en France, mais à la pièce. Et pour cause, le tarif au kilo serait pour le moins disuassif.
En effet, une pomme du cru, en provenance par exemple de la préfecture d'Aomori (nord de l'île principale de Honshu) se monnaye au minimum quelque 300 à 600 yens, soit 2,40 euros à plus de 4 euros pièce.

Pour avoir un peu moins cher, il faut choisir un fruit importé. Pour résumer, disons que la pomme la moins coûteuse, mais aussi la moins juteuse, et la plus petite (200g) sera aux alentours de 1,10 euro.

Idem pour les poires, les kiwis de Nouvelle Zélande ou les oranges en provenance d'Amérique.

Dans les rayons bon marché, un melon se monnayera à partir de 600 yens (4 euros), un ananas à partir de 500 yens (3,40 euros) ou encore une pastèque de petite taille à partir de 900 yens (6 euros).

En s'éloignant de Tokyo, dans certains supermarchés les prix sont légèrement inférieurs, mais quoi qu'il en soit, toujours plus élevés qu'en France.



Là n'est pas pourtant pas le plus affolant.

Adepte de la formule "tant qu'à nettoyer, autant faire briller", l'auteur de ces lignes s'est amusée à rechercher les fruits les plus chers de Tokyo, juste histoire de voir quels sommets les producteurs et commerçants sont capables d'atteindre.

L'enquête s'est révélée pour le moins fructueuse...

Nous avons en effet déniché dans le grand magasin Takashimaya de Tokyo un stand de fruits spécialisé dans les produits régionaux japonais émanant de petits producteurs où les étiquettes font sourire tant elles sont ahurissantes.

Exemples:



Un melon de la préfecture de Shizuoka, y est proposé pour la modique somme de 12.600 yens, soit 85 euros au cours actuel.



Deux mangues de Miyazaki: 21.000 yens , soit 143 euros.



Une grappe de raison de Nagano, 5.250 yens (36 euros).



Six pêches de la même provenance, Yamagata, 6.825 yens (46 euros).



Une toute petite mandarine de la préfecture d'Aichi, fort appétissante au demeurant, 368 yens (2,50 euros).

Un kaki de Wakayama, 1.260 yens (8,60 euros).

La liste est loin d'être exhaustive

Le plus drôle, c'est lorsqu'on compare ces prix avec ceux d'autres types de produits vendus au Japon. Les valeurs absolues seules n'étant en effet pas parlantes, voici quelques points de comparaison pour se fixer les idées.



Par exemple, pour le prix des deux mangues (21.000 yens), il est possible de s'offrir la dernière console DS Lite de Nintendo accompagnée de deux jeux.
Pour le prix du melon de Shizuoka, vous ressortirez d'un hypermarché de l'électronique d'Akibara avec dans votre cabas un casque audio de studio haut-de-gamme Sony CD900ST, le meilleur.

Pour le prix de la grappe de raisin rouge ou vert de Nagano, vous aurez droit à 17 ou 21 paquets de cigarettes brunes ou blondes.





Pour l'équivalent enfin d'une cagette de 10 melons de Shizuoka, vous trouverez même sans trop de difficultés un téléviseur à écran plat LCD de 32 pouces d'origine japonaise.



Bref, vous l'avez compris, l'échelle des valeurs à Tokyo n'a rien à voir avec celle qui existe à Paris, au point qu'on peut apercevoir parfois dans les parcs de la capitale des sans abris crève-la-faim qui n'ont rien d'autre que des clopes à se mettre dans la bouche mais ont néanmoins une radio FM et une mini-TV à piles à se poster sous les yeux.

Si Tokyo est effectivement une des villes les plus chères du monde, cela tient surtout au fait que ce qui est vital (la nourriture, le logement, les transports) est très onéreux, alors que le superflu (cigarettes, gadgets électroniques) y est proportionnellement bon marché.

Ce paradoxe tient essentiellement au fait que le Japon est un pays surpeuplé qui, s'il produits des engins high-tech à qui mieux-mieux, est loin d'être auto-suffisant sur le plan alimentaire.
Sa production maraîchère intérieure, limitée et il est vrai ultra-soignée, se monnaye donc très chère.



Les clients qui craignent de plus en plus les maladies d'origine alimentaire et disposent d'un pouvoir d'achat important, sont par ailleurs de plus en plus enclins, par souci sanitaire, à se tourner vers les produits locaux, voire bio, issus de lieux réputés.
La demande grimpant, les prix suivent le même mouvement.

Les tarifs à l'arrivée sont en outre d'autant plus élevés que les circuits de distribution sont constitués de nombreux intermédiaires qui, tous, prennent leur dîme au passage. C'est le prix de la fiabilité et de la ponctualité de la chaîne logistique, une autre caractéristique toute nippone.



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Commentaires

Salut,<br /><br />Le podcast pour le 8 au soir, c'est pour cet article ?<br />Non, parce que là, je n'ai pas vu de lien vers le podcast dans mon lecteur de flux RSS et ça y est, je suis en manque !<br />

sseb22 - 08.08.06 à 19:23 - # - Répondre -

Ca fait froid dans le dos!

akaieric - 08.08.06 à 22:11 - # - Répondre -

Et les cerises?

Bonjour, et merci pour ce billet intéressant.
Une petite question que je me pose souvent concernant le Japon : il est souvent (très) question de cerisiers (en fleurs bien entendu) mais jamais de cerises. Ils ne les vendent quand même pas à l'unité! De plus, à ma connaissance, les cerises ne semblent pas être utilisées non plus dans leur cuisine... De plus, c'est le même constat dans la littérature japonaise (que je connais pas mal, voir mon blog sur les romans japonais = http://romansjaponais.blogspot.com -une petite seconde d'autopub, merci ;-) là aussi il est souvent question de cerisiers en fleurs, mais que font-ils des cerises ? 

Lorenzo Soccavo - 10.08.06 à 16:07 - # - Répondre -

Re: Et les cerises?

Les cerisiers en question ne sont pas les memes qu'en France. Et pour ainsi dire, je ne suis meme pas sur qu'ils donnent un fruit comestible...

P!

Pied - 14.08.06 à 14:11 - # - Répondre -

Lien croisé

En direct de Tokyo : "A Tokyo, il vaut mieux être gadgetophile fumeur... Consommation, publié le lundi 7 août" rel="nofollow"

anonyme - 12.08.06 à 00:00 - # - Répondre -

Re: Lien croisé

superbe votre article sur les fruits a tokyo

agriculteur bio au cameroun je suis de passage ces jours a tokyo pour un seminaire  je confirme vos propos  et je pense qu il est possible de vendre de tres bons fruits aux japonais en plus s ils sont bio tant mieux 

donc si  vous avez envie de developper un reseaux ou connaissez des personnes ou magasions susceptibles de developper un reseau import de fruits de bonne qualite venant d ailleurs que des pays voisins au japon je serai interesse d etre mis en relation  

bien cordialement

jean pierre imele

ste biotropical

bp 12315 douala cameroun

tel 002379928664

ou 002376456590

imele jean pierre - 02.09.06 à 21:45 - # - Répondre -

Lien croisé

Le Blog Luxe : "Les touristes étrangers sont souvent extremement surpris par le prix exorbitant des fruits produits sur place, qui du coup deviennent des cadeaux très appréciés. "

anonyme - 11.04.08 à 21:09 - # - Répondre -

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