En direct de Tokyo ... et en "podcast" audio

Petits et grands faits de l'actualité nippone, sélectionnés par Karyn Poupée (journaliste), sur des musiques d'Hugues Le Bars

Le "choc Toyota"

... le titan mis à rude épreuve

Publié par K. Poupée le Samedi 8 Novembre 2008, 00:21 dans la rubrique économie


En allant à l'hôtel ANA Intercontinental de Tokyo le 06 novembre à 15 heures, on savait qu'il y aurait foule de journalistes pour écouter les dirigeants de Toyota. On savait également que les bonnes nouvelles dont le titan nippon était coutumier ne seraient cette fois pas de mise. Et pour cause: comment pouvait-il être le seul du secteur de l'automobile à afficher des résultats et perspectives réjouissants dans cette période de marasme tous azimuts et alors que le mastodonte américain General Motors est au bord de la faillite? Mais le tableau économique dressé par un ponte du groupe japonais fut bien plus noir qu'aucun ne l'imaginait. Volontairement?


Le champion Toyota a en tout cas fait état de prévisions alarmantes après une vertigineuse chute de ses ventes et profits au premier semestre de l'exercice budgétaire, subissant durement les effets de la débâcle banco-financière sur les achats de véhicules, sur l'octroi de crédits et sur les taux de change.
"Nous n'avons jamais connu une période si difficile", a d'emblée déclaré le vice-président exécutif de Toyota, Mitsuo Kinoshita. Entre avril et septembre de cette année, le groupe Toyota Motor, qui comprend les marques Toyota, Lexus, Daihatsu et Hino,  a vendu 510.000 véhicules de moins que l'an passé à la même époque, soit 4,64 millions.
"La conjoncture est mauvaise sur tous les plans", et notamment aux Etats-Unis où le géant n'est pas parvenu à dégager de marges, c'est dire, même si sa part de marché, 17%, n'y a jamais été aussi élevée. Déduction: ses concurrents sont encore plus touchés que lui, ce qu'on n'ignorait pas.
Au Japon, ses profits ont été divisés par deux à cause là encore d'une contraction des ventes. En Europe de l'Ouest, cela ne va pas fort non plus. Seule bonne nouvelle: les achats de Toyota continuent de grimper en Russie, en Asie (hors Japon) et en Amérique du Sud (Brésil principalement).




Egalement victime de la cherté des matières premières et des variations erratiques des prix du pétrole, Toyota a sabré de plus de moitié son estimation de bénéfice net pour l'exercice d'avril 2008 à mars 2009, incapable de réaliser en totalité les économies prévues. Le groupe, qui est un des plus atteints par la hausse du yen face au dollar et à l'euro, table désormais sur un bénéfice net de 550 milliards de yens (4,4 milliards d'euros), une somme encore rondelette mais beaucoup moins que les 1.250 milliards espérés auparavant. Le géant de Nagoya (centre) a aussi taillé ses évaluations de chiffre d'affaires annuel (23.000 milliards de yens - 177 milliards d'euros -  au lieu de 25.000 milliards de yens). Il se prépare en outre à endurer une dégringolade de 74% sur un an de son profit d'exploitation, à 600 milliards de yens (
4,6 milliards d'euros), un coup dur selon lui inimaginable il y a ne serait-ce que trois mois. Et M. Kinoshita d'énumérer : la flambée des cours du pétrole et de l'acier, la crise des prêts hypothécaires "subprime", la faillite de la banque Lehman Brothers, la chute des Bourses, le bond du yen, la désertion des investisseurs... : "Où trouver la stabilité ? C'est vraiment très difficile".




"L'économie réelle, notamment celle des pays industrialisés, a été percutée par la crise financière et c'est le secteur automobile qui a été le plus durement touché", a-t-il assuré "Quelle sera la taille du marché américain cette année ? 13,5 millions ?, compte-tenu des multiples problèmes, et notamment du fait que les banques ne prêtent plus d'argent et que les consommateurs n'ont pas le moral..."
"Prévoir la sortie de crise est bien difficile, même les experts économistes ne savent pas", a encore déclaré M. Kinoshita, lequel espère toutefois que les choses redémarreront à partir de la fin de l'année prochaine.
Habitué à regarder ses ventes augmenter allègrement d'année en année en roulant sur le terrain de concurrents occidentaux, Toyota s'attend cette fois à un recul, pour la première fois en une décennie. Il se montre dès lors solidaire de l'américain en difficulté General Motors, bien que lui disputant amicalement la place de numéro un mondial du secteur. Les deux groupes ne sont pas des rivaux prêts à tout pour terrasser l'autre. Au contraire, ils ont depuis 20 ans des liens aux Etats-Unis (usine) et le japonais n'a pas l'intention de les rompre, surtout pas en ce moment.



Au final, Toyota pense écouler 8,24 millions de véhicules toutes marques confondues (Toyota, Lexus, Hino, Daihatsu) dans le monde durant les douze mois allant de mars dernier à avril prochain, contre 8,91 millions livrés au cours des douze mois précédents. Pour la suite? Impossible de le dire pour le moment. Les évaluations de ventes pour l'an prochain seront révélées en décembre, mais, a averti M. Kinoshita, "les chiffres seront sévères, cela ne fait pas de doute".
Face à cette redoutable adversité, Toyota, fidèle au bréviaire des fondateurs, veut se battre.
"On a vécu de multiples crises, on a toujours progressé et on a bien l'intention de continuer. Ces périodes sont une occasion pour opérer des changements décisifs (...), nous voulons impérativement recouvrer la croissance", a martelé M. Kinoshita.


La firme a monté en toute hâte un "Comité d'amélioration urgente des revenus et profits", structure présidée par le patron Watanabe et qui doit tout passer au crible pour trouver où et comment régénérer en interne des marges mangées de l'extérieur. "Les projets (nouvelles usines, nouveaux modèles) seront également disséqués et corrigés au besoin en termes de temps et d'ampleur", a prévenu M. Kinoshita. Si les salariés sous contrat à durée déterminée (CDD) et travailleurs intérimaires nippons risquent de faire en partie les frais de cette situation hors du commun (gel des nouveaux recrutements en CDD et non-reconduction), Toyota n'envisage en revanche pas une seconde de licencier.



Il va de plus en plus orienter ses gammes vers les modèles hybrides, compacts et ultérieurement tout électriques, en exploitant au maximum ses innombrables atouts techniques, ainsi que ses ressources matérielles et humaines.
Pas question de couper sans ménagement dans les dépenses de recherche et développement (R&D), toujours jugées cruciales, et plus encore lorsqu'il faut relever le défi aujourd'hui posé. En redéployant ses moyens, il entend mettre vite sur le marché une offre de modèles écologiques et accessibles qui collent au plus près à la demande actuelle des clients. "Ce n'est pas seulement une réaction appropriée aux changements conjoncturels, c'est aussi une politique tournée vers la croissance future", se console M. Kinoshita.


Géant emblématique du Japon, Toyota a évidemment provoqué une déflagration (cela s'est vu dans la titraille des journaux "panique, choc" et sur son cours de Bourse le lendemain, en chute).


Mais on ne peut exclure qu'il ait sciemment voulu noircir le panorama pour susciter des réactions salutaires en interne et dans des milieux politico-financiers, tant pour lui-même que pour ses fournisseurs et concurrents, tous à bord du même navire à la dérive.
 



L'histoire, la philosophie, les méthodes et processus industriels du groupe Toyota vous intéressent?

Eh bien lisez
"Les Japonais", essai (sociologie, histoire, politique, économie, etc.) paru en septembre aux éditions Tallandier.


 

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Nintendo: le yen attaque...

... mais les Wii et DS sont imbattables !!

Publié par K. Poupée le Dimanche 2 Novembre 2008, 13:22 dans la rubrique économie


Tout comme Sony la semaine dernière, cette fois c'est Nintendo qui a été contraint ce jeudi 30 octobre de raboter ses mirifiques estimations de bénéfices annuels, lui aussi touché par la brusque hausse du yen qui entame ses marges.
Nintendo a ramené son évaluation de profit net annuel à 345 milliards de yens (2,76 milliards d'euros), alors qu'il espérait auparavant le voir atteindre 410 milliards. Mais même en défalquant des milliards de yens sur ses simulations antérieures, Nintendo n'est pas aux abois, tant s'en faut, puisque les nouveaux gains attendus seront encore historiques et d'un tiers supérieurs à ceux encaissés l'an passé.
Les profits nets de Nintendo représenteront en outre plus du double de ceux du géant de l'électronique nippon Sony qui, plus éclectique, affiche pourtant un chiffre d'affaires quatre fois et demie plus gros. Un rapide retour en arrière montre que, quoi qu'il en soit, Nintendo empochera cette année un bénéfice net qui équivaut presque au total de ses recettes de ventes annuelles d'il y a cinq ans, avant qu'il ne mette sur le marché la famille DS puis la Wii, devenues ses vaches à lait.





Peu importe la conjoncture économique mondiale, radieuse ou calamiteuse, les jeux et consoles estampillés Nintendo se vendent de mieux en mieux. La crise pourrait même accélérer le mouvement. "Nos affaires vont bien en soi et nous nous attendons à une augmentation des ventes en volume", assure la firme. Contrairement à d'autres groupes japonais plus diversifiés qui constatent que les clients sont plus durs à attraper et rechignent à s'offrir certains produits high-tech coûteux (larges téléviseurs à écran plat par exemple), Nintendo semble au contraire profiter de l'envie des consommateurs de se vider la tête, de se faire plaisir, sans sortir, et de se distraire en famille à un prix somme toute jugé raisonnable comparé à celui d'autres loisirs. Que les marges sur chaque console et jeu vendus à l'étranger soient soudainement grignotées par le yen plein d'entrain ne change rien au fait que le groupe continue de fabriquer des Wii, des DS et des boîtes de cartouches ou DVD, à tour de bras: "En voulez-vous? En voilà!".

Live japon : lancement nintendo dsi


De fait, après un début d'année en fanfare, et alors que les calamités économiques s'accumulent, Nintendo s'attend à vendre plus de consoles et jeux qu'il ne le pensait il y a ne serait-ce que trois mois.

Live japon : lancement nintendo dsi


Sur l'ensemble de l'année budgétaire (avril dernier à mars prochain), il compte écouler 30,5 millions de machines de poche à double-écran DS ainsi que 27,5 millions de consoles de salon Wii. A mi-parcours, il a déjà vendu près de 14 millions de DS, portant le total à 84 millions depuis la naissance de cette famille de consoles fin 2004. En six mois, plus de 10 millions de Wii ont également rejoint autant de foyers dans le monde, ce qui hisse le total à 34,5 millions depuis leur lancement fin 2006.

Live japon : lancement nintendo dsi
La forme insolente de Nintendo n'est pas forcément une surprise pour les familiers de l'industrie du jeu. On a déjà constaté par le passé que les périodes de débâcle économique coïncident souvent avec celles dorées de quelques secteurs du divertissement. Ainsi en fut-il lors des précédentes grandes déprimes au Japon dans les décennies passées.

A en juger par l'ambiance électrique du Tokyo Game Show, le plus grand salon asiatique qui s'est tenu récemment dans la banlieue tokyoïte, les studios de développement n'avaient en tout cas guère l'esprit torturé par le cataclysme financier mondial, contrairement aux opérateurs des salles de marchés boursiers tout aussi accros aux écrans. Le jeu vidéo "n'est pas le genre d'industrie qui subit des chutes soudaines et violentes de la demande", se rassure Yoichi Wada, président de la fédération professionnelle du secteur au Japon et de l'entreprise Square Enix.

Même son de cloche dans la bouche du PDG de Nintendo, Satoru Iwata, qui en veut pour preuve les courbes de vente de ses machines et jeux depuis que la conjoncture va de mal en pis. Ils sont rares ceux qui, à l'instar de Hiroshi Kamide, analyste chez KBC Securities, affirment que "la récession n'est pas une bonne chose pour ce secteur non plus, quoi qu'on en dise". Cette opinion minoritaire pourrait à première vue être sous-tendue par les derniers chiffres du marché au Japon. Au premier semestre, les ventes de consoles y ont baissé de 33,5% en valeur et celles de jeux de 10,3%, selon les statistiques d'Enterbrain, société d'édition spécialisée.

Live japon : lancement nintendo dsi
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Toutefois, "cette contraction est naturelle, du fait des cycles d'apparition des nouvelles générations de machines", explique son PDG, Hirokazu Hamamura, selon qui l'année dernière a bénéficié de la mise en vente fin 2006 de la Wii de Nintendo et de la PlayStation 3 de Sony. "La situation du jeu vidéo au Japon n'est pas mauvaise", assure-t-il, prédisant une seconde moitié d'année dynamique avec la sortie au Japon de sagas attendues et de titres très grand public comme "Wii Music", le nouveau divertissement de simulation musicale de Nintendo.

En Europe, où le secteur financier est plus durement touché qu'au Japon, la filiale de jeu du géant nippon Sony affirme qu'elle ne connaît pas non plus la crise. La déconfiture financière "n'a pas d'effets négatifs sur notre marché, c'est même le contraire", assure un responsable de Sony Computer Entertainment.

Live japon : lancement nintendo dsi
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"On le lit sur les graphiques de vente, alors même que les dernières consoles et les titres allant de pair sont plutôt chers", explique-t-il. En 2007, le marché mondial du jeu s'est élevé à près de 22 milliards d'euros, en progression de 80% par rapport à 2006, selon l'association des industriels du divertissement numérique japonais. Ce découplage entre le marasme financier et la santé de l'univers ludique virtuel s'explique, selon le responsable de Sony, par un "effet cocooning", un phénomène qu'il juge "particulièrement vrai en France".

Live japon : lancement nintendo dsi


"Au lieu d'une séance de cinéma en famille, les gens préfèrent rester à la maison et s'amuser avec des jeux de société vidéo", comme des quiz ou des karaoke, analyse-t-il, estimant qu'"a contrario, le cinéma risque de souffrir". Les familles font des arbitrages budgétaires différents, compte-tenu de l'inflation et du tarif exorbitant de l'essence. Ce n'est pas seulement vrai en Europe. De fait, si le jeu à domicile au Japon résiste, les salles spécialisées nippones, elles, souffrent le martyre depuis plusieurs mois, à l'image du groupe Sega Sammy ancré dans le rouge à cause de la "désertion" de ses temples du jeu au profit du divertissement à la maison. Au Japon aussi, la flambée des prix de l'essence jusqu'à ces dernières semaines est un facteur qui a freiné les sorties en voiture dans des sites de loisirs excentrés.

Live japon : lancement nintendo dsi
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Restent quand même les "hard gamers", ces caïds de la manette et des consoles en tous genres. Aucune conjoncture ne paraît en mesure de tuer leur passion pour les jeux à grand spectacle pour lesquels ils déboursent des fortunes. Pour ces inconditionnels, s'il existe une crise dans le secteur du jeu japonais, c'est peut-être celle de la créativité, illustrée selon eux par les jeux pour DS ou Wii. Et les mêmes de n'avoir pas de mots assez durs pour Nintendogs et autres amusements "bon enfant". Sauf que ces "hard gamers" ne sont pas assez nombreux pour faire vivre le secteur.
Et voilà pourquoi Nintendo poursuit sa stratégie sans se préoccuper de leurs réflexions désobligeantes à son égard. "Une Wii par famille, une DS par individu", répète à l'envi le patron de la firme de Kyoto, Satoru Iwata, lorsqu'il affiche ses ambitions ultimes. Et le même de dégainer de nouvelles armes chaque fois que la demande semble marquer un peu le pas, comme ce fut le cas ces derniers mois concernant la DS au Japon.

Live japon : lancement nintendo dsi
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Pour remettre en route la machine à cash, Nintendo a donc lancé ce samedi dans l'Archipel une nouvelle variante de cette console de poche, la DSi, dotée d'écrans plus larges, de deux caméras et de fonctions sonores plus costaudes, autant de fioritures pour mieux affronter la rivale combative PSP de Sony, stimuler les développeurs pour créer des divertissements inédits, amuser les petits et les grands et remplir le tiroir-caisse. Le yen, lui, n'aura qu'à bien se tenir.

Bien qu'esthétiquement peu différente de son aînée DS Lite, sortie au Japon en mars 2006, la DSi était la star du jour dans les empires de l'électronique de Tokyo. "Il y avait environ 300 personnes qui patientaient ce (samedi) matin à l'ouverture", a assuré à mi-journée un vendeur de l'enseigne Bic Camera de Yurakucho au coeur de la capitale. Chez ses rivaux Yodobashi Camera et Sofmap, dans le royaume high-tech d'Akihabara, il fallait avoir réservé, et pas plus d'une par personne. Ce mode de vente a permis d'éviter les cohues habituelles, surtout en plein week-end de trois jours où, aux innombrables tokyoïtes, s'ajoutent les Nippons de passage. "Tous les exemplaires livrés ont été retenus", affirmait un vendeur de Yodobashi, dont les propos étaient d'ailleurs confirmés par les affiches placardées un peu partout.

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Qui achète cette DSi? "Ceux qui ont déjà un modèle antérieur mais, fanatiques, désirent en changer, et ceux qui ont sauté sur cette nouveauté pour entrer dans la famille déjà nombreuse des possesseurs de consoles DS", détaille notre interlocuteur. "Les enfants qui n'ont pas de téléphone portable ou appareil photo numérique voient dans la DSi une solution pour prendre des photos et s'amuser avec", cite-t-il en exemple. Au vu des caractéristiques techniques de la machine, pas si bluffantes que cela, il ne pensait toutefois pas que "l'enthousiasme initial serait tel".

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De fait, toutes les boutiques de jeu d'Akihabara affichaient "shinagire" (rupture de stock) ou "kanbai" (toutes vendues) à la mi-journée. Seul un des deux Bic Camera du coeur de Tokyo, Yurakucho, avait encore à 14 heures quelques dizaines de machines, de couleur blanche uniquement. Nintendo avait livré 200.000 DSi dans tout le pays samedi. Il prévoit un réassortiment de 100.000 unités dans les prochains jours.

Même si près d'un Japonais sur cinq détient déjà une variante de DS, le potentiel de marché pour la DSi est encore jugé énorme. Elle pourrait s'écouler à dix millions d'unités au Japon, portant à plus de 35 millions d'exemplaires le total des ventes de cette famille de machines dans l'archipel depuis sa naissance en 2004, d!ixit le patron d'Enterbrain, lequel dit baser ses calculs "sur l'observation fine des catégories de Japonais qui n'ont pas encore de DS". "Cette DSi ne se présente pas comme une nouvelle génération, mais comme une évolution.

En ce sens, elle a vocation à attirer une nouvelle clientèle pas encore équipée et non à pousser ceux qui ont déjà une DS à la renouveler", explique M. Hamamura. Il dit songer notamment aux jeunes hommes salariés, aux lycéennes et aux tout petits enfants, publics qui, selon lui, sont les moins gros acheteurs des DS/DS Lite. L'intégration de caméras à l'avant et à l'arrière et les fonctions audio peuvent entraîner la création de nouveaux types de divertissements attirants. "Les lycéennes sont des fans des puricura (cabines où l'on se photographie seul ou à plusieurs sur des fonds rigolos). Elles trouveront amusant d'avoir cette fonction directement sur leur console avec la possibilité de retoucher facilement les clichés ", pense-t-il. M. Hamamura estime également que la distribution en téléchargement de mangas (bandes dessinées japonaises lues par tous les publics) et de romans (très appréciés par les filles) peut dynamiser les ventes de DSi au Japon.

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Les firmes exportatrices nippones prises au piège du yen fort...

Publié par K. Poupée le Dimanche 26 Octobre 2008, 23:19 dans la rubrique économie


Souvenez-vous, il n'y a pas si longtemps, au mois de mai précisément, on expliquait ici et ailleurs comment Sony avait retrouvé des couleurs et s'attendait à un avenir radieux, tant sur le plan des innovations que des finances. Le PDG du groupe promettait même aux actionnaires patients des dividendes croissants. Patatras. Le géant de l'électronique japonais a été contraint jeudi de sabrer sans ménagement ses prévisions de résultats financiers pour l'année en cours, victime innocente de la déconfiture économique mondiale et de son cortège de conséquences malheureuses, à commencer par la hausse soudaine du yen devenu une monnaie refuge face au dollar et à l'euro.

Live Japon : la crise lamine les technologies


Sony, qui avait abaissé une première fois ses prétentions en juillet, voyant déjà la crise restreindre ses marges, ne table désormais plus que sur un bénéfice net annuel de 150 milliards de yens (1,30 milliard d'euros au cours actuel), inférieur de plus de moitié à celui encaissé l'an passé. « La conjoncture économique s'est brutalement dégradée et notre situation financière est en-deçà de nos estimations de juillet en raison notamment de la forte appréciation du yen », a expliqué le directeur financier du groupe, Nobuyuki Oneda, lors d'une conférence de presse convoquée dans l'urgence.



La brusque et forte hausse de la monnaie japonaise produit des effets désastreux sur les hypothèses de recettes tirées des téléviseurs, des appareils photo numériques, des caméscopes et autres équipements électroniques distribués à l'échelle mondiale. C'est simple: si Sony prévoit qu'un produit qu'il vend 200 euros en Europe va lui rapporter 33.000 yens sur la base d'un taux de change à 165 yens pour un euro, ce même article proposé au même tarif en euros ne rapporte plus que 25.000 yens lorsque la monnaie européenne chute à 125 yens. Idem sur le marché américain quand le yen s'élève vis-à-vis du dollar. Voilà exactement ce qui s'est produit en l'espace de quelques semaines et que nul n'avait anticipé. Multipliez ce cas par des millions de produits, et, à l'arrivée, le différentiel se chiffre en milliards d'euros ou dollars donc en centaines de milliards de yens.

Live Japon : la crise lamine les technologies
Live Japon : la crise lamine les technologies


Sony, qui pariait toujours en juillet sur des taux de change de 105 yens pour un dollar et 160 yens pour un euro, cours presque aussi favorables qu'en 2007, s'expose à de nouveaux déboires si d'aventure ses estimations actuelles pour les six mois à venir (100 yens pour un dollar et 140 yens pour un euro) s'avèrent encore trop optimistes. Le billet vert s'échangeait en effet vendredi sous les 95 yens et la devise européenne aux alentours de 115 yens. Bref, si les valeurs monétaires restent à ces niveaux alarmants pendant plusieurs semaines ou mois, Sony va encore devoir prévenir ses actionnaires que les bénéfices ne seront pas à la hauteur des attentes. Et si, pour compenser les effets de change et préserver ses marges, il augmente ses prix en euros et dollars hors du Japon, ses produits ne seront plus compétitifs et les clients les dédaigneront au profit de ceux, moins onéreux, de concurrents sud-coréens, européens, chinois ou autres.

Live Japon : la crise lamine les technologies
D'autant que, deuxième conséquence de la crise, se profile une baisse de la demande de produits électroniques, principalement aux Etats-Unis et en Europe. « Nous pensons désormais que nous écoulerons 16 millions de téléviseurs cette année, alors que nous ciblions 17 millions précédemment », a précisé M. Oneda. Du coup, cette activité majeure et emblématique, qui devait redevenir rentable cette année, risque de terminer l'exercice budgétaire une fois de plus dans le rouge. Même chose pour celle des jeux vidéo, affectée par les taux de change, bien que les ventes de consoles et divertissements numériques associés se portent plutôt bien en nombre d'unités. « Le retour aux profits d'exploitation (dans ces deux domaines) apparaît désormais difficile », a reconnu le patron des finances du groupe. Sony est en effet entraîné dans une guerre des prix face à ses concurrents du secteur des TV et autres produits grand public. Voilà qui accentue encore la difficulté de pronostiquer et garantir des profits.

Live Japon : la crise lamine les technologies
Bilan, le fleuron de l'électronique nippon n'escompte désormais plus qu'un chiffre d'affaires annuel de 9.000 milliards de yens (78 milliards d'euros au cours actuel) contre 9.200 milliards auparavant attendus. Cela reste encore supérieur à l'an passé (8.871 milliards), mais l'horizon n'en est pas moins assombri puisque les profits ne suivront pas. Ce retournement conjoncturel est d'autant plus attristant que Sony venait tout juste de renouer globalement avec la forte rentabilité en 2007 et de redonner ainsi le moral tant à ses salariés qu'à ses actionnaires. Pis, il pense à présent que la situation économique ne va pas se redresser en quelques semaines.


Cette noire prédiction semble largement partagée. La preuve, la Bourse de Tokyo s'est encore effondrée vendredi, Sony ayant entraîné tout le secteur majeur de l'électronique dans sa vertigineuse dégringolade.

L'indice de référence de la place tokyoïte, le Nikkei 225, a plongé de 9,60% vendredi 24 octobre, au terme d'une mémorable journée cauchemardesque, la quatrième du mois après celles entrées dans les annales des 8, 10 et 16 octobre (respectivement -9,4%, -9,6% et -11,41%). Redoutant un déluge de révisions à la baisse des objectifs de profits des firmes exportatrices nippones, les investisseurs à la Bourse de Tokyo se sont débarrassés de leurs actions.

Live Japon : la crise lamine les technologies
Live Japon : la crise lamine les technologies


Le choc de très mauvais augure créé par Sony en divisant ses simulations financières a non seulement fait dévisser de 14,07% le prix de son action, mais il a aussi enfoncé tout le secteur des technologies, n'épargnant aucun des poids-lourds nippons de l'électronique que sont Panasonic, Canon, Sharp, Nikon ou Pioneer. D'habitude moins sanctionné, le numéro un japonais des consoles de jeu vidéo, Nintendo, a aussi été pris dans la nasse. C'est que les investisseurs des sociétés japonaises craignent aussi que la prudence des consommateurs occidentaux et nippons, couplée à la difficulté d'obtenir des crédits, se traduise par une offre supérieure à la demande, donc des stocks excédentaires aboutissant à des surcapacités de production.

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Cette effrayante appréhension est pour l'heure jugée infondée par le Premier ministre nippon, Taro Aso, lequel a affirmé vendredi depuis Pékin que « l'économie japonaise n'est pas en mauvais état », mais qu'elle subit durement l'impact de mouvements extrêmes des valeurs et des monnaies. L'homme n'a pas tort au demeurant. De nombreuses entreprises japonaises, à commencer par Sony, se sont profondément restructurées et assainies au début de cette décennie, se remettant de l'éclatement des bulles immobilière, financière et technologique ainsi que des effets des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, terrible enfilade d'événements endurés entre 1991 et 2001. La situation actuelle des sociétés nippones (y compris celle des banques) n'est donc pas en elle-même calamiteuse. Toutefois, les choses pourraient se dégrader rapidement si la clientèle se raréfie partout, sauf à ce que chaque firme s'adapte en douceur à cette nouvelle donne, ce qui n'est pas impossible mais exige de s'y prendre suffisamment tôt afin de ne pas répéter les erreurs du passé.

Le net recul des prix des matières premières et des hydrocarbures peut les aider à diminuer leurs frais, de même que des gains de productivité par l'innovation, des baisses d'impôts et la contraction des dépenses administratives. « Nous devons nous préparer à des temps difficiles », a toutefois averti le patron des finances de Sony. Et le même de préciser que le groupe envisage un « plan d'action » pour « réduire les coûts », en revoyant par exemple les projets d'investissement. Le but en sera de restaurer au moins partiellement des marges qui ont fondu à cause d'événements extérieurs soudains, imprévus qui ont ruiné en un rien de temps les efforts entrepris depuis des années au prix d'une restructuration dans la douleur. « Il n'est pas encore possible de préciser la nature et l'ampleur des décisions que nous allons prendre, mais devons mettre en oeuvre des mesures concrètes », a indiqué M. Oneda.

Live Japon : la crise lamine les technologies


Si le pessimisme de Sony a réellement fichu la trouille aux boursicoteurs, à vrai dire, ce mastodonte n'est pas le premier à avoir tiré la sonnette d'alarme. Le groupe d'électronique, d'informatique et de systèmes de télécommunications NEC l'avait devancé en indiquant qu'il n'attendait plus cette année qu'un profit net de 15 milliards de yens (100 millions d'euros) alors qu'il tablait auparavant sur un bénéfice net de 35 milliards. NEC pointe du doigt une contraction des commandes d'équipements de la part des opérateurs de télécommunications japonais, ainsi que des conditions de marché difficiles dans le domaine des appareils grand public (PC et téléphones portables notamment) et des composants électroniques. NEC, qui espérait un chiffre d'affaires annuel de 4.800 milliards de yens, ne prévoit plus désormais que 4.600 milliards, soit 4,2% de moins que l'an passé.

Autre récente alerte, celle de Sharp, un modèle de réussite pour ses compatriotes (il est numéro un local des TV LCD et des téléphones cellulaires). Ce pionnier de la technologie d'affichage à cristaux liquides a lui aussi été forcé de revoir ses évaluations pour l'exercice en cours, pénalisé par une chute « considérable » des achats de mobiles au Japon et une détérioration de la rentabilité de ses téléviseurs LCD en proie à une concurrence féroce. Pour les douze mois d'avril 2008 à mars 2009, Sharp n'escompte plus qu'un bénéfice net de 60 milliards de yens, soit une chute de 44,2% par rapport à l'année passée, contre une prévision initiale de 105 milliards.

Live Japon : la crise lamine les technologies


La déferlante de mauvaises nouvelles n'est sans doute pas terminée, car ces sociétés japonaises ont effectué leurs nouveaux calculs avant que le yen ne s'envole, ce qui les rend déjà obsolètes. Autrement dit, la probabilité que les choses s'aggravent et que les investisseurs délaissent encore plus ces firmes manufacturières nippones de hautes technologies (de même que les constructeurs d'automobiles) est hélas extrêmement élevée. Et ce, non pas parce que leurs dirigeants ont péché (contrairement aux banquiers), ni même parce que leurs produits ne sont pas conformes aux attentes des clients (tant s'en faut), mais parce que la quête par les agioteurs du gain immédiat rend les actionnaires oublieux de la réelle valeur humaine, sociale, technique et industrielle de ces entreprises fondées par des capitaines d'industrie philanthropes.

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Japon: victime en bout de chaîne de la crise américaine

... et dire qu'il sortait tout juste la tête de l'eau

Publié par K. Poupée le Lundi 13 Octobre 2008, 14:16 dans la rubrique économie


Le Japon, qui venait tout juste de se remettre des conséquences de ses propres égarements (bulle financière et immobilière des années 1980),  est victime par ricochet de la crise financière partie des Etats-Unis mi-2007 et dont l'ampleur ne cesse de se révéler plus effrayante que les spécialistes l'avaient imaginé (sauf quelques économistes qualifiés de Cassandre déclinologues il y a un an).


Victime par ricochet le Japon, car, comme tous les pays, il subit les craintes des investisseurs qui fuient la Bourse et font chuter les cours des actions, alors que les banques ne se font plus confiance entre elles et ne s'accordent plus de crédits. L'indice Nilkkei de la Bourse de Tokyo,  qui flirtait il y a plus d'un an avec les 18.000 points, est dégringolé ces derniers jours autour de 9.000 points. La place tokyoïte a sévèrement chuté à cause d'une contagion des inquiétudes sur les perspectives de croissance, bien que les conditions d'octroi de prêts aient été moins durcies au Japon que dans les autres pays (les banques japonaises étant jugées moins exposées aux risques des prêts hypothécaires américains "subprime").  Dans quelle mesure les décisions prises par les grands argentiers du monde au cours du week-end des 11 et 12 octobre vont-elles durablement porter leurs fruits? Quel niveau retrouvera le Nikkei? Bien malin qui, par les temps qui courent, prétendrait répondre.


 
Victime le Japon, car la demande étrangère, moteur essentiel de la croissance des dernières années est en panne, et que les exportations de véhicules, de machines industrielles et de matériels électroniques divers marquent le pas.

Victime car le yen a tendance à remonter face à l'euro et au dollar, ce qui amoindrit les bénéfices escomptés des ventes hors du Japon de même que la compétitivité des firmes japonaises sur les marchés extérieurs.  Les prévisions de résultats financiers, calées sur un cours du yen inférieur à ce qu'il est aujourd'hui face au dollar et à l'euro, vont probablement devoir être revues à la baisse. La vague redoutée d'avertissements sur résultats a déjà commencé (Sharp a déjà prévenu ses actionnaires).

Victime car les cours élevés des matières premières et des hydrocarbures touchent de plein fouet les sociétés du pays du Soleil-Levant, lequel ne dispose pour ainsi dire d'aucune ressource naturelle. Les gros s'en tirent (ils vont quand même devoir revoir à la baisse leurs objectifs initiaux) mais les PME souffrent, surtout celles des secteurs d'immobilier (agences de vente et location, promoteurs fragiles). Les faillites se multiplient, obligeant l'Etat à élargir sa garantie pour que les banques continuent de leur accorder des financements.

Victime enfin car les consommateurs nippons, un brin anxieux, contrôlent davantage leurs dépenses, n'escomptant guère d'augmentation de salaire puisque les entrepreneurs privilégient les réductions de coûts de production et les investissements en machines et en R&D. Il serait toutefois faux de dire que les Japonais cessent de dilapider du fric dans les boutiques et restaurants (il suffit de fréquenter les quartiers commerçants de Tokyo pour s'en rendre compte).

Bilan, le Fonds Monétaire International n'envisage plus qu'une croissance du produit intérieur brut (PIB) japonais de 0,7% en 2008 alors qu'il pronostiquait une augmentation de 1,5% sur un an auparavant. Il estime à présent que le PIB ne croîtra ensuite que de 0,5% en 2009 sur un an, contre une prévision antérieure de 1,5%.


Lorsque la crise des "subprime", couplée à la hausse des cours du pétrole et des aliments, a commencé à se répercuter sur les commandes de produits nippons en provenance des Etats-Unis, le Japon a pu compenser avec l'émergence d'une nouvelle clientèle dans les pays tels que la Chine, la Russie, l'Inde ou le Brésil. Aujourd'hui, le différentiel à combler est devenu trop important. "L'économie japonaise montrait initialement plus de résilience à la crise que les pays occidentaux,  mais elle a récemment été affectée par un ralentissement des exportations et par l'impact d'une détérioration du commerce extérieur sur la demande intérieure", souligne le FMI dans un récent rapport.


Après un premier trimestre positif, le PIB japonais s'est contracté de 0,7% au deuxième, "un repli dû à la baisse des investissements et de la consommation privée alors que l'apport des exportations dans la croissance est descendu à zéro", note l'organisation. "L'affaiblissement des commandes en provenance des Etats-Unis et de l'Europe de l'Ouest, l'augmentation des coûts d'approvisionnement (énergie, matières premières) et la diminution des prévisions de profits pèsent sur le moral des entrepreneurs et affecte les investissements", tandis que la demande émanant des pays émergents ou les niveaux élevés des revenus issus d'implantations à l'étranger ne comblent pas le manque à gagner, analyse le FMI rejoint sur ce point par de nombreux experts.


 

Le découplage entre les économies américaine et japonaise ne peut fonctionner pleinement dans le marasme actuel, car une partie des exportations nippones (les composants et autres pièces) sont destinées à leurs usines d'assemblage en Asie ou en Europe de l'Est où sont fabriqués des produits finis pour les Etats-Unis et l'Europe. Or, la demande de produits déclinant dans ces régions, les besoins de composants suivent la même évolution négative. 

Banques peu affectées par les "subprime" à la chasse aux bonnes affaires

Paradoxalement, les groupes bancaires nippons se rangent du bon côté, et "profitent" de la crise puisqu'ils s'emparent de tout ou partie de banques occidentales aux abois, ou reprenent une partie de leurs activités, étendant ainsi leur zone de chalandise à bon prix. Cette volonté d'expansion internationale n'est pas née de l'opportunité offerte par les banqueroutes hors du Japon, mais était déjà présente dans la stratégie des méga-banques nippones qui savent que leur avenir ne peut reposer sur la seule clientèle japonaise qui va se réduire du fait d'un déclin de la population liée au et à l'absence de véritable politique nataliste.


 

Que peut faire le Japon pour renforcer sa place en Asie et partant dans le reste du monde?

Son système financier étant moins exposé que celui des pays occidentaux, le Japon dispose d'un meilleur socle. Heureusement car la Banque du Japon () n'a pour sa part guère de marge de manoeuvre, hormis celles consitant à inonder le marché interbancaire de liquidités. Certes, elle ne craint pas un emballement prix/salaire, l'inflation, hors aliments et carburants, étant toujours proche de zéro. Mais le taux directeur de la est déjà si bas (0,5% depuis février 2007 après deux relèvements successifs) que le baisser dans des proportions significatives est impossible. C'est pourquoi elle ne s'est pas associée à l'action concertée des banques centrales pour réduire les taux le 8 octobre.Toutefois, une dégradation plus importante que prévu de la conjoncture économique pourrait justifier une réduction du taux d'intérêt directeur pour le faire revenir à zéro, niveau auquel il a été durant plusieurs années jusqu'à juillet 2006 pour combattre la dans laquelle fut englué le Japon durant près de huit ans.



L'Etat de son côté a beau affirmer, par la voix du nouveau Premier ministre Taro Aso, qu'il viendra au secours des entrepreneurs et consommateurs par le biais de mesures de relance renforcées (un premier plan d'une valeur de 73 milliards d'euros - dont une extension de garantie bancaire - a été décidé fin août), ses capacités sont elles aussi limitées. Le Japon  souffre en effet d'un endettement public colossal (environ 180% du PIB en 2007) et d'un lourd déficit budgétaire annuel, deux éléments qui empêchent de puiser énormément dans les caisses, sauf à mettre en oeuvre des réformes fiscales impopulaires telle qu'une hausse importante de la taxe sur la consommation (équivalent de la TVA) qui n'est que de 5% actuellement. Il faudrait pour péréniser les systèmes de retraite et de couverture sociale au moins la doubler. Les organisations patronales plaident en ce sens mais exigent en échange une baisse des impôts sur les sociétés pour assurer une meilleure rémunération des salariés.

Le Japon peut cependant espérer que la crise affecte peu (en termes de croissance et de durée) les économies émergentes et qu'elles lui fournissent dès lors une clientèle grossissante pour ses produits généralement bien perçus car fignolés, fiables et auréolés de marques qui apparaissent comme des symboles de réussite aux yeux des nouveaux riches asiatiques, brésiliens ou russes. La construction dans ces pays de nouvelles infrastructures (immeubles, réseaux routiers, moyens de télécommunications, centrales électriques, etc.) peut aussi grandement profiter aux sociétés japonaises.



A moyen et long terme, le Japon mise d'abord et surtout sur sa forte structure industrielle et ses technologies de pointe pour profiter de tendances universelles, comme la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre (automobiles hybrides, batteries lithium-ion, nouvelles énergies renouvelables, et systèmes avancés de réduction de la consommation électrique intégrés dans un nombre croissant de produits - électroniques, électroménagers, machines-outils, infrastructures diverses, etc.).
Les entreprises nippones continuent d'investir massivement en R&D, craignant de voir leurs rivales chinoises les dépasser. Cette continuité leur a déjà permis de sortir de la soi-disant "décennie perdue" (dix années de crise après l'éclatement de la bulle immobilière et financière au début des années 90) en ayant en main des technologies porteuses d'avenir (écrans plats, énergies nouvelles, nouveaux matériaux, automobiles propres, robots industriels ultra performants, etc.)
En outre, les sociétés japonaises sont aujourd'hui assainies, ayant éliminé leurs excès de production, de main-d'oeuvre et d'endettement qui étaient patents au moment de la bulle.



Pour plus de détails sur l'évolution de l'économie japonaise au cours des 63 dernières années:
lisez : Les Japonais, du même auteur, publié aux Editions Tallandier.

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High-tech: tous comptes faits....

...l'année fut excellente pour les groupes nippons

Publié par K. Poupée le Jeudi 7 Juin 2007, 15:51 dans la rubrique économie

Les habitués de ce blog le savent, tous les trimestres, un papier vient dresser ici le bilan des résultats financiers des entreprises nippones, notamment celles des secteurs de l'électronique et autres technologies qui font la fierté locale.
Non que l'auteur de ces lignes soit omnibulée par l'argent, mais parce qu'outre les chiffres, les résultats financiers fournissent de précieuses informations sur la stratégie des firmes ainsi que sur leur capacité à innover et à créer de nouveaux vecteurs de développement.



Tous comptes faits, l'année budgétaire, qui s'est achevée le 31 mars pour la plupart des grandes sociétés japonaises, a été des plus bénéfiques, couronnant des années de travaux en coulisses.


Nombreuses sont en effet les firmes nippones, spécialistes de l'électronique, de l'informatique, de l'industrie des contenus numériques ou des télécoms, qui n'ont jamais vendu tant de produits et gagné autant d'argent que durant les douze mois d'avril 2006 à mars 2007. Quant à celles qui n'ont pas pulvérisé leurs records, leur situation s'est le plus souvent fortement améliorée, y compris pour les sociétés les plus mal parties comme Sanyo.





Les trois premiers trimestres avaient donné le ton, le quatrième l'a confirmé: les champions nippons des nouvelles technologies, qui font la course en tête dans plusieurs domaines, loin devant leurs concurrents étrangers, récoltent désormais les fruits d'investissements massifs et ininterrompus en recherche et développement.

L'exemple le plus flagrant est celui des téléviseurs à écran plat, tous basés sur des technologies nées au Japon.

Le mastodonte de l'électronique et de l'électroménager, Matsushita, plus connu pour ses marques Panasonic et National, a clos l'année avec un bénéfice net supérieur à ses ambitions initiales, et ce, en grande partie grâce au succès de sa gamme de téléviseurs plasma et des équipements périphériques allant de pair.





Avec une écrasante part de marché mondiale sur les TV plasma, Matsushita a non seulement les reins assez solides pour doper sa production de dalles-mères à coup de centaines de milliards de yens (milliards d'euros) d'investissement, mais aussi la capacité de faire baisser les prix de vente. Résultat: les autres sont incapables de suivre.
Entre avril 2006 et mars 2007, Matsushita, qui dispose de technologies uniques, a totalisé un chiffre d'affaires de 9.110 milliards de yens (57 milliards d'euros). Pour l'exercice en cours qui sera clos le 31 mars 2008, le groupe anticipe un gain net en nouvelle progression de 15% à 250 milliards de yens sur des revenus qui devraient encore grimper de 2% à 9.250 milliards (près de 58 milliards d'euros).




La même chose vaut pour Sharp, qui n'en finit pas depuis des années de battre des scores inédits grâce à sa vaste gamme de téléviseurs à cristaux liquides (LCD). Le pionnier de ce mode d'affichage engrange les profits de sa stratégie visant à concentrer son offre sur des produits haut de gamme conçus à partir de procédés secrets.

La rentabilité de ses dalles-mères LCD dites de 8e génération, les plus grandes du monde, est sans équivalent. Façonnées exclusivement au Japon dans une usine flambant neuve et ultra-moderne grâce à des dispositifs de production high-tech uniques savamment protégés, ces dalles de 2,50 mètres sur 2,20 mètres, découpées en six ou huit écrans, sont la clef de la compétitivité aujourd'hui indépassable de Sharp.




Pour l'exercice actuel qui s'achèvera en mars 2008, le groupe, qui est aussi le numéro un mondial des cellules photovoltaïques et le plus prisé des fabricants de mobiles au Japon, espère encore faire mieux. Il escompte un chiffre d'affaires de 3.400 milliards de yens (+8,7%).




Sharp réfléchit en outre à la construction au Japon d'une nouvelle usine de grandes dalles-mères, alors qu'il vient tout juste d'annoncer qu'il allait porter d'ici quelques mois au quasi-maximum la production de son site ultra high-tech perdu dans les montagnes de Kameyama (centre du Japon) inauguré il y a moins d'un an.




Une fuite en avant du même type est également en oeuvre chez Sony, groupe qui va beaucoup mieux, justement en grande partie grâce à ses téléviseurs LCD "Bravia".
Le fleuron du Japon a largement atteint ses objectifs financiers en 2006-2007, les TV ayant ressuscité son coeur de métier, l'électronique grand public.
Dirigé par un ingénieur spécialiste des écrans, Ryoji Chubachi, bras droit du PDG américain Howard Stringer, le pilier que constituent les produits électroniques et audiovisuels grand public s'est rétabli grâce aux efforts sur le design, les performances et la qualité.




Outre le succès mondial de la gamme de téléviseurs à écran plat à cristaux liquides (LCD) "Bravia", les appareils photos numériques compacts "Cybershot", les PC "Vaio" ou encore les camescopes "Handycam" ont séduit la clientèle.
Le tout, appuyé par une restructuration sévère mais efficace, a contre-balancé les moins bons résultats de l'audio, encore malmené par Apple et ses baladeurs iPod, et le déclin inéluctable des ventes de téléviseurs à tube, techniquement dépassés.




Le géant nippon, qui fait la course en tête sur les techniques d'affichage de nouvelle génération, entend bien poursuivre sur sa lancée et retrouver son image avant-gardiste d'antan. Il lancera ainsi cette année sur le marché les premiers téléviseurs basés sur la technologie OEL (affichage organique électroluminescent), supérieure en qualité au plasma ou au LCD.
Le retour à meilleur fortune des produits électoniques audiovisuels a aussi permis de compenser l'absence de marges sur sa très vantée console de salon PlayStation 3 (PS3).




Sony a pris d'emblée le risque de proposer sa PS3, un produit stratégique, à un tarif attractif afin de minimiser l'écart avec les machines concurrentes moins chères et de faire taire les critiques. Il a donc payé en fin d'année le prix de cette stratégie: un déficit massif de la division jeu, proportionnel au nombre de consoles produites (5,5 millions) et vendues (3,9 millions). Mais avec l'optimisation des techniques de production, cette situation déficitaire ne va pas durer, selon Sony. Les PS3 vont peu à peu devenir rentables et constituer un nouveau moteur de croissance, estiment des analystes. Sony prévoit de mettre 11 millions de machines sur le marché cette année.




Le concurrent de Sony sur le jeu, Nintendo, qui a choisi d'innover sans trop renchérir les coûts (en évitant le luxe de high tech), n'a quant à lui pas rencontré les mêmes problèmes de rentabilité au lancement de ses nouvelles machines de guerre.
A tel point que la firme de Kyoto est carrément dépassée par le succès de ses récentes créations, la DS, la DS Lite, la Wii et la foultitude de jeux associés.




En 2006-2007, le numéro un mondial des consoles de poche a ainsi vu son chiffre d'affaires quasiment doubler par rapport à l'année précédente. Il n'avait pas du tout prévu cela.
Les machines portables DS Lite, tellement populaires qu'elles sont encore souvent difficiles à dénicher au Japon, ont entraîné dans leur sillage une flopée de nouveaux jeux qui se vendent comme des petits pains, les adultes et les femmes se laissant tenter.


Plusieurs titres pour DS ont ainsi frôlé ou allègrement dépassé la barre des 10 millions d'unités vendues dans le monde, dont le fameux jeu d'élevage de chiens "Nintendog's" qui s'est écoulé à quelque 13,6 millions d'unités.
La Wii prend le même chemin. Quelque 5,84 millions d'exemplaires ont été produits et livrés en cinq mois dans le monde. Pour autant, les stocks sont en permanence épuisés dans les boutiques nippones.




Dans d'autres registres, Toshiba, Ricoh, Casio, Kyocera, Nikon ou encore Konica-Minolta ont également enregistré une année record.

Toshiba, un touche-à-tout qui sévit aussi bien dans l'énergie nucléaire (rachat de Westinghouse en 2006) que dans les ascenseurs ou l'électronique grand public, a connu une embellie sur l'ensemble de ses activités.
A l'instar de son compatriote Canon (qui a clos son exercice en décembre), Ricoh a pour sa part bénéficié de l'envolée mondiale des ventes d'imprimantes copieurs multifonctions pour entreprises, un marché alimenté par la transition vers les systèmes en couleurs.




Le principal concurrent de Toshiba, l'autre groupe tentaculaire nippon, Hitachi, est comme prévu tombé dans le rouge en 2006-2007 à cause de dépenses exceptionnelles liées à des avaries de turbines de centrales thermiques et à l'absence de marges sur les produits électroniques grand public. Mais Hitachi espère revenir dans le vert dès cette année, entrevoyant de bonnes perspectives dans les systèmes de télécommunications et dans la branche énergie.

Kyocera, spécialiste de la céramique fine, a quant à lui profité de l'augmentation des besoins de ce matériau essentiel pour l'industrie bien portante des composants électroniques.




Enfin Casio, Konica-Minolta, Nikon et Pentax, ont continué d'asseoir leur suprématie sur les appareils photo compacts de très haute qualité ou sur les modèles à visée reflex et objectif interchangeable qui connaissent un succès grandissant au-delà du cercle des amateurs avertis.


Le groupe d'électronique, d'informatique et de télécommunications NEC est pour sa part sorti du rouge en 2006-07, en dépit de résultats très mitigés selon les activités. Les composants ont par exemple souffert de la chute des prix au détails. Le groupe profite toutefois de la très bonne tenue de son activité principale, les services informatiques et les équipements de réseaux de télécommunications.




Les opérateurs de télécoms, KDDI, NTT ou Softbank, qui investissent des sommes faramineuses dans les infrastructures fixes et mobiles à très haut débit, sont parvenus à maximiser la rentabilité des services de données pour compenser la chute technique inéluctable du tarif des communications vocales.



 


L'engouement des Nippons pour les sites internet mobile et les terminaux ultra-sophistiqués est tel qu'ils acceptent de payer en moyenne de 50 à 150 euros pour bénéficier de forfaits de données illimités et de nombreuses heures d'appel. S'y ajoutent très souvent les dépenses d'achats de contenus payés à l'acte (musique, livres numériques, jeux et produits commandés sur les sites de commerce mobile).




Dernier à avoir publié ses résultats annuels et considéré comme très mal en point, Sanyo a créé la surprise, confirmant l'embellie générale.
Le groupe d'électronique d'Osaka (ouest), en pleine phase de douloureuse restructuration, a enregistré une perte nette moins massive qu'il ne le craignait, et surtout divisée par plus de quatre par rapport au colossal déficit de l'année précédente.
Mieux, la firme, qui totalise un chiffre d'affaires de plus de 2.200 milliards de yens (14 milliards d'euros), espère revenir dans le vert dès cette année, plus tôt que d'aucuns l'imaginaient.
Numéro un mondial des batteries, Sanyo continue de miser sur la croissance de la demande de produits respectueux de l'environnement (piles rechargeables, purificateurs d'air...) ou orientés sur le développement durable (panneaux solaires, batteries à combustible...).



 

 


Le groupe, qui sort d'une sérieuse crise de management, promet en outre de réaliser une montée en gamme sur les appareils électroniques grand public, afin de s'extraire de la spirale déflationniste due à la férocité de la concurrence. Il espère aussi une amélioration de la compétitivité des semi-conducteurs, également en cours de cession partielle.

S'il fallait une preuve supplémentaire que l'investissement continu et intensif en recherche et développement finit par payer, les résultats des entreprises japonaises le fournissent magistralement.

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Japon: la majorité des entreprises vont bien...

... mais Sanyo, JVC et les femmes patronnes ont besoin de soutien

Publié par K. Poupée le Mercredi 21 Mars 2007, 00:40 dans la rubrique économie



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Depuis le début de l'exercice budgétaire 2006/2007 (avril 2006 a mars 2007) nous suivons sur ce blog l'évolution des résultats financiers des entreprises, un indicateur de la santé économique du pays.
Les deux premiers trimestres nous ont enseigné que, pour la plupart des industriels, l'expansion de la croissance était une réalité qui se lisait dans leurs comptes, à défaut de se traduire sur les feuilles de paye.
Il en a été de même à l'issue du troisième trimestre, fin décembre, comme l'a montré la dernière vague de résultats publiée en février et mars pour les neuf premiers de l'année budgétaire (notez, soit dit en passant, qu'on n'écrit pas ici "année fiscale" contrairement à de nombreux media, car il s’agit d’un vilain anglicisme qui ne recouvre pas la réalité).



Revenons à nos moutons.

Les poids lourds de la Bourse de Tokyo ont donc affiché de belles performances entre avril et décembre 2006, grâce à des ventes tirées par des produits de bonne facture ayant le vent en poupe (voitures, téléviseurs à écran plat, appareils photo numériques Reflex, imprimantes/copieurs multi-fonctions, composants électroniques, instruments de précision, machines outils, engins de chantiers et mines...).
Les revenus des sociétés japonaises exportatrices ont en outre souvent été aidés par la faiblesse du yen face aux autres devises, un facteur qui renforce la compétitivité des marchandises nippones à l'étranger.



Toyota, Canon ou Sharp n'en finissent pas d'aligner les records de recettes et profits. Matsushita (marques Panasonic et National) a réalisé en neuf mois les objectifs qu'il se fixait pour l'année.



Sony a bel et bien amorcé sa phase de redressement grâce à ses TV à écran plat à cristaux liquides (LCD), même si le résultat final a été un peu rongé par la console de jeux PlayStation 3 (PS3) dont le coût de production dépasse le prix de vente. Nikon ou Ricoh vendent des copieurs à tour de bras. Komatsu profite du boom de la construction en Chine ou aux Etats-Unis et des besoins massifs d’engins dans les mines ...



En revanche, les groupes, moins nombreux, qui n'ont pas pu ou pas su innover, qui ont tardé à se restructurer, ou qui ont fait face à des accidents de parcours, s'en sortent évidemment beaucoup moins bien. C'est le cas de JVC (dans le rouge), d'Hitachi (qui a connu des pépins avec ses turbines pour centrales électriques) ou de Sanyo, un cas sur lequel nous allons nous attarder un peu.



Financièrement Sanyo va très très très mal.
En crise depuis plus de deux ans, le groupe, dont le siège se trouve à Osaka (centre industriel de l'ouest), a du supprimer 14.000 postes dans le monde, vendre des immeubles, céder des activités non rentables et trouver des investisseurs pour remettre de l'argent au pot.. Peine perdue.
Cette thérapie de choc, administrée par la patronne nommée mi-2005, l'ex-journaliste Tomoyo Nonaka, femme d'influence au sourire permanent, n'a pas suffi. De surcroît, voilà que le gendarme de la Bourse nippone soupçonne des erreurs dans la comptabilité de Sanyo pour les exercices antérieurs. Bref, c'est pire.



Alors que dire? Que Sanyo a vécu? Que la boîte manque d'idées, de créativité, d'ingéniosité et de technologies clefs? Non, car ce serait faux. Au contraire. Sanyo possède des milliers de brevets et peut sans rougir se targuer d’avoir à son actif plusieurs savoir-faire hors pair qui vont dans le sens du vent.



Las. Par les temps qui courent, avoir à coeur de développer des produits aux vertus écologiques (panneaux solaires bi-faces à haut rendement, cellules photovoltaïques uniques, batteries à combustibles, piles rechargeables Eneloop, systèmes de réfrigération industriels sans freon, purificateurs d'air anti-virus...) ne rassasie pas l’appétit des voraces actionnaires (Goldman Sachs par exemple) davantage assoiffés d'argent immédiatement que soucieux de la préservation de l'environnement ultérieurement. ça laisse un goût amer.



La même impression nous saisit dans le cas de JVC (Japan Victor Company), inventeur de la cassette au format VHS, as de l'acoustique dont le slogan, "La voix de son maître", résonne encore aux oreilles des audiophiles.



JVC est en effet en passe d'être cédé par son actionnaire majoritaire en pleine forme, Matsushita, à un fonds d'investissement américain, uniquement pour des raisons pécuniaires, histoire de ne pas grever les comptes et bénéfices de la maison-mère.



On ne peut que déplorer ces situations et souhaiter à Sanyo comme à JVC de vite se redresser, car leurs ingénieurs passionnés et autres salariés le méritent.
Un trou d'air financier n'obère l'avenir d’une entreprise que si les fondamentaux (savoir-faire technique, capacité d’innovation, brevets...) ont disparu, ce qui n'est ni le cas de Sanyo, ni celui de JVC.
Mais les champions des "mécano boursiers" ont une vision “court-termiste” et un pouvoir décisionnaire hélas bien supérieur à celui des ingénieurs.

Le cas de Sanyo fait d'autant plus mal au coeur que la “pédégère” Nonaka, une des rares femmes à la tête d'une entreprise nippone, a du jeter l'éponge le 19 mars, acculée à la démission par un conseil d'administration majoritairement masculin, refusant sa demande de diligenter une enquête indépendante pour vérifier les procédures comptables et la source des erreurs auxquelles s'intéressent les autorités.
Auraient-ils quelque chose à se reprocher, messieurs les administrateurs de Sanyo??




Pour couronner l'affaire, simultanément, une autre patronne de grand groupe, Fumiko Hayashi, une femme d'affaires humble et pragmatique, qui a contribué à sauver les supermarchés Daiei de la faillite, a été brutalement rétrogradée le 20 mars 2007 au poste de vice-présidente (un placard). Cette décision s’inscrit dans la logique du "business" après le rachat d'une partie de Daiei par son concurrent, le géant de la distribution nippon Aeon. Il n'empêche, cet évincement qui ne dit pas son nom n’en est pas moins regrettable.


Voilà en tout cas deux faits concomitants qui ne vont pas aider le Japon à se departir de son image déplorable et souvent exagérée, quoi que non dénuée de tout fondement, de pays machiste. On y reviendra, ici ou ailleurs et d'ici peu.


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Japon: plus longue période d'expansion économique depuis 1945...

...mais cela ne vaut pas le bon temps "izanagi keiki"

Publié par K. Poupée le Samedi 25 Novembre 2006, 23:14 dans la rubrique économie


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Les économistes s'y attendaient, le gouvernement l'a officiellent annoncé le 22 novembre 2006: que les citoyens le ressentent ou non, le Japon traverse actuellement sa plus longue phase d'expansion économique depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.




Fin novembre 2006, cela faisait exactement 58 mois que l'embellie se poursuivait. Un mois de plus que la période la plus longue précédemment recensée qui courait de novembre 1965 à juillet 1970, soit 57 mois, baptisée "Izanagi keiki" (reprise Izanagi), du nom d'un des dieux à l'origine de la création du Japon selon les croyances shintoïstes. Depuis 1945; le Japon a connu 14 moments d'expansion.



La situation économique de l'Archipel est donc bonne, selon le gouvernement, et le redressement se prolonge, en dépit d'une consommation des ménages un peu languissante. Ce diagnostic, qui ne s'appuie pas sur les seuls chiffres d'évolution du produit intérieur brut (PIB), ne signifie pas que la croissance a été continue chaque jour durant 58 mois d'affilée, mais que sur cette durée, la tendance est restée globalement positive. Le groupe d'experts mandatés pour établir ce diganostic a notamment indiqué que son verdict s'appuyait sur le fait que l'emploi s'améliore, que les entreprises investissent et que leurs bénéfices grimpent.


En dépit de ce constat étatique réjouissant, les citoyens japonais, notamment ceux qui se souviennent de la période "izanagi keiki", sont perplexes. Car le fait est que l'actuelle expansion n'a rien à voir avec les années 1965 à 70 où la croissance annuelle moyenne du produit intérieur brut était de 11,5%. C'est durant cette faste période de l'Ere Showa que le Japon, qui venait d'accueillir les JO de Tokyo (1964) et qui préparait l'Exposition Universelle d'Osaka (1970), est devenu la deuxième puissance économique mondiale, aidé par les commandes de matériel de la part des Etats-Unis embourbés dans la guerre du Vietnam.

Par comparaison, de février 2002 à novembre 2006, la croissance était certes au rendez-vous, mais elle n'a progressé qu'au rythme de 2% en moyenne par an.
Plusieurs raisons expliquent que les citoyens fassent la moue quand le gouvernement se félicite de cette reprise.
Contrairement au boom d'Izanagi, la phase actuelle, entamée en 2002, a connu deux accidents majeurs: d'une part la guerre d'Irak en 2003, puis une diminution importante des exportations en 2004.



Par ailleurs, entre la fin d'Izanagi keiki et 2002, le Japon a traversé des périodes économiques très mouvementées. Outre les phases de reprise, il a connu les chocs pétroliers, la bulle immobilière et la soit-disant "décennie perdue" des années 90. Tout cela a laissé des traces dans le comportement des entreprises, des institutions et des ménages. Si bien que bien que temporellement dépassée, Izanagi keiki peut difficilement être qualitativement égalée.

Exemples, au temps d'Izanagi, les ménages étaient les locomotives de l'économie. C'était la période des "3C", où tous les foyers s'équipaient comme un seul homme de voiture ("Car"), de climatisation ("Cooler") et de TV couleur ("Color TV").
La reprise était forte.

Aujourd'hui, un équivalent des 3C de l'époque ne semble pas exister, même si bien sûr ce début de 21e siècle est marqué par des innovations, comme les TV haute-définition à écran plat, les appareils photos numériques ou les téléphones 3G dont tous les foyers s'équipent progressivement. Ils n'ont toutefois pas la charge symbolique des 3C d'Izanagi keiki qui marquaient un réel bond du niveau de vie des ménages. Les Japonais d'aujourd'hui sont presque blasés, ils ont tout. Tous les foyers sont climatisés, tout le monde a une voiture...




La reprise actuelle est en outre de faible amplitude. Si bien qu'elle n'est pas ressentie comme telle. Ce fait est toutefois perçu comme une bonne chose par les économistes, car "lorsqu'il n'y a pas de hautes montagnes, il n'y a pas de très basses vallées", explique l'un d'eux. Autrement dit pas de hausses soudaines de croissance, donc pas de chutes vertigineuses.





Pour éviter les erreurs du passé qui avaient conduit à la bulle immobilière et financière et à l'explosion de cette dernière, les acteurs économiques redoublent aujourd'hui de prudence. Par exemple, au moment de la bulle, les entreprises souffraient de trois excès: excès d'investissements, excès d'équipements, excès de main d'oeuvre. Aujourd'hui, elles ont une gestion plus parcimonieuse des stocks, investissent en équipements pour répondre à une demande avérée, et ne titularisent les intérimaires qu'avec prudence, tout en recrutant les meilleurs individus dans les plus prestigieuses universités.





Par ailleurs, comme cette reprise est arrivée directement après la décennie 90 marquée par des restructurations d'entreprises et une épuration du système bancaire après l'éclatement de la bulle, les Japonais échaudés, ont peur de trop se réjouir. Ils n'ont pas vraiment confiance et dépensent de façon plus rationnelle que par le passé, même s'ils sont plus consuméristes que les Français de façon générale. Ils s'inquiètent également pour leurs vieux jours et s'interrogent sur le niveau de leurs pensions de retraite, sachant que la proportion d'actifs va baisser.



Depuis 2002, même si le produit intérieur brut du japon a progressé, la somme des salaires versés annuellement à la masse des travailleurs, elle, a baissé, d'où le sentiment des foules que la reprise n'est que statistique, mais qu'elle ne se voit pas sur les feuilles de paye. D'autant que les taxes et impôts ont dans le même temps augmenté.



Enfin, la particularité la plus frappante de la cette période de reprise, c'est qu'elle s'est accompagnée de 2002 à novembre 2005 d'une baisse continue des prix au détail. Or, contre toute attente, ce phénomène appelé est négatif pour les ménages. Espérant que les prix continueront de baisser, ils ont tendance à reporter leurs achats. Si bien que les entreprises ont des stocks trop importants qu'elles n'arrivent pas à écouler. Donc elles ralentissent le rythme de production, réduisent leurs main d'oeuvre, ce qui entraîne in fine un affaiblissement général de l'économie intérieure.

Durant quatre ans, le Japon a donc vécu ce paradoxe: une dans une phase d'expansion économique modérée tirée par les exportations.

Depuis novembre 2005 toutefois, en partie en raison de l'augmentation des prix du pétrole et de ses dérivés, les prix ont recommencé à repartir modestement à la hausse.





Si l'inflation continue à un rythme modéré, la reprise actuelle a toute chance de se poursuivre. Selon les économistes, les salaires devraient en outre augmenter du fait du départ à la retraite de la génération du "baby boom" à partir de 2007 et de la raréfaction de la main d'oeuvre.





Le gouvernement espère ainsi que les ménages se remettront à consommer plus fortement, ce qui permettra de rendre la croissance moins dépendante des exportations, lesquelles sont fortement aidées par la faiblesse du yen face aux autres devises majeures que sont le dollar et l'euro.

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Les entreprises nippones sont toujours en forme...

... et optimistes pour la fin de l'année budgétaire

Publié par K. Poupée le Jeudi 9 Novembre 2006, 22:53 dans la rubrique économie

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L'année budgétaire (avril 2006 à mars 2007) avait bien commencé pour les entreprises japonaises, notamment celles oeuvrant dans le secteur des technologies, et l'embellie s'est poursuivie.
Au premier trimestre (avril à juin), leur situation financière, à quelques exceptions près, était plutôt bonne. La conjoncture nippone ne s'étant pas dégradée depuis, elles ont pour la plupart terminé le deuxième trimestre (de juillet à septembre) en très grande forme, consolidant leurs acquis de départ.


Ainsi, la deuxième salve annuelle de résultats financiers, qui correspond donc au cumul des premier et deuxième trimestres de l'exercice en cours, a été une succession de bonnes nouvelles, plusieurs firmes, comme Nikon, Canon, Sharp ou Olympus affichant des revenus et bénéfices à leur plus haut niveau historique.


Matsushita, l'un des plus importants fabricants de produits électroniques grand public (marque Panasonic) et d'électro-ménager (marque National) n'en finit pas d'engranger les bénéfices de sa stratégie orientée sur le haut-de-gamme et entourée d'une culture du secret technologique. Une politique adoptée après la sévère restructuration effectuée au début de la décennie.
Tirées par les téléviseurs à écran plat plasma, ses ventes pour les six premiers mois de l'année ont atteint 4.389,5 milliards de yens (29,26 milliards d'euros) et son bénéfice net a plus que doublé par rapport à la même période de l'année antérieure à 64,4 milliards. Ces performances résultent en grande partie de la concentration des ressources sur une sélection de produits stratégiques sans cesse optimisés aux moyens de technologies exclusives et savamment protégées.


La même politique est aussi employée avec succès chez Sharp, l'inventeur de l'affichage à cristaux liquides (LCD), qui n'a jamais vendu autant de TV et gagné autant d'argent en six mois qu'au cours du semestre écoulé.
Entre avril et septembre, Sharp a dégagé un bénéfice net de 46,54 milliards de yens (310 millions d'euros), sur un chiffre d'affaires qui s'est élevé à 1.465,69 milliards de yens (+9,7% sur un an).
Dans le même temps, son bénéfice d'exploitation a progressé de 20,1% à 90,17 milliards de yens.
Les revenus issus des appareils audiovisuels et de communication ont gagné 14,4% sur un an, grâce à l'augmentation des ventes de téléviseurs à écran LCD, surtout les modèles de grande taille, et des téléphones portables, le tout tirant le chiffre d'affaires global, a expliqué Sharp.
Tout comme Matsushita, numéro un mondial des plasma, Sharp, le pionnier du LCD a profité de la Coupe du Monde de football en juin, période propice au renouvellement des téléviseurs et aux ventes de modèles dotés d'un écran de grande diagonale (d'au moins 37 pouces).
Bien que le prix moyen des TV LCD au Japon ait chuté de 20% au cours du semestre d'avril à septembre par rapport au précédent, Sharp est parvenu à contenir la baisse du tarif moyen de sa gamme de TV LCD Aquos à 2% en l'orientant sur des appareils de plus grande taille.
Sharp est par ailleurs devenu au premier semestre le numéro un des mobiles au Japon, avec une part de marché de 19,1%, grâce à une gamme de terminaux au design très apprécié, avec fonction téléviseur et écran pivotant.


Si Sony n'avait pas fait face à un pépin de batteries de PC défectueuses et à des aléas de dernière minute avec sa nouvelle machine guerre, la console PlayStation 3, le fleuron de l'électronique nippon aurait aussi affiché de bons résultats.
Au deuxième trimestre 2006-2007, son bénéfice d'exploitation s'est hélas affiché en rouge avec une perte de 20,8 milliards de yens (138,7 millions d'euros), contre un bénéfice de 74,6 milliards un an plus tôt, en dépit d'une progression notable du chiffre d'affaires à 1.854,2 milliards (+8,3% sur un an).
Cette déconvenue résulte d'une provision de 51,2 milliards de yens pour couvrir un programme mondial de remplacement de batteries lithium-ion, après les alertes lancées par les fabricants de PC américains Dell et Apple ainsi que par le chinois Lenovo, entre autres. Quelque 9,5 millions de batteries sont concernées.


Dommage. Car entre avril et septembre, ses revenus ont progressé par rapport aux mêmes mois de 2005 entraînés par les ventes soutenues dans toutes les régions du monde des téléviseurs à écran à cristaux liquides de la gamme LCD "Bravia", par les PC de la gamme "Vaio" et les appareils photo numériques de la gamme "Cyber-shot".


Sony a aussi été forcé de retarder le lancement de sa console PlayStation 3 en Europe et de baisser le prix au Japon avant même la mise en rayon à cause des protestation du public qui la jugeait trop chère. Ces éléments ont aussi pesé sur les comptes du groupe, mais l'optimisme est néanmoins de mise, à moins que la PS3 ne rencontre pas le succès escompté.



Le marché en plein boom des TV à écran plat plasma ou LCD a également été une locomotive pour Pioneer qui du coup est sorti du rouge. Toshiba a pour sa part rencontré des difficultés sur les produits grand public, mais s'est rattrapé par ailleurs.


Les spécialistes japonais des technologies de l'image que sont Nikon et Canon ont pour leur part profité de l'engouement pour leurs appareils photos, de même que de la forte demande d'imprimantes multifonctions. Ce dernier marché a aussi fait les beaux jours de Kyocera, de Seiko-Epson ou de Konica-Minolta, groupe qui s'est en revanche retiré du secteur de la photo, revendant une partie des ses technologies reflex à Sony (gamme d'appareils Alpha).

Ombres au tableau: Hitachi qui s'attend à finir l'année dans le rouge après un premier semestre déficitaire, plombé par de lourds investissements, les méventes d'enregistreurs DVD ou de climatiseurs et une série de frais imprévus.Et Sanyo qui est encore convalescent, après la thérapie de choc administrée par sa PDGère écolo, l'ex-journaliste Nanoko-san. Le groupe espère néanmoins afficher un résultat net positif en fin d'exercice grâce à une réduction des coûts et du périmètre d'activités via des partenariats..


Dans le secteur de l'automobile, autre gros pilier de l'industriel japonaise, même si le marché est morose au Japon (hormis pour les tout-petits véhicules), les exportations bondissant, le géant nippon Toyota, en passe de devenir numéro un mondial, a pulvérisé ses records. Ses ventes au premier semestre ont dépassé les 10.000 milliards de yens (67 milliards d'euros) et son bénéfice d'exploitation les 1.000 milliards de yens pour la première fois.


Le mastodonte de Nagoya (centre du Japon) prévoit de finir l'année (le 31 mars 2007) avec un bénéfice d'exploitation de plus de 2.000 milliards de yens (13,3 milliards d'euros), du jamais vu dans l'histoire des entreprises japonaises tous secteurs confondus. Quant à Nissan, il espère se rattraper au deuxième semestre après un premier pas flamboyant, faute de nouveaux modèles.

D'une façon générale, les entreprises nippones sont en forme et ont bon moral pour l'avenir.

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