High-tech: tous comptes faits....
...l'année fut excellente pour les groupes nippons
Les habitués de ce blog le savent, tous les trimestres, un papier vient dresser ici le bilan des résultats financiers des entreprises nippones, notamment celles des secteurs de l'électronique et autres technologies qui font la fierté locale.
Non que l'auteur de ces lignes soit omnibulée par l'argent, mais parce qu'outre les chiffres, les résultats financiers fournissent de précieuses informations sur la stratégie des firmes ainsi que sur leur capacité à innover et à créer de nouveaux vecteurs de développement.

Tous comptes faits, l'année budgétaire, qui s'est achevée le 31 mars pour la plupart des grandes sociétés japonaises, a été des plus bénéfiques, couronnant des années de travaux en coulisses.
Nombreuses sont en effet les firmes nippones, spécialistes de l'électronique, de l'informatique, de l'industrie des contenus numériques ou des télécoms, qui n'ont jamais vendu tant de produits et gagné autant d'argent que durant les douze mois d'avril 2006 à mars 2007. Quant à celles qui n'ont pas pulvérisé leurs records, leur situation s'est le plus souvent fortement améliorée, y compris pour les sociétés les plus mal parties comme Sanyo.
Les trois premiers trimestres avaient donné le ton, le quatrième l'a confirmé: les champions nippons des nouvelles technologies, qui font la course en tête dans plusieurs domaines, loin devant leurs concurrents étrangers, récoltent désormais les fruits d'investissements massifs et ininterrompus en recherche et développement.
L'exemple le plus flagrant est celui des téléviseurs à écran plat, tous basés sur des technologies nées au Japon.
Le mastodonte de l'électronique et de l'électroménager, Matsushita, plus connu pour ses marques Panasonic et National, a clos l'année avec un bénéfice net supérieur à ses ambitions initiales, et ce, en grande partie grâce au succès de sa gamme de téléviseurs plasma et des équipements périphériques allant de pair.
Avec une écrasante part de marché mondiale sur les TV plasma, Matsushita a non seulement les reins assez solides pour doper sa production de dalles-mères à coup de centaines de milliards de yens (milliards d'euros) d'investissement, mais aussi la capacité de faire baisser les prix de vente. Résultat: les autres sont incapables de suivre.
Entre avril 2006 et mars 2007, Matsushita, qui dispose de technologies uniques, a totalisé un chiffre d'affaires de 9.110 milliards de yens (57 milliards d'euros). Pour l'exercice en cours qui sera clos le 31 mars 2008, le groupe anticipe un gain net en nouvelle progression de 15% à 250 milliards de yens sur des revenus qui devraient encore grimper de 2% à 9.250 milliards (près de 58 milliards d'euros).
La même chose vaut pour Sharp, qui n'en finit pas depuis des années de battre des scores inédits grâce à sa vaste gamme de téléviseurs à cristaux liquides (LCD). Le pionnier de ce mode d'affichage engrange les profits de sa stratégie visant à concentrer son offre sur des produits haut de gamme conçus à partir de procédés secrets.
La rentabilité de ses dalles-mères LCD dites de 8e génération, les plus grandes du monde, est sans équivalent. Façonnées exclusivement au Japon dans une usine flambant neuve et ultra-moderne grâce à des dispositifs de production high-tech uniques savamment protégés, ces dalles de 2,50 mètres sur 2,20 mètres, découpées en six ou huit écrans, sont la clef de la compétitivité aujourd'hui indépassable de Sharp.
Pour l'exercice actuel qui s'achèvera en mars 2008, le groupe, qui est aussi le numéro un mondial des cellules photovoltaïques et le plus prisé des fabricants de mobiles au Japon, espère encore faire mieux. Il escompte un chiffre d'affaires de 3.400 milliards de yens (+8,7%).
Sharp réfléchit en outre à la construction au Japon d'une nouvelle usine de grandes dalles-mères, alors qu'il vient tout juste d'annoncer qu'il allait porter d'ici quelques mois au quasi-maximum la production de son site ultra high-tech perdu dans les montagnes de Kameyama (centre du Japon) inauguré il y a moins d'un an.

Une fuite en avant du même type est également en oeuvre chez Sony, groupe qui va beaucoup mieux, justement en grande partie grâce à ses téléviseurs LCD "Bravia".
Le fleuron du Japon a largement atteint ses objectifs financiers en 2006-2007, les TV ayant ressuscité son coeur de métier, l'électronique grand public.
Dirigé par un ingénieur spécialiste des écrans, Ryoji Chubachi, bras droit du PDG américain Howard Stringer, le pilier que constituent les produits électroniques et audiovisuels grand public s'est rétabli grâce aux efforts sur le design, les performances et la qualité.
Outre le succès mondial de la gamme de téléviseurs à écran plat à cristaux liquides (LCD) "Bravia", les appareils photos numériques compacts "Cybershot", les PC "Vaio" ou encore les camescopes "Handycam" ont séduit la clientèle.
Le tout, appuyé par une restructuration sévère mais efficace, a contre-balancé les moins bons résultats de l'audio, encore malmené par Apple et ses baladeurs iPod, et le déclin inéluctable des ventes de téléviseurs à tube, techniquement dépassés.

Le géant nippon, qui fait la course en tête sur les techniques d'affichage de nouvelle génération, entend bien poursuivre sur sa lancée et retrouver son image avant-gardiste d'antan. Il lancera ainsi cette année sur le marché les premiers téléviseurs basés sur la technologie OEL (affichage organique électroluminescent), supérieure en qualité au plasma ou au LCD.
Le retour à meilleur fortune des produits électoniques audiovisuels a aussi permis de compenser l'absence de marges sur sa très vantée console de salon PlayStation 3 (PS3).
Sony a pris d'emblée le risque de proposer sa PS3, un produit stratégique, à un tarif attractif afin de minimiser l'écart avec les machines concurrentes moins chères et de faire taire les critiques. Il a donc payé en fin d'année le prix de cette stratégie: un déficit massif de la division jeu, proportionnel au nombre de consoles produites (5,5 millions) et vendues (3,9 millions). Mais avec l'optimisation des techniques de production, cette situation déficitaire ne va pas durer, selon Sony. Les PS3 vont peu à peu devenir rentables et constituer un nouveau moteur de croissance, estiment des analystes. Sony prévoit de mettre 11 millions de machines sur le marché cette année.
Le concurrent de Sony sur le jeu, Nintendo, qui a choisi d'innover sans trop renchérir les coûts (en évitant le luxe de high tech), n'a quant à lui pas rencontré les mêmes problèmes de rentabilité au lancement de ses nouvelles machines de guerre.
A tel point que la firme de Kyoto est carrément dépassée par le succès de ses récentes créations, la DS, la DS Lite, la Wii et la foultitude de jeux associés.

En 2006-2007, le numéro un mondial des consoles de poche a ainsi vu son chiffre d'affaires quasiment doubler par rapport à l'année précédente. Il n'avait pas du tout prévu cela.
Les machines portables DS Lite, tellement populaires qu'elles sont encore souvent difficiles à dénicher au Japon, ont entraîné dans leur sillage une flopée de nouveaux jeux qui se vendent comme des petits pains, les adultes et les femmes se laissant tenter.
Plusieurs titres pour DS ont ainsi frôlé ou allègrement dépassé la barre des 10 millions d'unités vendues dans le monde, dont le fameux jeu d'élevage de chiens "Nintendog's" qui s'est écoulé à quelque 13,6 millions d'unités.
La Wii prend le même chemin. Quelque 5,84 millions d'exemplaires ont été produits et livrés en cinq mois dans le monde. Pour autant, les stocks sont en permanence épuisés dans les boutiques nippones.
Dans d'autres registres, Toshiba, Ricoh, Casio, Kyocera, Nikon ou encore Konica-Minolta ont également enregistré une année record.
Toshiba, un touche-à-tout qui sévit aussi bien dans l'énergie nucléaire (rachat de Westinghouse en 2006) que dans les ascenseurs ou l'électronique grand public, a connu une embellie sur l'ensemble de ses activités.
A l'instar de son compatriote Canon (qui a clos son exercice en décembre), Ricoh a pour sa part bénéficié de l'envolée mondiale des ventes d'imprimantes copieurs multifonctions pour entreprises, un marché alimenté par la transition vers les systèmes en couleurs.
Le principal concurrent de Toshiba, l'autre groupe tentaculaire nippon, Hitachi, est comme prévu tombé dans le rouge en 2006-2007 à cause de dépenses exceptionnelles liées à des avaries de turbines de centrales thermiques et à l'absence de marges sur les produits électroniques grand public. Mais Hitachi espère revenir dans le vert dès cette année, entrevoyant de bonnes perspectives dans les systèmes de télécommunications et dans la branche énergie.
Kyocera, spécialiste de la céramique fine, a quant à lui profité de l'augmentation des besoins de ce matériau essentiel pour l'industrie bien portante des composants électroniques.

Enfin Casio, Konica-Minolta, Nikon et Pentax, ont continué d'asseoir leur suprématie sur les appareils photo compacts de très haute qualité ou sur les modèles à visée reflex et objectif interchangeable qui connaissent un succès grandissant au-delà du cercle des amateurs avertis.
Le groupe d'électronique, d'informatique et de télécommunications NEC est pour sa part sorti du rouge en 2006-07, en dépit de résultats très mitigés selon les activités. Les composants ont par exemple souffert de la chute des prix au détails. Le groupe profite toutefois de la très bonne tenue de son activité principale, les services informatiques et les équipements de réseaux de télécommunications.
Les opérateurs de télécoms, KDDI, NTT ou Softbank, qui investissent des sommes faramineuses dans les infrastructures fixes et mobiles à très haut débit, sont parvenus à maximiser la rentabilité des services de données pour compenser la chute technique inéluctable du tarif des communications vocales.
L'engouement des Nippons pour les sites internet mobile et les terminaux ultra-sophistiqués est tel qu'ils acceptent de payer en moyenne de 50 à 150 euros pour bénéficier de forfaits de données illimités et de nombreuses heures d'appel. S'y ajoutent très souvent les dépenses d'achats de contenus payés à l'acte (musique, livres numériques, jeux et produits commandés sur les sites de commerce mobile).
Dernier à avoir publié ses résultats annuels et considéré comme très mal en point, Sanyo a créé la surprise, confirmant l'embellie générale.
Le groupe d'électronique d'Osaka (ouest), en pleine phase de douloureuse restructuration, a enregistré une perte nette moins massive qu'il ne le craignait, et surtout divisée par plus de quatre par rapport au colossal déficit de l'année précédente.
Mieux, la firme, qui totalise un chiffre d'affaires de plus de 2.200 milliards de yens (14 milliards d'euros), espère revenir dans le vert dès cette année, plus tôt que d'aucuns l'imaginaient.
Numéro un mondial des batteries, Sanyo continue de miser sur la croissance de la demande de produits respectueux de l'environnement (piles rechargeables, purificateurs d'air...) ou orientés sur le développement durable (panneaux solaires, batteries à combustible...).
Le groupe, qui sort d'une sérieuse crise de management, promet en outre de réaliser une montée en gamme sur les appareils électroniques grand public, afin de s'extraire de la spirale déflationniste due à la férocité de la concurrence. Il espère aussi une amélioration de la compétitivité des semi-conducteurs, également en cours de cession partielle.
S'il fallait une preuve supplémentaire que l'investissement continu et intensif en recherche et développement finit par payer, les résultats des entreprises japonaises le fournissent magistralement.
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Japon: la majorité des entreprises vont bien...
... mais Sanyo, JVC et les femmes patronnes ont besoin de soutien
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Depuis le début de l'exercice budgétaire 2006/2007 (avril 2006 a mars 2007) nous suivons sur ce blog l'évolution des résultats financiers des entreprises, un indicateur de la santé économique du pays.
Les deux premiers trimestres nous ont enseigné que, pour la plupart des industriels, l'expansion de la croissance était une réalité qui se lisait dans leurs comptes, à défaut de se traduire sur les feuilles de paye.
Il en a été de même à l'issue du troisième trimestre, fin décembre, comme l'a montré la dernière vague de résultats publiée en février et mars pour les neuf premiers de l'année budgétaire (notez, soit dit en passant, qu'on n'écrit pas ici "année fiscale" contrairement à de nombreux media, car il s’agit d’un vilain anglicisme qui ne recouvre pas la réalité).
Revenons à nos moutons.
Les poids lourds de la Bourse de Tokyo ont donc affiché de belles performances entre avril et décembre 2006, grâce à des ventes tirées par des produits de bonne facture ayant le vent en poupe (voitures, téléviseurs à écran plat, appareils photo numériques Reflex, imprimantes/copieurs multi-fonctions, composants électroniques, instruments de précision, machines outils, engins de chantiers et mines...).
Les revenus des sociétés japonaises exportatrices ont en outre souvent été aidés par la faiblesse du yen face aux autres devises, un facteur qui renforce la compétitivité des marchandises nippones à l'étranger.
Toyota, Canon ou Sharp n'en finissent pas d'aligner les records de recettes et profits. Matsushita (marques Panasonic et National) a réalisé en neuf mois les objectifs qu'il se fixait pour l'année.
Sony a bel et bien amorcé sa phase de redressement grâce à ses TV à écran plat à cristaux liquides (LCD), même si le résultat final a été un peu rongé par la console de jeux PlayStation 3 (PS3) dont le coût de production dépasse le prix de vente. Nikon ou Ricoh vendent des copieurs à tour de bras. Komatsu profite du boom de la construction en Chine ou aux Etats-Unis et des besoins massifs d’engins dans les mines ...
En revanche, les groupes, moins nombreux, qui n'ont pas pu ou pas su innover, qui ont tardé à se restructurer, ou qui ont fait face à des accidents de parcours, s'en sortent évidemment beaucoup moins bien. C'est le cas de JVC (dans le rouge), d'Hitachi (qui a connu des pépins avec ses turbines pour centrales électriques) ou de Sanyo, un cas sur lequel nous allons nous attarder un peu.
Financièrement Sanyo va très très très mal.
En crise depuis plus de deux ans, le groupe, dont le siège se trouve à Osaka (centre industriel de l'ouest), a du supprimer 14.000 postes dans le monde, vendre des immeubles, céder des activités non rentables et trouver des investisseurs pour remettre de l'argent au pot.. Peine perdue.
Cette thérapie de choc, administrée par la patronne nommée mi-2005, l'ex-journaliste Tomoyo Nonaka, femme d'influence au sourire permanent, n'a pas suffi. De surcroît, voilà que le gendarme de la Bourse nippone soupçonne des erreurs dans la comptabilité de Sanyo pour les exercices antérieurs. Bref, c'est pire.
Alors que dire? Que Sanyo a vécu? Que la boîte manque d'idées, de créativité, d'ingéniosité et de technologies clefs? Non, car ce serait faux. Au contraire. Sanyo possède des milliers de brevets et peut sans rougir se targuer d’avoir à son actif plusieurs savoir-faire hors pair qui vont dans le sens du vent.
Las. Par les temps qui courent, avoir à coeur de développer des produits aux vertus écologiques (panneaux solaires bi-faces à haut rendement, cellules photovoltaïques uniques, batteries à combustibles, piles rechargeables Eneloop, systèmes de réfrigération industriels sans freon, purificateurs d'air anti-virus...) ne rassasie pas l’appétit des voraces actionnaires (Goldman Sachs par exemple) davantage assoiffés d'argent immédiatement que soucieux de la préservation de l'environnement ultérieurement. ça laisse un goût amer.

La même impression nous saisit dans le cas de JVC (Japan Victor Company), inventeur de la cassette au format VHS, as de l'acoustique dont le slogan, "La voix de son maître", résonne encore aux oreilles des audiophiles.
JVC est en effet en passe d'être cédé par son actionnaire majoritaire en pleine forme, Matsushita, à un fonds d'investissement américain, uniquement pour des raisons pécuniaires, histoire de ne pas grever les comptes et bénéfices de la maison-mère.
On ne peut que déplorer ces situations et souhaiter à Sanyo comme à JVC de vite se redresser, car leurs ingénieurs passionnés et autres salariés le méritent.
Un trou d'air financier n'obère l'avenir d’une entreprise que si les fondamentaux (savoir-faire technique, capacité d’innovation, brevets...) ont disparu, ce qui n'est ni le cas de Sanyo, ni celui de JVC.
Mais les champions des "mécano boursiers" ont une vision “court-termiste” et un pouvoir décisionnaire hélas bien supérieur à celui des ingénieurs.
Le cas de Sanyo fait d'autant plus mal au coeur que la “pédégère” Nonaka, une des rares femmes à la tête d'une entreprise nippone, a du jeter l'éponge le 19 mars, acculée à la démission par un conseil d'administration majoritairement masculin, refusant sa demande de diligenter une enquête indépendante pour vérifier les procédures comptables et la source des erreurs auxquelles s'intéressent les autorités. Auraient-ils quelque chose à se reprocher, messieurs les administrateurs de Sanyo??

Pour couronner l'affaire, simultanément, une autre patronne de grand groupe, Fumiko Hayashi, une femme d'affaires humble et pragmatique, qui a contribué à sauver les supermarchés Daiei de la faillite, a été brutalement rétrogradée le 20 mars 2007 au poste de vice-présidente (un placard). Cette décision s’inscrit dans la logique du "business" après le rachat d'une partie de Daiei par son concurrent, le géant de la distribution nippon Aeon. Il n'empêche, cet évincement qui ne dit pas son nom n’en est pas moins regrettable.
Voilà en tout cas deux faits concomitants qui ne vont pas aider le Japon à se departir de son image déplorable et souvent exagérée, quoi que non dénuée de tout fondement, de pays machiste. On y reviendra, ici ou ailleurs et d'ici peu.
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Japon: plus longue période d'expansion économique depuis 1945...
...mais cela ne vaut pas le bon temps "izanagi keiki"
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Les économistes s'y attendaient, le gouvernement l'a officiellent annoncé le 22 novembre 2006: que les citoyens le ressentent ou non, le Japon traverse actuellement sa plus longue phase d'expansion économique depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
La situation économique de l'Archipel est donc bonne, selon le gouvernement, et le redressement se prolonge, en dépit d'une consommation des ménages un peu languissante. Ce diagnostic, qui ne s'appuie pas sur les seuls chiffres d'évolution du produit intérieur brut (PIB), ne signifie pas que la croissance a été continue chaque jour durant 58 mois d'affilée, mais que sur cette durée, la tendance est restée globalement positive. Le groupe d'experts mandatés pour établir ce diganostic a notamment indiqué que son verdict s'appuyait sur le fait que l'emploi s'améliore, que les entreprises investissent et que leurs bénéfices grimpent.

En dépit de ce constat étatique réjouissant, les citoyens japonais, notamment ceux qui se souviennent de la période "izanagi keiki", sont perplexes. Car le fait est que l'actuelle expansion n'a rien à voir avec les années 1965 à 70 où la croissance annuelle moyenne du produit intérieur brut était de 11,5%. C'est durant cette faste période de l'Ere Showa que le Japon, qui venait d'accueillir les JO de Tokyo (1964) et qui préparait l'Exposition Universelle d'Osaka (1970), est devenu la deuxième puissance économique mondiale, aidé par les commandes de matériel de la part des Etats-Unis embourbés dans la guerre du Vietnam.
Par comparaison, de février 2002 à novembre 2006, la croissance était certes au rendez-vous, mais elle n'a progressé qu'au rythme de 2% en moyenne par an.
Plusieurs raisons expliquent que les citoyens fassent la moue quand le gouvernement se félicite de cette reprise.
Contrairement au boom d'Izanagi, la phase actuelle, entamée en 2002, a connu deux accidents majeurs: d'une part la guerre d'Irak en 2003, puis une diminution importante des exportations en 2004.

Par ailleurs, entre la fin d'Izanagi keiki et 2002, le Japon a traversé des périodes économiques très mouvementées. Outre les phases de reprise, il a connu les chocs pétroliers, la bulle immobilière et la soit-disant "décennie perdue" des années 90. Tout cela a laissé des traces dans le comportement des entreprises, des institutions et des ménages. Si bien que bien que temporellement dépassée, Izanagi keiki peut difficilement être qualitativement égalée.
Exemples, au temps d'Izanagi, les ménages étaient les locomotives de l'économie. C'était la période des "3C", où tous les foyers s'équipaient comme un seul homme de voiture ("Car"), de climatisation ("Cooler") et de TV couleur ("Color TV").
La reprise était forte.
Aujourd'hui, un équivalent des 3C de l'époque ne semble pas exister, même si bien sûr ce début de 21e siècle est marqué par des innovations, comme les TV haute-définition à écran plat, les appareils photos numériques ou les téléphones 3G dont tous les foyers s'équipent progressivement. Ils n'ont toutefois pas la charge symbolique des 3C d'Izanagi keiki qui marquaient un réel bond du niveau de vie des ménages. Les Japonais d'aujourd'hui sont presque blasés, ils ont tout. Tous les foyers sont climatisés, tout le monde a une voiture...
La reprise actuelle est en outre de faible amplitude. Si bien qu'elle n'est pas ressentie comme telle. Ce fait est toutefois perçu comme une bonne chose par les économistes, car "lorsqu'il n'y a pas de hautes montagnes, il n'y a pas de très basses vallées", explique l'un d'eux. Autrement dit pas de hausses soudaines de croissance, donc pas de chutes vertigineuses.
Pour éviter les erreurs du passé qui avaient conduit à la bulle immobilière et financière et à l'explosion de cette dernière, les acteurs économiques redoublent aujourd'hui de prudence. Par exemple, au moment de la bulle, les entreprises souffraient de trois excès: excès d'investissements, excès d'équipements, excès de main d'oeuvre. Aujourd'hui, elles ont une gestion plus parcimonieuse des stocks, investissent en équipements pour répondre à une demande avérée, et ne titularisent les intérimaires qu'avec prudence, tout en recrutant les meilleurs individus dans les plus prestigieuses universités.
Par ailleurs, comme cette reprise est arrivée directement après la décennie 90 marquée par des restructurations d'entreprises et une épuration du système bancaire après l'éclatement de la bulle, les Japonais échaudés, ont peur de trop se réjouir. Ils n'ont pas vraiment confiance et dépensent de façon plus rationnelle que par le passé, même s'ils sont plus consuméristes que les Français de façon générale. Ils s'inquiètent également pour leurs vieux jours et s'interrogent sur le niveau de leurs pensions de retraite, sachant que la proportion d'actifs va baisser.
Depuis 2002, même si le produit intérieur brut du japon a progressé, la somme des salaires versés annuellement à la masse des travailleurs, elle, a baissé, d'où le sentiment des foules que la reprise n'est que statistique, mais qu'elle ne se voit pas sur les feuilles de paye. D'autant que les taxes et impôts ont dans le même temps augmenté.

Enfin, la particularité la plus frappante de la cette période de reprise, c'est qu'elle s'est accompagnée de 2002 à novembre 2005 d'une baisse continue des prix au détail. Or, contre toute attente, ce phénomène appelé déflation est négatif pour les ménages. Espérant que les prix continueront de baisser, ils ont tendance à reporter leurs achats. Si bien que les entreprises ont des stocks trop importants qu'elles n'arrivent pas à écouler. Donc elles ralentissent le rythme de production, réduisent leurs main d'oeuvre, ce qui entraîne in fine un affaiblissement général de l'économie intérieure.

Durant quatre ans, le Japon a donc vécu ce paradoxe: une déflation dans une phase d'expansion économique modérée tirée par les exportations.
Depuis novembre 2005 toutefois, en partie en raison de l'augmentation des prix du pétrole et de ses dérivés, les prix ont recommencé à repartir modestement à la hausse.
Si l'inflation continue à un rythme modéré, la reprise actuelle a toute chance de se poursuivre. Selon les économistes, les salaires devraient en outre augmenter du fait du départ à la retraite de la génération du "baby boom" à partir de 2007 et de la raréfaction de la main d'oeuvre.
Le gouvernement espère ainsi que les ménages se remettront à consommer plus fortement, ce qui permettra de rendre la croissance moins dépendante des exportations, lesquelles sont fortement aidées par la faiblesse du yen face aux autres devises majeures que sont le dollar et l'euro.
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Les entreprises nippones sont toujours en forme...
... et optimistes pour la fin de l'année budgétaire
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L'année budgétaire (avril 2006 à mars 2007) avait bien commencé pour les entreprises japonaises, notamment celles oeuvrant dans le secteur des technologies, et l'embellie s'est poursuivie.
Au premier trimestre (avril à juin), leur situation financière, à quelques exceptions près, était plutôt bonne. La conjoncture nippone ne s'étant pas dégradée depuis, elles ont pour la plupart terminé le deuxième trimestre (de juillet à septembre) en très grande forme, consolidant leurs acquis de départ.
Ainsi, la deuxième salve annuelle de résultats financiers, qui correspond donc au cumul des premier et deuxième trimestres de l'exercice en cours, a été une succession de bonnes nouvelles, plusieurs firmes, comme Nikon, Canon, Sharp ou Olympus affichant des revenus et bénéfices à leur plus haut niveau historique.
Matsushita, l'un des plus importants fabricants de produits électroniques grand public (marque Panasonic) et d'électro-ménager (marque National) n'en finit pas d'engranger les bénéfices de sa stratégie orientée sur le haut-de-gamme et entourée d'une culture du secret technologique. Une politique adoptée après la sévère restructuration effectuée au début de la décennie.
Tirées par les téléviseurs à écran plat plasma, ses ventes pour les six premiers mois de l'année ont atteint 4.389,5 milliards de yens (29,26 milliards d'euros) et son bénéfice net a plus que doublé par rapport à la même période de l'année antérieure à 64,4 milliards. Ces performances résultent en grande partie de la concentration des ressources sur une sélection de produits stratégiques sans cesse optimisés aux moyens de technologies exclusives et savamment protégées.
La même politique est aussi employée avec succès chez Sharp, l'inventeur de l'affichage à cristaux liquides (LCD), qui n'a jamais vendu autant de TV et gagné autant d'argent en six mois qu'au cours du semestre écoulé.
Entre avril et septembre, Sharp a dégagé un bénéfice net de 46,54 milliards de yens (310 millions d'euros), sur un chiffre d'affaires qui s'est élevé à 1.465,69 milliards de yens (+9,7% sur un an).
Dans le même temps, son bénéfice d'exploitation a progressé de 20,1% à 90,17 milliards de yens.
Les revenus issus des appareils audiovisuels et de communication ont gagné 14,4% sur un an, grâce à l'augmentation des ventes de téléviseurs à écran LCD, surtout les modèles de grande taille, et des téléphones portables, le tout tirant le chiffre d'affaires global, a expliqué Sharp.
Tout comme Matsushita, numéro un mondial des plasma, Sharp, le pionnier du LCD a profité de la Coupe du Monde de football en juin, période propice au renouvellement des téléviseurs et aux ventes de modèles dotés d'un écran de grande diagonale (d'au moins 37 pouces).
Bien que le prix moyen des TV LCD au Japon ait chuté de 20% au cours du semestre d'avril à septembre par rapport au précédent, Sharp est parvenu à contenir la baisse du tarif moyen de sa gamme de TV LCD Aquos à 2% en l'orientant sur des appareils de plus grande taille.
Sharp est par ailleurs devenu au premier semestre le numéro un des mobiles au Japon, avec une part de marché de 19,1%, grâce à une gamme de terminaux au design très apprécié, avec fonction téléviseur et écran pivotant.
Si Sony n'avait pas fait face à un pépin de batteries de PC défectueuses et à des aléas de dernière minute avec sa nouvelle machine guerre, la console PlayStation 3, le fleuron de l'électronique nippon aurait aussi affiché de bons résultats.
Au deuxième trimestre 2006-2007, son bénéfice d'exploitation s'est hélas affiché en rouge avec une perte de 20,8 milliards de yens (138,7 millions d'euros), contre un bénéfice de 74,6 milliards un an plus tôt, en dépit d'une progression notable du chiffre d'affaires à 1.854,2 milliards (+8,3% sur un an).
Cette déconvenue résulte d'une provision de 51,2 milliards de yens pour couvrir un programme mondial de remplacement de batteries lithium-ion, après les alertes lancées par les fabricants de PC américains Dell et Apple ainsi que par le chinois Lenovo, entre autres. Quelque 9,5 millions de batteries sont concernées.
Dommage. Car entre avril et septembre, ses revenus ont progressé par rapport aux mêmes mois de 2005 entraînés par les ventes soutenues dans toutes les régions du monde des téléviseurs à écran à cristaux liquides de la gamme LCD "Bravia", par les PC de la gamme "Vaio" et les appareils photo numériques de la gamme "Cyber-shot".
Sony a aussi été forcé de retarder le lancement de sa console PlayStation 3 en Europe et de baisser le prix au Japon avant même la mise en rayon à cause des protestation du public qui la jugeait trop chère. Ces éléments ont aussi pesé sur les comptes du groupe, mais l'optimisme est néanmoins de mise, à moins que la PS3 ne rencontre pas le succès escompté.
Le marché en plein boom des TV à écran plat plasma ou LCD a également été une locomotive pour Pioneer qui du coup est sorti du rouge. Toshiba a pour sa part rencontré des difficultés sur les produits grand public, mais s'est rattrapé par ailleurs.
Les spécialistes japonais des technologies de l'image que sont Nikon et Canon ont pour leur part profité de l'engouement pour leurs appareils photos, de même que de la forte demande d'imprimantes multifonctions. Ce dernier marché a aussi fait les beaux jours de Kyocera, de Seiko-Epson ou de Konica-Minolta, groupe qui s'est en revanche retiré du secteur de la photo, revendant une partie des ses technologies reflex à Sony (gamme d'appareils Alpha).
Ombres au tableau: Hitachi qui s'attend à finir l'année dans le rouge après un premier semestre déficitaire, plombé par de lourds investissements, les méventes d'enregistreurs DVD ou de climatiseurs et une série de frais imprévus.Et Sanyo qui est encore convalescent, après la thérapie de choc administrée par sa PDGère écolo, l'ex-journaliste Nanoko-san. Le groupe espère néanmoins afficher un résultat net positif en fin d'exercice grâce à une réduction des coûts et du périmètre d'activités via des partenariats..
Dans le secteur de l'automobile, autre gros pilier de l'industriel japonaise, même si le marché est morose au Japon (hormis pour les tout-petits véhicules), les exportations bondissant, le géant nippon Toyota, en passe de devenir numéro un mondial, a pulvérisé ses records. Ses ventes au premier semestre ont dépassé les 10.000 milliards de yens (67 milliards d'euros) et son bénéfice d'exploitation les 1.000 milliards de yens pour la première fois.
Le mastodonte de Nagoya (centre du Japon) prévoit de finir l'année (le 31 mars 2007) avec un bénéfice d'exploitation de plus de 2.000 milliards de yens (13,3 milliards d'euros), du jamais vu dans l'histoire des entreprises japonaises tous secteurs confondus. Quant à Nissan, il espère se rattraper au deuxième semestre après un premier pas flamboyant, faute de nouveaux modèles.
D'une façon générale, les entreprises nippones sont en forme et ont bon moral pour l'avenir.
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Le Japon, caillou dans la chaussure d'Airbus...
... seul pays où le champion européen ne vend pas d'avion
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"Besoin de Japon": ce n'est pas seulement la sensation irrépressible qui envahit le cerveau de l'auteur de ce blog chaque fois qu'un avion l'éloigne du sol tremblant l'Archipel, ni seulement le titre d'un ouvrage du chercheur du CNRS, Jean-François Sabouret, mais c'est aussi l'un des soucis sérieux qui taraudent le champion de l'aéronautique européen Airbus.
En effet, bien que l'avionneur du Vieux Continent puisse à juste titre se vanter d'avoir en l'espace de quelques années rattrapé, et même un temps dépassé, le mastodonte américain Boeing sur le marché mondial de l'aéronautique civile, il met rarement en avant ses succès au Japon: et pour cause, il n'en connaît aucun.
L'Archipel, deuxième économie du monde, faut-il le rappeler, constistue un énorme caillou dans la chaussure d'Airbus, lequel n'enregistre que 4% du
marché japonais de l'aéronautique civile, et encore, en comptant large.
Sur les quatre appels d'offres massifs lancés ces dernières années par les deux plus importantes compagnies aériennes japonaises, Japan Airlines (JAL) et All Nippon Airways (ANA), Airbus n'en a remporté aucun.
Boeing a dans le même temps totalisé plus de 200 commandes d'appareils, des 737 et 787 Dreamliner notamment, auprès de ces mêmes compagnies.


C'est que tout Airbus qu'on s'appelle, on n'efface pas comme ça cinquante ans de présence de Boeing au Japon, surtout quand la stratégie de ce dernier consiste à mettre en permanence en avant, via de pleines pages de publicité bien sentie savamment distillées dans la presse nipponne, la relation privilégiée qu'il entretient depuis des lustres avec l'industrie nipponne.
Relation qu'il fortifie au fil du temps en aidant les Japonais à parfaire et valoriser leurs technologies hors-pairs, pour leur permettre peut-être un jour, qui sait, de réaliser leur rêve: faire voler un avion "made in Japan", lointain successeur de feu l'YS-11 de l'ère Showa

Dernier exemple en date ce cette stratégie gagnante: le fait que le programme "Boeing 787 Dreamliner" soit considéré par le Japon comme un "projet national" compte-tenu de la part (35%) prise par les trois géants de l'industrie lourde nippone (Mitsubishi Heavy Industries, Fuji Heavy Industries et Kawasaki Heavy Industries) dans la production du fuselage de l'engin.
Via un consortium d'industriels locaux, le JADC, l'Etat japonais offre ainsi indirectement à Boeing des subsides pour alléger les risques pris par les entreprises nippones dans la recherche et le développement liés aux innovations techniques mises en oeuvre pour ledit "Dreamliner". Ce n'est en outre pas le premier avion estampillé Boeing qui bénéficie de ce statut particulier de "progamme national japonais". Il en fut de même pour les 767 et 777.


Privé de cet avantage, Airbus rencontre les pires difficultés pour vendre sa marchandise au Japon. D'autant que sa façon de procéder sur l'Archipel n'apparaît ni lisible ni trop respectueuse des moeurs locales.
Ce n'est pas non plus la présence à la tête d'Airbus Japon de l'ex-président de la Chambre du Commerce américain au Japon et de subordonnés venus de Seattle qui contribue à clarifier la stratégie du groupe européen sur l'Archipel. Passons.
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Chez les industriels japonais, les choses sont en tout cas sont claires: pour le moment, ils croûlent sous la tâche avec le boulot massif que leur donne Boeing, et n'ont ni équipement, ni personnel, ni temps à consacrer à Airbus, d'autant que ce dernier a semble-t-il quelques difficultés à bien définir ses programmes comme l'ont prouvé les tergiversations autour de l'A350.


Le groupe japonais Kawasaki Heavy Industries a par exemple annoncé récemment qu'il n'allait pas renouveler son contrat pour produire des pièces détachées pour l'Airbus A321. "Quand nous avons revu le contrat avec Airbus, nous sommes parvenus à la conclusion qu'il ne faisait pas notre affaire", s'est borné à expliquer un porte-parole du groupe. Kawasaki Heavy produisait depuis 1991 des panneaux pour les ailes du biréacteur moyen-courrier A321
Du côté du gouvernement japonais, on explique que si Airbus offrait autant aux indutriels nippons que Boeing (c'est à dire une grosse partie de la production des appareils et pas des menues pièces détachées), il n'y a pas de raison que les coorpérations ne débouchent pas.

Mais, Airbus peut-il se permettre de confier un tiers de la production de ses appareils aux Japonais sans immédiament voir les syndicats européens s'alarmer contre les pertes d'emplois qu'une telle "délocalisation" créerait en Europe.
Si Airbus ne craignait pas de devenir totalement tricard au Japon, peut-être le groupe insisterait-il néanmoins davantage auprès de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour dénoncer les aides financières au développement injectées par l'Etat nippon dans les programmes de son concurrent, lesquels ne sont apparemment pas que des avances remboursables...
Mais l'avionneur ne prend pas ce risque, qui se fixe pour objectif prioritaire, voire pour seul horizon, de vendre un A380 aux compagnies nippones.

Hélas, les dirigeants de ces dernières répètent à l'envi depuis des années qu'elles n'ont pas besoin d'un tel paquebot des airs.
Raison invoquée: leur stratégie est au contraire pour le moment de réduire autant que faire se peut la variété d'appareils constituant leur flotte, de diminuer la taille des avions employés et d'augmenter les fréquences de vol, le tout pour gagner en souplesse face aux fluctuations aléatoires du trafic, pour abaisser les coûts et améliorer la commodité pour les passagers en proposant des horaires plus adaptés à la demande.

"Je comprends que la faiblesse des parts de marché d'Airbus au Japon puisse soulever des questions d'ordre politique, mais ce n'est pas notre probème. Nous sommes une entreprise, nous raisonnons en termes de compétitivité", s'est énervé récemment le nouveau PDG de JAL, M. Nishimatsu.

Les choix de JAL et ANA se sont portés sur les 737 et 787 de Boeing, uniquement parce que ces appareils ont été jugés plus à même de répondre à leurs besoins (techniques, économiques, commerciaux) que les modèles concurrents proposés par Airbus lors des appels d'offres conduits dans les règles de l'art, arguent les deux compagnies.
Et puis, embarquer 800 personnes en 20 minutes, temps maximum qu'elles s'imposent pour faire grimper les voyageurs et être toujours à l'heure, leur semble une utopie, en dépit de leur logistique incroyablement bien huilée.
De leur propre aveu, la seule raison qui pourrait éventuellement les pousser à faire l'acquisition d'un A380 serait que les compagnies étrangères rivales qui ont opté pour ce géant des airs rencontre un succès tel qu'elles constateraient une fuite de leurs passagers des lignes internationales vers ces concurrents.
Sauf qu'entre temps, Boeing se sera sans doute arrangé pour leur proposer une version optimisée et truffée de technologies nippones du 747, dont elles furent les plus importantes et fidèles utilisatrices.

Airbus pourrait à tout le moins en raisonnant à long terme donner des gages aux industriels et gouvernement japonais en s'engageant fortement dans leur projet de développement de supersonique.
Si certains collaborateurs du groupe européen au Japon et les représentants de l'aéronautique française sur l'Archipel (Gifas) sont convaincus du bien-fondé d'un tel projet, encore faudrait-il que les dirigeants toulousains d'Airbus sortent du brouillard et des turbulences pour en prendre la mesure et éviter de se "crasher" en vol avant d'atterrir au Japon.
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L'automobile, moteur de l'industrie nippone...
... et locomotive des exportations du Japon
Après avoir abordé le délicat sujet de la volonté du Japon d'utiliser son rayonnement culturel pour combler en partie ses déficiences sur la scène politique internationale, nous allons nous intéresser en ce 15 août 2006 à un des moteurs de la puissance de l'économie japonaise: l'automobile.
L'auteur de ce blog, qui n'est pas du tout passionnée par les bagnoles, ne peut pas en effet pour autant, vivant au Japon, faire l'impasse sur ce secteur qui concentre quelque 4,9 millions de salariés (7,7% de la main d'oeuvre nippone), représente 7% de ses exportations et illustre à merveille l'inventivité, la témérité, la capacité de rebond et l'efficacité des entreprises japonaises.


Après sa reddition le 15 août 1945, le Japon se trouvait dans un état économique déplorable, la population ruinée. Pour les Tokyoïtes vivant dans des cabanes, la voiture particulière familiale représentait un rêve totalement utopique. Pas un constructeur nippon n'en produisait d'ailleurs, ayant survécu durant les années de guerre par la fabrication de camions et engins militaires.
Jusqu'à la fin des années 50, la voiture particulière, souvent "made in America" était un symbole de réussite réservé aux riches et puissants à la tête d'institutions ou d'entreprises. Elle valait plus d'un million de yens, soit des années de salaire moyen à l'époque.


Ce n'est qu'en 1958, qu'apparut la première voiture familiale abordable: une petite merveille d'ingéniosité conçue par une équipe de chercheurs acharnés de Fuji Heavy Industries sous la marque Subaru: la Subaru 360, ainsi nommée en raison de son moteur 360cc et de sa masse d'environ 360 kilogrammes.
L'histoire de la conception de ce véhicule est une formidable et émouvante aventure humaine qui en dit long sur la solidarité et le pragmatisme nippons: le but était de créer un véhicule peu cher, d'y loger une famille de quatre personnes et de réaliser le rêve de la plupart des petites gens, celui de pouvoir grimper dans "my car" (ma voiture), en anglais dans le texte.
Aujourd'hui, moins de 60 ans plus tard, quelque 79% des foyers nippons possèdent une automobile et plus d'un tiers en revendiquent même plusieurs.
Malgré cette démocratisation massive, la fière expression d'antan "my car" n'a pas disparu du vocabulaire, preuve que les Japonais continuent de vénérer l'objet, au point qu'il n'est pas rare de voir leurs propriétaires les briquer au plumeau dans les rues de Tokyo.
L'un des loisirs favoris des Nippons est en outre le "duraiba" (la conduite), le week-end, en famille, comme du temps où les nouveaux possesseurs d'une Subaru 360 s'engouffraient pas peu fiers dans "my car" devant les voisins pour aller pique-niquer à quelques kilomètres de chez eux.
En semaine, les Tokyoïtes préfèrent généralement les transports en commun (trains, métros) ultra-efficaces et archi-propres et dont ils sont tout aussi fiers pour effectuer les trajets domicile-travail.
Alors qu'au sortir de la guerre Toyota était au bord du dépôt de bilan, ne parvenait plus à payer les salaires de ses 6.000 employés de Nagoya (son fief au centre du Japon) et faisait face à des mouvements de grève, aujourd'hui le groupe est en passe de détrôner l'américain General Motors de la place de numéro un mondial en nombre de véhicules produits annuellement.
Et c'est Nissan, le deuxième constructeur nippon, qui pourrait sauver le même GM de la débandade.
Près de 11 millions de voitures ont été produites en 2005 au Japon, dont une majorité pour l'exportation, et autant ont été assemblées par des constructeurs nippons à l'étranger qui construisent partout des usines.
Les marques japonaises (Toyota, Nissan, Honda...) sont les seules à voir leurs parts de marché croître à l'étranger, dans un environnement morose pour leurs concurrents européens ou américains.
Un succès qu'elles doivent avant tout à leurs innovations incessantes, à la finition de leurs modèles, aux designs originaux de leurs gammes et au renouvellement rapide de leur collection, autant de primes atouts qui ont fait leur réputation mondiale.
Lorsqu'on se balade dans les rues de Tokyo, on ne peut qu'être impressionné par le nombre de belles bagnoles au kilomètre carré. De même que par le respect du code de la route par les automobilistes, tant vis-à-vis de leurs homologues que des piétons. On n'entend quasiment jamais résonner les klaxons dans la mégapole.
Il n'y a guère plus de morts aujourd'hui sur les routes du Japon que sur celles de France, alors que la population nippone est deux fois plus importante. On a déploré 6.871 décès dans des accidents routiers en 2005 sur l'Archipel, soit près de trois fois moins qu'en 1970.
Au Japon, la plupart des voitures, toujours propres et en bon état, sont en outre dotées des technologies les plus avancées, notamment pour renforcer la sécurité (caméras arrière et latérales, vision nocturne des piétons, radar de détection d'obstacle ou de sortie de ligne, système anti-somnolence, créneau assisté...).
Sur quelque 5 millions de nouvelles voitures vendues en gros chaque année sur l'Archipel, seules 260.000 sont importées (dont une partie sont de marque nippone mais fabriquées à l'étranger). La plupart des voitures de marque non japonaise sont des modèles haut de gamme siglés Mercedes, BMW, Jaguar ou Audi.
Renault vend nettement moins de 3.500 voitures au Japon par an, Citroën 2.500 et Peugeot 10.000.
C'est que les Japonais sont extrêmement exigeants sur l'équipement high-tech et l'intégration de ce dernier, critères de sélection sur lesquels les Européens (hormis peut-être les Allemands) sont à la traîne.
Les systèmes de radio-navigation GPS ultra-sophistiqués qui équipent en première monte la plupart des véhicules (y compris les petites voitures type March de Nissan) sont dans les trois quarts des cas compatibles avec la réception des signaux émis le long des routes par le système d'informations public routier VICS. Ainsi les conducteurs sont-ils renseignés en temps réel sur l'état du trafic, la probabilité de survenue de bouchons et la disponibilté des places dans les parkings.
Ces super-autoradios GPS, qui équipent environ un tiers des 57 millions de voitures de tourisme au Japon, sont de véritables concentrés de haute-technologie.
Ils permettent évidemment d'écouter la radio, de lire des CD, ou des MD, mais aussi de regarder des DVD, de capter la télévision hertzienne (analogique ou numérique), de télécharger des contenus (musiques, vidéos) sur le disque dur intégré grâce à une connexion à internet à haut débit cellulaire, de lire ses e-mails, ou de surveiller à distance sa maison (via une web camera).
Ils permettent aussi parfois d'accéder par simple pression sur un bouton inclus dans le tableau de bord à un service de "concierge" (sur abonnement payant). Des serviables opérateurs humains répondent 24 heures sur 24 à toutes les questions alambiquées que peuvent leur poser les conducteurs abonnés pour se rendre à une adresse, trouver un restaurant, acheter des fleurs, ou se ravitailler dans une station service.
Le confort de plus en plus élevé des voitures japonaises a toutefois un inconvénient pour les constructeurs: les consommateurs sont tellement contents de leur véhicule qu'ils ont tendance à le garder plus longtemps.
En outre, le vieillissement de la population contribue à la baisse du marché, qui va de plus en plus vers le luxe d'une part, ou vers les toute petites voitures d'autre part jugées plus pratiques et économiques.
Pour revenir dans la course, les constructeurs produisent donc de plus en plus de petits modèles (les fameuses mini-cars) souvent choisis comme deuxième voiture, et ciblent davantage la population féminine laquelle veut elle aussi de plus en plus s'offrir "my car".
Un tiers des voitures vendues en 2005 étaient destinées à des conductrices, et autant entraient dans la catégorie des mini-véhicules, selon l'Association des constructeurs japonais (JAMA).
Par ailleurs, la préoccupation écologique de plus en plus forte de la population nippone, des autorités, et des constructeurs pousse à toujours plus d'innovation.
D'où les avancées notables des Japonais dans le développement des piles à combustible, des technologies hybrides ou de l'usage de bio-carburants. Toyota a été le premier constructeur au monde à mettre sur le marché un modèle hybride (motorisation au carburant et à l'électricité) il y a près de 10 ans (Prius en 1997). Aucun concurrent européen n'en a fait













































































