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Petits et grands faits de l'actualité nippone, sélectionnés par Karyn Poupée (journaliste), sur des musiques d'Hugues Le Bars

Le téléphone mobile, nouvel appendice corporel des Nippons... (Partie 2)

...et nouvel objet d'études sociologiques

Publié par K. Poupée le Dimanche 25 Février 2007, 23:40 dans la rubrique Faits de société


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Chers lecteurs, comme promis, voici le second volet du mini-dossier consacré aux usages surprenants du téléphone portable au Japon. Autant vous le dire tout de suite, on vous a réservé le meilleur pour la fin. C'est-à-dire tous les aspects les plus avant-gardistes d'un point de vue technique, et les plus surprenants voire dans certains cas les plus inquiétants d'un point de vue sociologique.



Si dans la première partie on a surtout parlé de l'utilisation du mobile dans un environnement virtuel via sa prime fonction (communiquer à distance), qu'il s'agisse des échanges interpersonnels ou de la consultation de contenus en ligne, dans ce second volet, nous allons davantage nous intéresser aux nouveaux rôles du portable dans un environnement réel, lorsqu'il se tranforme en véritable terminal d'interaction avec divers objets.

Il y a quelques années déjà, le "gourou" charismatique du premier opérateur mobile nippon NTT DoCoMo, Takeshi Natsuno, nous avait lâché lors d'une interview: "je veux remplacer le portefeuille de mes clients et le sac à main de mes clientes par leur téléphone portable". Plus qu'une "petite phrase", cette affirmation était en fait un résumé bien senti de la stratégie que l'homme n'allait pas tarder à mettre en application.
La clef pour y parvenir: intégrer dans le téléphone portable un composant permettant lui d'interagir très simplement avec son environnement proche pour lui permettre de remplacer un à un les objets que chacun transporte en permanence dans ses poches ou sa besace (porte-monnaie, cartes diverses, clefs...).
Ce qui fut dit fut fait. NTT DoCoMo fut le premier à doter sa gamme de téléphones d'une puce sans contact (technonologie d'identification radiofréquences ou RFID), en l'occurence Felica de Sony.




Par l'ajout de ce composant, le téléphone se mua soudain en porte-monnaie électronique, puis en ticket de train, puis en billet d'avion, puis en clef de porte, puis en carte de fidélité de boutiques ou encore en aspirateur à publicités, le tout en lieu et place de cartes à puces en plastique ou autre "ustensile", avec deux avantages majeurs: un écran qui permet de consulter directement les informations stockées sur la puce et un accès à des serveurs distants via le réseau cellulaire (pour recharger son porte-monnaie, consulter son compte, vérifier l'historique de ses achats dans une boutique, fermer la porte de chez soi à distance...). Autant de fonctions impossibles avec les outils antérieurs (cartes en plastique, clefs en ferraille) ne disposant pas de la faculté de se connecter.



Concrètement cela signifie qu'il est possible au Japon d'utiliser son téléphone portable pour payer dans les commerces, franchir les portillons de trains urbains, passer les portes d'embarquement dans les aeroports au départ des lignes interieures, cumuler des points de fidélité de boutiques, ouvrir et fermer la porte de chez soi ou encore accéder aux différents lieux d'une entreprise.



Pour cela, il suffit de disposer d'un téléphone intégrant la puce Felica et de télécharger gratuitement les applications souhaitées (porte-monnaie, billet de train, carte de fidélité...).
Ensuite, pour régler ses achats dans un commerce acceptant un mode de paiement à puce sans contact, le client n'a qu'à effleurer le terminal associé à la caisse enregistreuse avec son téléphone. Une operation qui prend moins d'une seconde.



Alors que ce type d'applications n'en est le plus souvent qu'au stade expérimental ou en phase commerciale initiale à l'étranger, au Japon, de nombreux services comme les porte-monnaie ou cartes de crédit (Edy, Suica, Quickpay, ID/DCMX,...), titres de transport (Suica, Icoca, Pitapa, Pasmo...), programmes de fidélité (Bic Camera, ANA, JAL, Pronto, Mac Donalds, Tower Records...), systèmes de promotion (Toruca...) existent depuis plusieurs années déjà.



On dénombre des dizaines de milliers de points de vente et transports (supérettes, restaurants, kiosques..., trains, métros, bus, taxis, distributeurs) acceptant ces nouveaux outils rassemblés sous le label "osaifu keitai", lequel signifie "portable porte-feuille". CQFD.



Outre NTT DoCoMo, ses deux principaux concurrents, KDDI et Softbank Mobile (ex-Vodafone Japon) ont repris le même label et proposent les mêmes applications gérées par des tiers (Bitwallet, JCB, JR, ....).
Plus de 25 millions de terminaux compatibles étaient déjà en circulation début 2007, et l'intégration de la puce Felica deviendra rapidement une caractéristique standard à l'instar de celle de l'appareil photo. De fait, l'usage comme à suivre à grande échelle
NTT DoCoMo, qui est aussi gestionnaire direct d'un service de carte de crédit mobile se frotte les mains, étant persuadé d'avoir donner naissance à une poule aux oeufs d'or.



L'auteur de ces lignes qui utilise ce type de services, notamment pour acheter des journaux ou boissons dans les konbini (supérettes ouvertes 24 heures sur 24) ou des CD chez Tower Records (dont NTT DoCoMo est actionnaires) peut vous garantir qu'il n'y a pas à ce jour moyen de paiement plus rapide et aussi pratique. Tel sont du point de vue des clients les avantages majeurs. C'est d'ailleurs tellement simple et ludique, qu'on a tendance à davantage dépenser, ce dont se sont bien évidemment rendu compte ceux qui proposent ces service.



L'adoption de ces services par les mobilautes n'est cependant réelle que parce que les opérateurs et les commercants sont de plus en plus nombreux à les proposer. Pourquoi? Eh bien tout simplement parce que les opérateurs rendent ainsi le téléphone de plus en plus polyvalent et donc indispensable (ce qui fidélise les clients et les incite à l'usage), et parce que les commercants y trouvent aussi de nombreux avantages en dépit des commissions à reverser aux gestionnaires de ces services: pas de monnaie à rendre, pas d'erreur de caisse, gain de temps, pas d'accumulation de piécettes dans les tiroirs, et dialogue facilté avec les clients par marketing direct via le mobile par transmission d'informations au moment d'une transaction.
Alors que les commerçants français ne perçoivent pas toujours les avantages qu'ils peuvent tirer de ce genre de technologie, se contentant de trouver les commissions à reverser aux gestionnaires de ces services trop élevées, au Japon, ils font un autre calcul.



Car dans les villes, les flux de population sont tels dans les transports et commerces, que la fluidité lors des passages de portillons de quais de métro ou le temps de passage en caisse sont des facteurs de première importance, ce qui n'est pas necessairement le cas dans les autres pays. Or, la technologie sans contact permet de diviser par deux le temps de passage en caisse, et comme c'est sans contact, il n'y a pas de problème de ticket restant bloqué dans une machine.



Si bien que les commercants ont fait marcher leur cervelle: en passant deux fois plus de clients en un temps donné, ils optimisent leurs services, peuvent éventuellement réduire le nombre de caisses aux profits de nouveaux rayons, donc référencer davantage de produits et augmenter ainsi leur activité et leur chiffre d'affaires. Tous comptes faits, le montant des commissions reversées est compensé par une augmentation des revenus le tout étant amplifié par une amélioration de leur image auprès des clients. Reste que les problématiques nippones (surpopulation, transports archi-bondés aux heures de pointe, ruée dans les supérettes le matin et à l'heure du déjeuner) ne se rencontrent pas dans les mêmes proportions folles à l'étranger et par conséquent l'apport des technologies sans contact est moins important.




A noter, autre différence majeure, que la sécurité est telle au Japon que les clients n'ont pas peur de se trimbaler avec un mobile high-tech leur servant de porte-feuille. Le risque de se le faire chaparder est faible et lorsqu'on le perd, généralement on le retrouve, soit aux objets trouvés, soit au poste de police du coin. Au pire, un service permet de bloquer les fonctions à distance moyennant un simple coup de fil à l'operateur.



Sans transition



Autres fonctions en vogues au Japon: l'accès à des informations par photographie d'un "code à barres en deux dimensions" ou autre pictogramme apposé sur un magazine, une affiche publicitaire ou autre document imprimé, et meme sur un écran vidéo.
La quasi-intégralité des mobiles en circulation sont compatibles avec ces pictogrammes dont il existe plusieurs variantes, le plus connu et le plus répandu étant le QR Code.

Il n'est désormais même nécessaire d'appuyer sur le déclencheur pour saisir ce pictogramme qui renvoie à un lien internet, il suffit de le cadrer ne fut-ce qu'approximativement. Le QR Code, que tous les mobilautes nippons connaissent et ont le plus souvent déjà utilisé, est de plus en plus souvent associé aux publicités dans la presse écrite. Il figure aussi sur les sites internet pour PC ayant un pendant mobile. Mais comme ce QR Code n'est pas très joli, certains ont commencé à se tourner vers un autre système, le ColorCode (d'origine sud-coréenne) qui permet de créer des pictogrammes en couleur plus attractifs. Enfin, il existe des systèmes qui permettent d'encoder un lien dans une photo que le téléphone saura decrypter. La difficulté étant dans ce dernier cas de trouver un moyen astucieux pour faire comprendre aux utilisateurs de mobile qu'en photographiant cette photo il peuvent accéder à des infos supplémentaire. Le QR Code lui parle désormais de lui-même tant il est devenu populaire.


Une autre façon d'utiliser le mobile pour récupérer de l'information: le message sonore subliminal. cette trouvaille est signée NTT DoCoMo.
Imaginez que vous entendiez à la radio une publicité pour un produit qui vous intéresse et sur lequel vous aimeriez avoir davantage de détails. Vous n'avez qu'à faire écouter la pub à votre téléphone portable qui captera, à l'intérieur du message sonore, un son encrypté que l'oreille humaine n'entend pas, mais que lui, le téléphone, sait décoder.
Ce message sonore "subliminal" contient l'adresse du site internet de l'annonceur, laquelle s'affiche alors sur l'écran du téléphone. Il suffit d'un clic pour s'y connecter.

Le téléphone peut aussi agir avec d'autres objets de son environnement en servant de passerelle avec des services en ligne. Il existe par exemple un site qui permet de sélectionner dans la grille de programmes des chaînes de TV les émissions que l'on souhaite enregistrer, et ensuite de se contenter d'appuyer sur une touche pour transmettre par infrarouge les programmations du mobile vers un enregistreur.

On peut aussi envoyer par infrarouge depuis son mobile des mélodies téléchargées vers des nouvelles gammes de réveils-matin à sonnerie interchangeable.



Un autre aspect guide le développement de services: la gestion des risques.
Dans un pays où les séismes et autres catastrophe naturelles sont ultra-fréquents, les services qui permettent d'être alerté en temps réel sur les risques rencontrent de fait immédiatement un écho auprès des populations. Les trois opérateurs ont ainsi un système qui permet de poster un message à ses proches même en cas de saturation du réseaux lors des désastres.



L'intégration d'un module de réception GPS dans la plupart des terminaux permet aussi de nouvelles fonctions de localisation, poussant les opérateurs à proposer à leurs clients des services pour suivre à la trace leurs enfants sur le chemin de l'école ou aux entreprises de mieux gérer leurs équipes mobiles.

Il est aussi bien sûr possible de suivre à distance ce qui se passe chez soi en se connectant depuis l'extérieur au réseau de surveillance domestique lequel est bien entendu capable d'envoyer directement un e-mail au mobile en cas de détection d'une quelconque anomalie.

Le terminal mobile peut aussi servir à obtenir des informations sur la traçabilité des aliments. par exemple en photographiant un QR Code qui renvoie à une base de données en ligne où figurent toutes les informations sur l'historique des produits.
D'ici quelques années, les Japonais pourront ainsi sans doute utiliser leur téléphone portable pour lire les étiquettes d'identification radiofréquence (RFID) qui remplaceront les codes à barres.

Pour conclure, sachez que les opérateurs nippons qui sont déjà passés à la 3,5G franchiront un pas supplémentaire en 2010 menant tout droit à la 4G.
C'est à ce jour NTT DoCoMo qui est une fois encore le plus en avance sur ces technologies en termes de recherche et développement. Il faut dire que lui et ses concurrents bénéficient d'un environnement porteur, les Japonais étant plus massivement prêts à adopter des nouvelles technologies, et le contexte spécifique japonais (sécurité, infrastructures sociale, surpopulation des villes, catastrophes naturelles, modes de vie) incitant à l'usage davantage que dans d'autres pays.

L'échec cuisant de la stratégie de Vodafone au Japon, qui consistait à proposer sur l'Archipel les mêmes terminaux et services qu'en Europe, prouve que les clients japonais sont bien particuliers. Ce qui marche au Japon ne peut être transposé à l'identique ailleurs avec la garantie du succès, et réciproquement.

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Le téléphone mobile, nouvel appendice corporel des Nippons... (Partie 1)

...et nouvel objet d'études sociologiques

Publié par K. Poupée le Dimanche 18 Février 2007, 23:48 dans la rubrique Faits de société


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Que peut bien penser le directeur des services sur mobiles i-mode de NTT DoCoMo, Takeshi Natsuno, lorsqu'il prend le métro à Tokyo (ça lui arrive) et constate qu'un tiers des innombrables passagers ont les yeux rivés sur l'écran de leur(s) téléphone(s) portable(s)? Est-il fier? Sans doute. Car c'est en grande partie grâce à lui et à ses ouailles que le "business" des services de données sur "keitai denwa" (mobile en japonais) est devenu l'un des plus lucratifs au Japon, à un point que nul n'aurait imaginé lorsque fut lancé l'i-mode en février 1999.

A vrai dire, il devrait presque être inquiet. Non pas pour ses finances, mais pour sa conscience. Car, ça fait parfois un peu peur de croiser autant de silhouettes sur les quais, dans les rues, partout, le téléphone scotché à la main, fixant on ne sait quoi sur leur écran de portable protégé par un filtre contre les regards indiscrets, ou tapant frénétiquement sur le clavier de leur "kakasenai keitai" (indispensable mobile). Ils sont là sans y être, tant ils sont concentrés sur leur objet.



Alors que les opérateurs européens commencent à sérieusement s'inquiéter du non-décollage des services de troisième génération (3G) sur le Vieux Continent même si la téléphonie mobile, prise stricto-sensu (communications vocales) y est massivement adoptée, au Japon, nul ne se pose plus la moindre question sur la légitimité de la 3G et le bien-fondé de s'attaquer au développement de la quatrième génération.



Début 2007, sur plus de 100 millions de souscripteurs nippons à une offre de télécommunications mobiles, plus de 66% ont d'ores et déjà opté pour la troisième génération, voire la 3,5G, et tous sont des utilisateurs actifs des services de données allant de pair.



En effet, les trois quarts au moins des individus que l'on rencontre dans les rues en train d'utiliser leur mobile ne passent pas des appels, mais s'en servent comme terminal de données. Et plus de 85% des quelque 50 millions de terminaux vendus en 2006 au Japon sont des modèles de 3e génération. D'ailleurs, les opérateurs (qui vendent les mobiles bridés sous leur marque, les fabricants ne les proposant pas directement) ne développent même plus de téléphones de 2e génération.



Le revenu mensuel moyen par abonné mobile (autrement dit le montant moyen de la facture mensuelle) s'établit aux alentours de 9.000 yens, soit environ 60 euros (au cours de janvier 2007), dont 20% à 30% proviennent des échanges de données, sachant qu'une part croissante des services sont en tout ou partie gratuits . Alors que le prix des communications vocales tend inéluctablement à chuter, du fait d'une concurrence de plus en plus féroce et des progrès techniques, le poids en valeur des données, lui, augmente.



D'où questions: que font donc ces Japonais avec leur keitai, d'où vient un engouement aussi massif, en quoi leurs pratiques sont-elles différentes de celles des Européens, et pourquoi le phénomène n'est-il pas parfaitement transposable en Europe en général et en France en particulier?

Nous allons tenter de répondre à ces différents points avec un maximum de détails en deux volets publiés à la fois sur ce site et sur celui de notre partenaire pour l'occasion, http://www.pdafrance.com .



A la première interrogation, "que font les Nippons avec leur mobile", la réponse pourrait être résumée en une phrase: tout ce qu'il faisait avant d'une autre façon, quand le "keitai" n'existait pas.

Outre le fait qu'ils téléphonent, évidemment, ils communiquent aussi par textes comme ils la faisaient auparavant par courrier, mais non pas par l'entremise de brefs SMS sibyllins, mais via de véritables e-mails, un outil en temps quasi-réel que pour beaucoup ils ont découvert et adopté sur le mobile avant de l'utiliser sur PC.




Même aujourd'hui, majoritaires sont ceux qui échangent davantage de courriels avec leur téléphone qu'avec un ordinateur. D'abord parce qu'ils en ont pris l'habitude, ensuite parce que leur mobile ne les quitte pas d'une semelle fût-ce une fraction de seconde. S'ajoute à cela le fait que nombreux sont ceux (jeunes, mères de familles, personnes d'âge mur) qui ont un mobile mais pas d'ordinateur. De surcroît, les Japonais font preuve d'une patience déconcertante pour saisir au clavier des textes d'une longueur qui se mesure en centaines voire en milliers de caractères, poussant même le soin jusqu'à ajouter des "e-moji" (caractères imagés) pour rendre le texte plus joli, comme il le font lorsqu'ils expédient une carte postale.
Tous les temps morts (attentes, trajets en transports en commun) sont autant d'occasions pour envoyer un message. Et dieu sait que dans la vie nippone, les heures passées à aller d'un lieu à un autre sont nombreuses.



Quand ils ne saisissent pas des textes, ils en lisent.

Ainsi, l'une des autres pratiques massives est la lecture des courriers reçus, soit en provenance de relations familiales, amicales ou professionnelles, soit émanant d'un commerçant ou fournisseur de services quelconques. La plupart des Japonais sont abonnés à des "newsletters" sur mobile, que, par discipline ou intérêt réel, ils prennent souvent le temps de lire. Quand ce sont des enquêtes, ils y répondent. C'est que ces dernières s'accompagnent souvent d'offres commerciales plus ou moins alléchantes (promotions, ventes exclusives...).



Les sites d'actualités des grands médias sont aussi fortement consultés, de même que ceux, innombrables, sur la météo offrant un luxe de détails (avec photos), à l'instar des bulletins diffusés sur les TV et radios . La fréquence des caprices climatiques (typhons, tempêtes de neige, chaleurs étouffantes) et la vénération pour la nature (cerisiers en fleurs, feuillages d'automne) n'y sont pas pour rien. Idem pour les sites d'informations sur les transports et la navigation dans les villes. Les Japonais adorent les plans avec comme points de repères les gares, commerces, et gares. Leur utilité est d'ailleurs difficilement contestable dans les villes sur plusieurs niveaux et où les rues n'ont pas de noms.

Depuis quelques temps, les blogs et réseaux communautaires sur mobiles constituent aussi un autre motif de lecture et d'écriture passe-temps.



Viennent ensuite les jeux, qui constituent un vrai marché de masse, touchant tous les publics. Il n'est ainsi pas plus rare de voir une femme de plus de cinquante ans échanger des e-mails avec son mobile, jouer à Tétris ou, plus récemment, à des quizz d'entraînement des méninges, qu'un jeune de 15 ans s'adonner à une partie de PacMan ou autre "mobile game".

Les téléchargements de musiques (sonneries ou titres en intégralité) sont également devenus depuis 2005 une pratique en plein boom, résultant directement des débits offerts par la 3,5 G (normes CDMA 1xEvDo chez KDDI ou W-CDMA/HSDPA chez NTT DoCoMo), dix fois supérieurs à ceux de la 3G de base.

Ainsi, au Japon, même si les baladeurs tels que l'iPod d'Apple ou les Walkman de Sony sont des objets populaires, les ventes de musiques en ligne se font dans plus de 90% des cas directement via les mobiles qui servent également de baladeurs. A noter que tous les terminaux 3G sont dotés d'une mémoire interne qui atteind parfois 1 gigaoctet (Go) et d'un emplacement pour carte amovible.

Autres contenus en vogue: les vidéos. Outre les services de téléchargement de clips et autres séquences animées, les chaînes traditionnelles (NHK, Nippon TV, TV Tokyo, TV Asahi....) peuvent désormais être reçues directement via le réseau hertzien de télévision numérique (TNT mobile ou télévision numérique personnelle dans le jargon français) grâce à un tuner intégré dans les récents terminaux.

La TNT mobile, lancée en avril 2006 sous la dénomination "OneSeg", gagne en popularité. Cette fonction constitue désormais un puissant facteur d'attraction pour le renouvellement de mobiles (plus fréquent au Japon qu'en Europe, tous les 12 à 15 mois en moyenne).

De fait, on commence à voir dans les cafés ou sur les quais de gare des personnes regardant les infos sur l'écran de leur téléphone. La radio numérique est elle aussi en passe d'arriver, avec une qualité audio inégalée sur la bande FM. Elle est expérimentée depuis janvier 2007 à Tokyo et Osaka et peut d'ores et déjà être reçue par quelques terminaux.

La lecture (et même l'écriture) de romans et autres livres disponibles en téléchargement devient aussi un phénomène massif chez les jeunes, et notamment chez les adolescentes, alors que les livres électroniques dédiés n'ont jamais percé. Comme on vous l'a longuement expliqué ici, le "keitai" est de facto, le plus prometteur des supports de lecture d'ouvrages numérisés, dont certains n'existent d'ailleurs pas sous une forme imprimée.



Enfin, n'oublions pas que tous les Japonais qui possèdent un téléphone portable l'utilisent aussi comme appareil photo numérique principal ou d'appoint, collectionnant les clichés qu'ils prendront même parfois la peine d'imprimer.



Voilà pour les pratiques les plus majoritairement et fréquemment utilisées. On dira que ce n'est finalement pas très loin de ce qu'on constate ailleurs. A une différence près, et non des moindres: l'ampleur du phénomène. Alors qu'en Europe ces diverses pratiques et l'adoption de la 3G restent cantonnées à une niche, au Japon, elles sont massivement adoptées, sans considération d'âge, de sexe, ou même de rang socio-culturel. Et ça change tout.




Dans la seconde partie, on s'intéressera aux autres types d'usages (commerce en ligne, monétique et billeterie) plus avant-gardistes, pour lesquels le Japon fait figure de pionnier, et aux raisons pour lesquelles les Nipppons ne sont décidément pas des mobilautes comme les autres.










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Douce France... Tu parles, Charles...

On est décidément mieux au Japon

Publié par K. Poupée le Dimanche 4 Février 2007, 23:19 dans la rubrique Faits de société


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Retour au Japon, reprise de service, après quelques jours passés en France. Chers lecteurs, heureuse de vous retrouver. Autant le dire d'emblée: ça fait du bien de regagner son pays d'adoption et la qualité de vie qui va de pair.
Non que la France ne soit pas agréable par certains côtés (peu nombreux à nos yeux), mais le moins que l'on puisse dire, c'est que la joie de vivre n'y transpire pas.

Les Japonais se plaignent de ne pas ressentir au quotidien la reprise qui dure depuis plus près de cinq ans sur l'Archipel? Ils n'ont qu'à séjourner quelques semaines à Paris et ils comprendront leur bonheur. Pour peu qu'ils aient un niveau de français suffisant pour dialoguer avec les autochtones, ils verront vite que leur propre sort est meilleur que celui des citoyens de l'Hexagone.



Il n'est qu'à écouter les débats de campagne pour se rendre compte qu'on qu'il y a vraiment quelque chose qui cloche en France: on n'y cause que d'argent, d'impôt sur la fortune, de la richesse réelle ou supposée des politiques, des anniversaires d'émeutes, de pouvoir d'achats, de seuil d'aisance, mais guère de valeurs humaines. Les bourdes des uns font les petites phrases des autres, la machine médiatique s'emballe mais le schmilblick n'avance pas d'un iota.







Vu la piètre qualité des discussions (du moins celles retransmises sur les ondes) on en viendrait presque à préférer l'absence de réel débat politique qui prévaut au Japon à la bassesse de ceux qui font les unes en France. C'est déplorable mais c'est ainsi. Passons.




Le plus marquant pour qui débarque à Paris en provenance de Tokyo, c'est d'y constater la morosité qui y règne et l'absence quasi-totale d'optimisme.



Partout, dans les taxis, dans les commerces, on écoute radio Nostalgie ou autres stations du même tonneau. Les meilleurs ventes de CD ne sont autres que des reprises plus ou moins remises au goût sonore du jour: Michel Delpech, Françoise Hardi. Pire encore, les titres entonnés, qui datent de plusieurs décennies, évoquent eux-mêmes le passé: "quand j'étais chanteur", "dieu, mais que Marianne était jolie", "c'était bien chez Laurette", quand ce n'est pas la tristesse d'une vie "je ne suis qu'un taxi driver", "30 manières de quitter une fille", on en passe et des plus déprimantes. Il remonte loin, le malaise.

Quant aux nouveaux talents, réels au demeurant, comme Miossec ou Bénabar, ils dépeignent un monde et des destinées guère enviables: "que s'est-il passé depuis que je me suis fait licencier, je n'ai pas encore payé la facture d'électricité", "j'veux pas y aller à ce dîner, j'ai pas le moral, j'suis fatigué". Tout un programme.



Qu'on se rende dans un commerce, il faut y faire preuve d'une amabilité, d'un calme et d'une sérénité insensés avant de pouvoir décrocher un sourire du vendeur et d'apaiser un tant soit peu son agressivité reflex, preuve d'un réel mal-être.

Dans les supermarchés, c'est à qui sera le plus malin pour grignoter cinq minutes de temps à la caisse, oubliant au passage toutes les règles de bienséance. La France semble être devenue le royaume de la "gruge", pour grappiller ici ou là quelques centimes d'euro ou quelques secondes. Tout le monde se sent lésé, donc tout le monde se venge avec les moyens du bord.
Et que je te klaxonne dans les rues, et que j't'insulte, et que je crache par terre, et que j'balance ma clope sur le trottoir, et que j'enjambe les portiques des métros, ....


A la question qui est responsable? la réponse fuse: l'Etat. Ben voyons. Et la responsabilité individuelle, ça dit encore quelque chose à quelqu'un?
L'humain, les gens ont disparu derrières des entités désincarnées: l'Etat, la Poste, le patronat, les syndicats... Pratique. Facile.... sans issue.




Et c'est à ces petits détails empoisonnants qu'on mesure par contraste la valeur de la patience, du savoir-vivre et des autres règles de vie en société dont font en permanence preuve les Japonais.

Ce n'est pas hélas chez les élites intellectuelles qu'on trouvera une once de réconfort. Quand on découvre dans le Monde que même André Glucksmann en vient à soutenir sans barguigner Sarkozy, on comprend alors qu'il faut vite reprendre l'avion pour retrouver le Japon, et vite vite, décrire, écrire, montrer, faire entendre ce qu'il s'y passe, du plus futile au plus sérieux, pour mettre un peu de baume au coeur à une poignée de lecteurs en quête d'une forme d'évasion, à vous donc.






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Le Tokyo Game Show, un salon de plus en plus fréquentable...

... presque débarrassé des cohortes de Japonaises à moitié nues servant de faire-valoir

Publié par K. Poupée le Dimanche 24 Septembre 2006, 00:08 dans la rubrique Faits de société



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Il y a quelques années, lorsqu'on venait au Tokyo Game Show (TGS pour les intimes), on avait vraiment la sensation étrange, et pas toujours agréable, de débarquer sur une autre planète, un univers d'initiés, plus ou moins inquiétant.
Les choses ont changé.


Il ya a désormais au TGS un peu moins de filles à moitié nues sur les stands (désolée messieurs), et davantage d'enfants et de femmes bien habillées dans les travées.


Ceux qui autrefois venaient pour se rincer l'oeil n'ont plus désormais qu'à braquer leurs télé-objectifs sur les "Cosplay" déguisés en personnages de jeux ou manga qui draînent avec eux un public d'inconditionnels de la Jap'anime.


Assurément, le monde du jeu vidéo s'est diversifié, et étendu à des pans de la population qui en demeuraient précédemment fort éloignés.

L'auteur de ce blog, qui fréquente par obligation professionnelle le TGS depuis sept ans, y voit la conséquence de deux facteurs concomitants : d'une part la démocratisation du jeu via le téléphone portable, qui prend une ampleur étonnante au Japon, et d'autre part "l'effet DS".


Dans les halls monumentaux du salon, qui soufflait cette année ses dix bougies, les stands des grands opérateurs japonais de télécommunications mobiles (NTT DoCoMo, KDDI, Softbank), où s'alignaient des dizaines de téléphones en libre accès, n'avaient en effet rien à envier en taille et en extravagances à ceux des Sega, Sony, Microsoft et autres mastodontes du jeu.


Aucune société de développement au Japon ne peut se permettre de faire l'impasse aujourd'hui sur ce créneau très porteur du jeu mobile.
Terminal caméléon, le "keitai" (téléphone portable) que possède plus de 90 millions de Japonais, est désormais capable de telles performances techniques qu'il est presque en mesure de rivaliser, en termes de graphisme et de sophistication, avec les vraies consoles de jeux portables.

Des publics rétifs aux jeux se laissent donc tenter, puis finissent apparemment par y prendre goût. Il suffit de grimper dans le métro à Tokyo pour voir que cette occupation aussi prisée que prenante n'est plus l'apanage des garçons de 15 à 30 ans. Les femmes et les plus de 40 ans en sont aussi désormais des adeptes.

La raison tient au fait que tout porteur de mobile a à portée de main une gamme de jeux téléchargeables pour portables des plus étendues, qui couvre toutes les catégories de divertissement, du simple jeu de plateau (Go, dames, solitaires, échecs) aux simulations sportives et jeux de rôles ou d'action en trois dimensions.


Les développeurs ne prennent en outre guère de risques qui adaptent en version mobiles des "hits" existant sur d'autres plates-formes ce qui leur permet de diviser les coûts par deux par rapport à un développement spécifique intégral.


Il n'y a qu'à puiser dans les portails des opérateurs, chacun y trouvera son bonheur.

A noter au passage que ces derniers, qui avaient un temps un peu moins argumenté sur ce secteur, pour vanter davantage la musique (KDDI) ou les fonctions de paiement électronique (NTT DoCoMo) sont repartis ces dernières semaines à l'offensive.

NTT DoCoMo vient en effet de lancer sa série de terminaux 903i "mega games" dont la principale caractéristique est d'octroyer davantage de capacités aux jeux en Java. Et le fait est que la différence se voit, sur le plan du graphisme, de la fluidité et de la complexité des jeux.


KDDI met pour sa part en avant les jeux en réseau, comme Bomberman qui peut accueillir jusqu'à 24 participants sur mobiles en ligne.

Quant au troisième opérateur présent au TGS 2006, Softbank, il s'est taillé un joli succès avec les jeux en réseau via la technologie sans fil de proximité Bluetooth (jusqu'à six participants côte-à-côte).

Il a par ailleurs fortement mis en avant son terminal 905SH fabriqué par Sharp, une petite merveille de technologie dont le magnifique écran s'oriente à l'horizontal en un tourne-main pour regarder la télévision (TV numérique terrestre mobile) ou jouer en "écran large 16/9e 3D".

Outre la démocratisation via le mobile, le deuxième facteur qui a rendu le TGS moins hermétique aux profanes et permis au marché nippon du jeu de recommencer à croître en 2005, est sans nul doute la console portable DS de Nintendo.


Comme on vous l'a déjà expliqué ici, cette machine de poche rencontre un succès incroyable auprès de tous les publics, de 4 ans à plus de 60 ans, grâce à un mode de jeu tactile fort agréable et à une logithèque bourrée de divertissements qui balayent large, comprenant aussi des jeux éducatifs et même des livres.



Le succès rencontré par les jeux d'entraînement des méninges constitue le meilleur exemple de cet élargissement à des nouveaux publics (personnes âgées, femmes), susceptibles ensuite, une fois l'habitude de jouer sur une console prise, de se laisser tenter par d'autres types de jeux.

Les professionnels ont bien mesuré l'effet bénéfique de ces jeux qui ont élu au TGS "Jeu de l'année", le premier et le meilleur représentant de cette nouvelle catégorie: "Quel âge a votre cerveau? Entraînement des méninges, par le professeur Kawashima".


La DS en a d'ailleurs pleinement profité qui s'est vendue à 6,5 millions d'unités au Japon depuis décembre 2004.
Quant à sa version récemment redesignée DS Lite, elle s'est déjà écoulée à près de 4 millions d'unités depuis mars dernier sur l'Archipel, du jamais vu en un laps de temps aussi court.
Trouver une DS Lite à Tokyo relevait encore de la chance en septembre, Nintendo étant dans l'incapacité de satisfaire toute la demande.

Selon le président de la société d'études spécialisée Enterbrain, le potentiel de cette console est énorme et "ses ventes pourraient atteindre à termes 20 voire 30 millions d'unités au Japon", dépassant ainsi l'actuelle championne des ventes, la PlayStation 2 de Sony (19,8 millions).

Les professionnels nippons sont d'ailleurs tout aussi optimistes pour la nouvelle console de salon Wii du même Nintendo, dont le mode de jeu par reconnaissance de mouvement est à une console de salon ce que l'écran tactile est à une machine portable.


Il était toutefois difficile de juger des réactions du publics face à la Wii au TGS, puisque Nintendo boude depuis l'origine ce salon, s'opposant au fait qu'il soit payant alors qu'il est avant tout un vaste lieu de promotion. Position ma foi fort louable même si nombreux étaient les visiteurs frustrés de ne voir que quelques titres pour la Wii présentés par leurs éditeurs (Konami, Sega) sur leurs stands.


Cette absence a à l'inverse fait le bonheur de Sony qui a fait un véritable carton avec sa PlayStation 3. D'autant que le géant de l'électronique a profité de l'événement pour annoncer une baisse de prix de la PS3 avant même qu'elle ne soit en vente. Initialement annoncée à 63.000 yens (version de base avec disque dur de 20 Gigaoctets), elle sera finalement vendue au Japon moins de 50.000 yens (environ 380 euros au cours actuel).


La présence au TGS 2006 de cette console en version jouable et de plusieurs titres phares aux graphismes impressionnants, comme Gran Turismo HD, a attiré du peuple.
En trois jours, le TGS a accueilli la bagatelle de 193.000 visiteurs (dont 40.000 professionnels et 23.000 enfants de moins de 12 ans), record historique.

Quelque 85.000 personnes s'y sont pressées le samedi 23 septembre, du jamais vu en une seule journée depuis dix ans qu'existe le Tokyo Game Show.

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Japon: la sécurité n'est plus ce qu'elle était...

... mais la biométrie redonne espoir

Publié par K. Poupée le Jeudi 24 Août 2006, 18:46 dans la rubrique Faits de société


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"Ahhhhh nihon ha ii kuni da naaaaa!" (Ah, le japon, quel agréable pays!!) s'exclamait il ya quelques décennies l'un des membres du trio Yellow Magic Orchestra (YMO pour les intimes) du compositeur Ryuichi Sakamoto.



Las, aux dires des autochtones, cette expression n'est plus de mise aujourd'hui, même si (naïve??) l'auteur de ce blog continue de penser que le Japon est assurément l'un des pays où il fait vraiment bon vivre, dans un cadre paisible et sûr en dépit d'une nature déchaînée (typhons, séismes, tsunami, orages, glissements de terrains, monceaux de neige et avalanches en cascade...).

Mais non rétorquent les Nippons, ma brave dame, vous vous méprenez, la sécurité ici n'est plus ce qu'elle était. Diantre!



Du coup, voilà nos Japonais désemparés qui se prennent de passion pour les systèmes de sécurité afin de protéger leur corps et leurs biens virtuels ou réels autant sinon plus vis-à-vis d'autrui que face à la cruelle et impitoyable nature.




Résultat: même si le nombre des délits constatés sur l'Archipel reste dans des proportions très nettement inférieures à celles relevées dans les autres pays développés, le Japon connaît un boom déconcertant du marché de la sécurité, notamment pour lutter contre les tentatives de fraudes, protéger les accès et endiguer les effets pervers liés à la concentration de données nominatives dans des fichiers comme à la multiplication des transactions sur réseaux.





Dans la panoplie des techniques les plus prisées pour lutter contre le mal, figure en bonne place la biométrie, devant les codes ou mots de passe jugés totalement désuets.



De fait, face aux falsifications de cartes bancaires, aux vols de données numériques et intrusions dans les serveurs (à la faveur de l'étendue mondiale des réseaux), les institutions bancaires et autres sociétés japonaises ont de plus en plus recours à ces systèmes d'authentification reposant sur les caractéristiques discriminantes humaines.
Et ce sans que le public ne crie aux loups, bien au contraire.




Les méga-banques nippones sont ainsi fières de mettre à la disposition de leurs "chers clients" des nouveaux distributeurs de billets équipés d'un système d'authentification biométrique "ultra-sûr".

Deux systèmes concurrents de ce type ont ainsi actuellement le vent en poupe: la reconnaissance du réseau vasculaire de la paume de la main conçu par Fujitsu, et de celui d'un doigt signé Hitachi.



Par exemple, lors d'une transaction (retrait, virement, dépôt d'argent, consultation de solde) effectuée depuis un automate, le client doit s'authentifier en saisissant son code et en approchant la main ou le doigt d'un lecteur lié au distributeur qui scanne, sans contact, son réseau vasculaire.



La puce de la carte bancaire effectue la comparaison entre les données obtenues à cet instant et celles qui y ont été pré-enregistrées avant d'autoriser ou non l'opération.

Les données biométriques ne sont pas stockées par la banque, mais uniquement sur la puce.
Le schéma du réseau vasculaire de la main ou du doigt est propre à chaque individu et invariable au cours du temps", argue-t-on chez Fujitsu et Hitachi.



"Les veines étant à l'intérieur du corps, il est en outre impossible de simuler une identité", ajoute ces mêmes industriels nippons qui ont entrepris cette année de conquérir des clients à l'étranger avec ces systèmes jugés plus fiables que les empreintes digitales, plus économiques en termes de maintenance, moins vulnérables face aux variations de température et plus hygiéniques car sans contact.



"Comme il suffit de placer sa main ou son doigt au-dessus du lecteur, sans contact direct, le système est mieux accepté par le public", explique un ingénieur.



Loin de faire hurler les clients, cette solution (qui consiste à simplement éclairer la main ou le doigt avec des diodes pour faire apparaître l'image des veines avant de la capter et d'en extraire le schéma pour l'analyser selon des algorithmes ultra-sophistiqués), est au contraire plébiscitée.



Du coup, toutes les banques s'y mettent. Elles prévoient même de rendre progressivement interopérables leurs distributeurs respectifs pour améliorer la commodité du système et séduire davantage les clients.



Ces mêmes techniques sont aussi proposées aux entreprises pour sécuriser l'accès à leurs réseaux. Elles visent également un usage personnel (remplacement du code sur un téléphone portable ou du mot de passe pour un PC). Progrès techniques aidant, le système d'Hitachi peut en effet atteindre un niveau de miniaturisation qui lui permet potentiellement d'être intégré dans un mobile.




Une autre technologie biométrique sans contact suscite un certain intérêt au Japon : la reconnaissance de l'iris de l'oeil, dont l'image est prise par une caméra pour être analysée et comparée à une photo pré-enregistrée.





Panasonic est un des industriels qui pousse cette technologie au Japon.



Les promoteurs immobiliers sont parmi les plus intéressés (autant par les techniques vasculaires que par celles basées sur l'iris), faisant également depuis quelques temps de la sécurité un argument de vente.



Pour séduire les familles ayant des enfants en bas-âge, les femmes vivant seules ou les personnes âgées, ils mettent en avant ces solutions de contrôle d'accès jugées infalsifiables. Et manifestement, les locataires ne sont pas mécontents.



Pour preuve ce petit clin d'oeil de conclusion qui nous vient tout droit d'une quinquagénaire nippone ravie d'habiter un immeuble sécurisé par un système basé sur la reconnaissance de l'iris:
"c'est hygiénique et particulièrement pratique quand on rentre chez soi les bras chargés de sacs",

De l'art nippon de voir d'abord le bon côté des choses.

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Au Japon, on se marie dans un aéroport, on s'envoie en l'air à Hawaï...

...et on reste ensemble à cause des gosses

Publié par K. Poupée le Mercredi 26 Juillet 2006, 18:31 dans la rubrique Faits de société


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On vous a déjà parlé ici de la vie sexuelle ambigüe des Japonaises. Comme ce sujet continue de nous valoir nombre de visites (merci messieurs), nous allons entretenir le filon en dissertant ce mercredi 26 juillet 2006 sur un thème voisin: le mariage au Japon.

Si cette tradition reste encore bien ancrée sur l'archipel, elle n'en pas moins depuis quelques années du plomb dans l'aile. La frustration sexuelle, sociale et affective des femmes nippones n'y est d'ailleurs pas étrangère, à en croire plusieurs études parues ces derniers temps. Explications.

Selon les chiffres du gouvernement quelque 714.261 unions ont été célébrées au Japon en 2005, soit 6.156 de moins qu'en 2004. C'est peu comparé aux chiffres des années 70, et particulièrement de l'année record 1972 où pas loin de 1,1 million de noces ont été enregistrées.

Inversement le nombre de divorces a, lui, tendance à augmenter: le gouvernement nippon en a dénombré 262.000 en 2005. C'est un peu moins qu'en 2004, mais comparé à l'année faste 1972, c'est plus de deux fois plus.

De surcroît, les Japonais repoussent de plus en plus tard l'âge du mariage, surtout à Tokyo et dans les autres grandes villes du pays: en 2005, les Nippones convolaient en moyenne à 28 ans et les hommes japonais à 29,8 ans.

En outre, si près de la moitié des divorces ont lieu moins de cinq ans après les noces, la proportion de séparations actées après vingt ans de vie commune est également importante. Les femmes japonaises, qui ont du mal à sortir du rôle d'épouse fidèle et de mère modèle dans lequel elles sont bien souvent encore cantonnées, finissent quand même un jour par craquer.

Mais au fait, pourquoi le mariage ne fait-il plus recette comme autrefois?

Selon une récente étude conduite par l'institut Dimmsdrive auprès des hommes de 30 à 50 ans, la réponse tombe presque sous le sens: ils ne trouvent pas chaussure à leur pied. La faute aux femmes, moins enclines à se fixer, assurément.


Pour autant les trois quarts des mâles trentenaires disent vouloir un jour se marier, estimant que si la vie en solo a des avantages (liberté temporelle et économique), la vie à deux c'est sans doute mieux, surtout quand on devient vieux. Bref, ça les rassurerait d'être accompagnés de femmes dévouées.

Ceux qui veulent une épouse justifient néanmoins d'abord cette envie par le souhait de vivre avec l'être aimé comme principale raison, et par la volonté d'avoir des enfants. Preuve que la paternité hors mariage n'est pas encore entrée dans les moeurs nippones.
Le souhait de vivre en couple est parfois si fort que nombre de Japonais célibataires affirment même être prêts à se marier sans aimer, selon la même enquête.


Pas étonnant que les choses tournent parfois court.

 

Hélas, les couples qui ont convolé par raison plus que par passion et ont procréé dans la foulée se retrouvent parfois piégés. C'est la conclusion qui s'impose à la lecture d'une autre récente étude portant cette fois sur le divorce.
On y apprend que près de la moitié des mariés japonais ont songé à casser leur union, mais que s'ils n'ont pas (ou pas encore) donné suite à cette envie, c'est dans la majorité des cas, à cause des gosses.



Ce sont les Nippones quinquagénaires et les époux sexagénaires qui éprouvent le plus l'envie de rompre, le plus souvent en raison d'une insuffisance de communication.

Outre la présence d'enfants, le deuxième motif invoqué pour prolonger l'union bancale, n'est autre qu'économique: en clair, la trouille de ne pouvoir subvenir seul à ses besoins. Viennent ensuite la hantise de faire de la peine aux parents et celle de vieillir isolé.
Quant à ceux qui ont effectivement mis fin à leur mariage, ils souhaitent néanmoins en majorité se remarier. Comprenne qui pourra.

Il faut dire que les noces au Japon ne manquent ni de piquant ni d'originalité.

Généralement on "achète" son mariage en "package" tout compris: les habits de noces, la cérémonie, les faire-parts et invitations, les cadeaux aux invités, le repas, les alliances, le voyage... .

Le tout est commercialisé par des officines spécialisées, lesquelles sont souvent des succursales de grands-magasins, ou d'hôtel.

Un mariage au Japon coûte en moyenne 3,77 millions de yens tout compris, soit la bagatelle de près de 26.000 euros.


Les noces sont souvent célébrées dans des fausses chapelles, copies de lieux catholiques logées dans les étages élevés des grands hôtels. Peu importe que les Japonais soient bouddhistes, shintoïstes ou athés, se marier dans la pure tradition chrétienne, ça fait chic.

Mais il y a plus surprenant encore.


Depuis mars 2005, il est en effet possible de convoler en justes noces à Centrair, c'est-à-dire dans le terminal du rutilant aéroport international de Nagoya (au centre du Japon), à quelques pas des portes d'embarquement, juste avant de s'envoyer en l'air, au sens propre comme au figuré.





Les voyages de noces sont un des sujets sur lesquels les jeunes couples ne mégotent pas. La destination indémodable depuis des lustres reste "Hawaï", pour sa mer bleue et toutes ses promesses de bonheur infini.

Arrive en deuxième position l'Italie: image de romantisme oblige.

Paris ne vient qu'en septième place, après l'Australie, l'île d'Okinawa ( au sud du Japon), la Grande-Bretagne, ou l'île d'Hokkaïdo (au nord de l'archipel).


Une fois passé ce moment de plaisir, immortalisé dans des albums photos qui a eux seuls constituent un marché lucratif, advienne que pourra.

Morale de l'histoire: messieurs, si vous souhaitez vous accoupler officiellement avec une Japonaise, visez une fille de plus de trente ans, déjà divorcée, célébrez vos noces à l'aéroport de Nagoya, embarquez illico pour Hawaï, parlez-lui souvent, baisez une fois par semaine et faites lui des enfants, c'est le plus sûr moyen pour éviter qu'elle ne demande le divorce.

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Japon: il reste des missiles nord-coréens sur le pas de tir...

... mais en attendant le bouclier, les affaires continuent

Publié par K. Poupée le Vendredi 7 Juillet 2006, 17:29 dans la rubrique Faits de société
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Les caractères

(kita chousen misaïru)

comprenez "missiles de Corée du Nord"

ont continué fort logiquement de barrer toutes les unes de la presse japonaise en ces jeudi 6 juillet et vendredi 7 juillet 2006, au lendemain et surlendemain des sept tirs de missiles balistiques effectués par le régime de Pyongyang en direction du Japon. On n'efface pas comme cela d'un coup de torchon un tel geste que personne ou presque, pas même le Premier ministre nippon Junichiro Koizumi, ne sait interpréter.



On n'a d'autant plus de raisons de continuer d'en parler et de s'inquiéter que de nouveaux essais de missiles balistiques ne sont pas exclus dans les prochains jours.
A lire les communiqués officiels des autorités ou à écouter les chaînes de télévision nord-coréennes, c'est même une quasi-certitude. Les menaces ne font pas l'ombre d'un doute, ni sur le fond, ni sur le ton.





Reste que comme on vous le disait ici, nous, journalistes tokyoïtes, en sommes réduits à reproduire les mots des hommes politiques, pas tendres au demeurant, et ceux des experts en géostratégie, faute d'être dans les lieux de tractation du pouvoir pour savoir ce qu'il s'y trame.





Et comme par ailleurs, la vie des affaires n'a pas cessé son cours, on est de fait revenus à nos préoccupations habituelles, en gardant quand même une oreille vigilante vers la radio et un oeil attentif sur l'écran de télé pour surveiller les déclarations et apparitions des uns et des autres.



Jeudi 6 juillet donc, comme chaque jour ou presque, la Banque du Japon a sorti un nouveau rapport sur l'économie nippone et son gouverneur a parlé pour se féliciter une fois encore de la bonne tenue de la conjoncture et de la tendance positive qui se dégage désormais dans tous les recoins de l'archipel.

Dans la foulée, vendredi 7 juillet, le gouvernement a revu à la hausse ses prévisions de croissance du produit intérieur brut (PIB) à 2,1% pour l'année budgétaire en cours, ainsi que toute une batterie d'autres indicateurs économiques. Une révision motivée par la progression de la consommation intérieure et des investissements des entreprises.
Pourvu que les missiles ne donnent pas un coup d'arrêt à ce redressement qui se confirme de mois en mois, si ce n'est de jour en jour.








Et puis, dans la masse incommensurable d'informations qui déboulent chaque jour sur notre bureau, est apparue une étude plus amusante à vous faire partager.

Il s'agit d'une enquête réalisée par l'institut Dimsdrive auprès du public nippon portant sur les
"mots-clefs" du business sur Internet.


D"où il ressort qu'à la question "quel est selon vous le mot-clef le plus représentatif des affaires du web?", les Japonais répondent en majorité.... "online-trade", ce qu'on traduira librement par "boursicotage en ligne".
En effet, sur quelque 5.567 personnes sondées réparties à égalité entre hommes et femmes, pas moins de 885 ( soit une sur six environ) ont d'emblée choisi ce terme, sans qu'on le leur souffle à l'oreille.



La réponse n'étonne guère lorsqu'on sait l'engouement qu'ont les Japonais pour la Bourse depuis quelques années. Les sociétés de courtage en ligne le savent qui voient leur nombre de clients s'accroître chaque mois de plusieurs centaines de milliers.



Le "money game" est ainsi devenu le sport favori des Nippons de tous âges, et des jeunes en particulier.
Il y a à cela plusieurs raisons, à commencer par la stratégie des sites de boursicotage en ligne qui font une promotion débridée des avantages des placements en actions, aidées par la fulgurante progression des valeurs sur la place tokyoïte.

L'indice phare du Tokyo Stock Exchange, le Nikkei 225, moyenne non pondérée des 225 valeurs vedettes du plus important marché d'Asie, a gagné la bagatelle de plus de 40% en 2005. A côté des investissements traditionnels, y a pas photo.



De surcroît, pour appâter le clients, les e-trade, Rakuten et consorts ont bradé les commissions prises sur les ordres. Enfin, et surtout, ils proposent des outils de transactions sur téléphones portables qui rendent les échanges ludiques et permettent de vendre et acheter à tout moment en pianotant très simplement sur le clavier du mobile.
Du coup, au lieu de jouer à Tétris, les Nippons s'adonnent au "money game" réel en investissant en Bourse, une occupation devenue d'autant plus populaire que les casinos n'existent pas au Japon et que les jeux d'argent sont officiellement interdits, hormis les "Takarakuji", équivalent de notre bonne vieille "loterie nationale". La Bourse, moins hasardeuse certes, mais parfois plus risquée, remplace, donc.





Mais revenons à notre étude.

Le deuxième terme plébiscité par 8,3% des sondés est... "Livedoor jiken", autrement dit "l'affaire Livedoor", du nom du portail internet qui a défrayé la chronique en début d'année, lorsque le "golden boy" fondateur de cet ultra-populaire portail multiservices sur internet, Takafumi Horie, s'est fait écroué pour avoir ... un peu trop jouer avec la Bourse. Le garçon, insolent trublion, est accusé de délit boursier et manipulation de comptes.

La révélation au grand jour de ses malversations financières avait justement semé la panique chez les nouveaux venus à la Bourse, ceux dont on parlait plus haut, qui ont revendu leurs actions à tour de bras, y perdant pas mal de plumes au passage. Assurément, ça laisse des traces dans les esprits et un trou dans le compte en banque.
Mais cela ne les a pas dissuadés pour autant de continuer à injecter des sous dans la machine boursière. Ce qui a obligé le Tokyo Stock Exchange à doper son système informatique qui menaçait de s'effondrer sous le tsunami d'ordres affluant de toutes parts dans ses entrailles pleines à craquer.



Dans la suite des mots-clefs, arrivent en troisième et quatrième positions deux termes eux aussi très présents dans l'actualité, pour notre plus grande joie: "blog" et ''affiliés".
Le phénomène mondial des "bloc notes en ligne" et du nouveau créneau publicitaire qu'ils représentent pour les annonceurs n'a effectivement pas épargné le Japon, même si comme on vous l'avait longuement expliqué ici, aux "blogs" traditionnels, les Nippons préfèrent les SNS, c'est-à-dire les réseaux communautaires limités à un lectorat choisi.



Le mot "podcasting" se place quant à lui en 6e place, et "One seg" (nom de la télévison numérique terrestre mobile japonaise) au 11e rang. Comme quoi, en abordant récemment tous ces sujets sur ce "blog", on a eu du flair.



Un petit message pour conclure dans le droit fil de cette étude: comme l'auteur de ces lignes n'a pas le droit d'investir en Bourse, tenue par ses obligations professionnelles de journaliste économique, il lui reste donc à espérer que son "blog", "En direct de Tokyo" et le "podcast" associé, lui permettront un jour de susciter l'intérêt des spécialistes du placement de publicités "affiliées" pour arrondir ses fins de mois à défaut de pouvoir compter sur les dividendes d'actions.

Chers lecteurs et auditeurs, vous savez ce qu'il vous reste à faire. Revenez le plus souvent possible ici et vantez sans compter ce site auprès de vos amis bien placés.

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En japonais aussi, "blog" se dit..."blog"

...mais on leur préfère les clubs SNS

Publié par K. Poupée le Lundi 26 Juin 2006, 01:10 dans la rubrique Faits de société


Les Japonais ont beau être des avant-gardistes en matière de nouvelles technologies, ils sont moins doués quand il s'agit de nommer des nouveaux concepts d'un terme nippon.

A moins qu'ils ne trouvent tout simplement plus "chic" de reprendre un mot anglophone, ce en quoi ils ne se différencieraient guère des Français, au grand dam des Académiciens et d'un certain ministre dont on a presque oublié le nom, .... mais si voyons, M. Toubon. Passons.

Tout cela pour dire qu'en japonais aussi, "blog" se dit "blog", et que le phénomène y prend de l'ampleur comme partout ailleurs, du moins si l'on en croit les statistiques officielles.

Toutefois, aux "blogs" individuels où l'on étale souvent sa vie privée et ses réflexions personnelles au vu et au su de tout le monde et n'importe qui, les Japonais, eux, préfèrent les réseaux communautaires, autrement appelés, en anglais dans le texte, Social Network Services ou SNS.

Les SNS sont aux sites Web ce que les bars privés sont aux débits de boissons, on y est admis que sur présentation et invitation d'un membre, non sans avoir à donner son identité et des gages d'honnêteté à l'entrée. Mais pourquoi diantre les Japonais préfèrent-ils les cercles fermés des SNS aux sites et "blogs" ouverts de la toile: eh bien pour la bonne et simple raison que c'est plus sûr. On n'y croise que des gens connus, et pas des hordes d'emmerdeurs qui viennent là écrire n'importe quoi, faire leur propagande nauséabonde ou semer la pagaille d'une manière ou d''une autre. En clair, on est entre amis de bonne compagnie, et c'est rassurant.

De surcroît, pour les Japonais, chez qui perdurent quelques restes de culture confucéenne, la notion de groupe solidaire demeure importante, qui exige en retour de chaque individu membre d'importants efforts. On a tendance à considérer que pour faire partie du groupe, il faut le mériter. N'entre donc pas qui veut. Notez toutefois que le fait que ces réseaux soient réservés à des visiteurs choisis, ne signifie pas qu'on y trouve pas l'équivalent de blogs "journaux intimes" ou autres types de sites personnels. Simplement, tout le monde ne peut pas venir les lire, seulement ceux que l'auteur a conviés

Les sites communautaires SNS fermés totalisaient ainsi mi-2006, environ 7 millions de membres au Japon, c'est-à-dire 7 fois plus qu'un an plus tôt, selon les statistiques du ministère nippon des télécommunications. Rappelons que le Japon compte 127 millions d'âmes, dont grosso modo un quart de vieux, et un cinquième d'enfants.

La plus importante plate-forme de réunions de tribus dans les SNS est exploitée par la firme Mixi, née en février 2002. A elle seule, elle comptait mi-2006 plus de 4,5 millions de membres inscrits, tous sur invitation bien sûr, et des milliers de sites, c'est-à-dire autant de clubs fermés. Le nombre de membres privilégiés de Mixi grossit au rythme impressionnant d'environ 15.000 par jour.

Viennent ensuite dans le business du SNS, les géants opportunistes de l'Internet nippon, Yahoo Japon et la galerie commerciale virtuelle Rakuten, qui ont fait leur entrée sur ce créneau porteur en mars 2006, en espérant à termes rafler la mise.

Comme on pouvait s'en douter, le rapace américain Microsoft, toujours en retard mais non moins affamé et vorace, prévoit également de venir bouffer une grosse partie du gâteau SNS japonais.

La plupart des adeptes nippons des SNS, si l'on en croit Mixi, ont entre 20 et 30 ans. Selon la société de classement NetRatings Japon, ils passent en moyenne 3 heures 54 minutes par mois dans les clubs où ils sont acceptés, soit, un temps plus long que sur les traditionnels "blogs".

On trouve sur Mixi des choses, il est vrai tout-à-fait intéressantes, comme un outil qui permet de présenter à ses amis, et de leur faire écouter, des musiques, grâce à une technologie développée par une petite société baptisée Glucose.

C'est très malin, puisque le logiciel en question, baptisé "Mixi Station", permet aux amis d'écouter les titres recommandés par l'auteur du site, sans téléchargement, et de les acheter sur les plates-formes iTunes ou Amazon par un simple clic. Bref, c'est une machine à bouche-à-oreille redoutablement efficace.

Le phénomène du SNS devient si populaire sur l'archipel que des entreprises commencent à proposer des plates-formes internes pour leur salariés. C'est notamment le cas chez NTT Data, filiale du géant des télécoms NTT. Deux mois après l'ouverture du service en mars 2006, plus de 40% des ouailles de cette société s'y étaient mises, soit environ 3.600 personnes. Le SNS de NTT Data ne s'est pas pour autan transformé en QG de fomentation de grèves et autres révoltes syndicales, on est au Japon on vous le rappelle, mais en lieu de discussion sur les loisirs ou autres thèmes bon enfant et totalement inoffensifs pour l'entreprise.

Nous est avis que d'autres entreprises vont suivre et qu'on sera de fait amenés à vous en reparler.

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