Imprévisible Ryuichi Sakamoto...
Tokyo, Alva Noto, égolo et Rokkasho
Comme il est indiqué sur son succinct profil, l'auteur de ce blog a un léger faible pour la musique en général, et en particulier pour celle des compositeurs français Hugues Le Bars et japonais Ryuichi Sakamoto.
Les oeuvres du premier, qui rythment les chroniques audio de ce site (avec son aimable autorisation), vous sont désormais familières, pour peu que vous soyez un auditeur régulier. Sinon, bienvenue au fan club de Le Bars.

Les musiques du second, Ryuichi Sakamoto, ne vous sans doute pas inconnues non plus, même si son nom ne vous dit peut-être rien. Mais il y a fort à parier que vos oreilles ont déjà été titillées par son morceau le plus célèbre, "Merry christmas Mr Lawrence", tiré de la bande originale du film du même nom, long métrage de Nagisa Oshima, avec David Bowie, Takeshi Kitano et Sakamoto en personne, film rebaptisé "Furyo" dans sa version française.

Pourquoi vous parle-ton de Sakamoto en ce début novembre 2006? Eh bien tout simplement parce que cette star au Japon vient de nous offrir une très belle série de concerts à Tokyo, avec la complicité du musicien allemand Alva Noto, pseudonyme de Carsten Nicolai.
Et une tournée Sakamoto, désormais résident new yorkais, sur ses terres natales, c'est toujours un événement à ne rater sous aucun prétexte. Eclectique s'il en est, Sakamoto, "SKMT" pour les intimes, offre toujours un spectacle, une oeuvre, des sons différents et surprenants à chacune de ses prestations.
L'homme, aussi agile avec le clavier d'un Steinway qu'avec celui d'un Mac, est capable de passer du piano classique à la techno la plus déjantée, en faisant un détour par des improvisations de musiques contemporaines troublantes.
Les trois concerts "Insen" tokyoites de Sakamoto et Alva Noto les samedi 28 dimanche 29 et mardi 31 octobre 2006 s'inscrivait dans la série de ceux donnés précédemment en Europe, et notamment à Paris.
Ambiance froide mêlant piano (Sakamoto) et sonorités irréelles de son jeune complice Alva Noto, ces spectacles audio et vidéo sont indescriptibles, les mots peinant à retranscrire les sons, et leur reproduction sonore interdite sur ce blog. Il fallait donc y être pour ressentir et apprécier cette atmosphère "sakamotesque" du moment, laquelle n'avait rien de commun avec les deux autres séries de concerts donnés au Japon par Sakamoto en 2005. Il nous avait alors conviés à une sorte de rétrospective de ses musiques les plus connues (en août) puis à un concert "piano solo" en décembre.

Touche à tout, Sakamoto, est un avant-gardiste permanent de l'électroacoustique, un défricheur constant de nouvelles tendances, un explorateur insatiable de l'inédit, qui oeuvre seul ou au gré des collaborations depuis plusieurs décennies après des débuts dans le fameux trio YMO (Yellow Magic Orchestra).
Hier dandy, Sakamoto, toujours aussi séduisant malgré ses 50 ans passés, est désormais un "artiste engagé" qui accompagne son art de causes militantes pour la préservation de l'environnement.
Si les concerts "Insen" n'étaient cette année pas ponctués de tirades sur les dégâts provoqués par l'homme sur "dame nature", comme ce fut le cas en 2005, SKMT avait néanmoins convoqué à la sortie des salles des vendeurs d'écobag (sacs en tissu réutilisables pour faire ses courses au supermarché) .
Car l'homme s'est pris de passion (le mot est faible) pour le concept LOHAS (Life of health and sustainability - pour une vie saine et durable): il vante dès lors tous les produits s'inscrivant dans cette philosophie, qui est à la fois écolo mais aussi, selon SKMT, "égolo", comprenez par là, qu'elle invite ses tenants à se préoccuper d'abord de la qualité leur propre environnement ce qui par voie de conséquence bénéficie à celui des autres.
Lors de ses concerts en 2005 au Japon, SKMT avait ainsi choisi des salles alimentées par énergie renouvelable (éolienne et hydraulique) et décidé de minimiser la consommation électrique pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Des vidéos projetées en fond de scène remplaçaient les rangées de spots voraces en kilowatts. Le spectacle n'en a nullement visuellement souffert, au contraire. Et chaque soir, SKMT vantait la prouesse, faisant de surcroît au passage la promo d'un système "révolutionnaire" capable de stocker de l'énergie, et dont un spécimen était place sous son piano.
Qui sait comprendre et lire le japonais remarquera aussi les nombreuses interventions de Sakamoto sur ces sujets dans les magazines nippons.
Inutile? Que nenni.
De nombreux fans suivent leur idole dans sa louable croisade qui a précédé celle d'Al Gore (ex candidat à la présidence des Etats-Unis qui balade son film sur le réchauffement climatique à travers le monde). Cela se traduit au quotidien par une modification des mauvaises habitudes. Outre le fait qu'au Japon tout le monde trie ses déchets, ceux qui ont écouté SKMT vont plus loin.
Ils refusent par exemple les monceaux de sacs en plastique des supermarchés et font leurs emplettes avec un ecobag en tissu. Ils donnent leur matériel audiovisuel et informatique hors d'usage ou devenu inutile aux entreprises spécialisées dans la revente ou le recyclage. Et comme au Japon tout est généralement plutôt bien organisé, ce n'est pas si compliqué. Des camionnettes sillonnent en effet régulièrement les rues de Tokyo pour récupérer gratuitement les appareils foutus. Par ailleurs, des comptoirs de rachat de matériel sont présents dans plusieurs hypermarchés de l'électronique qui permettent de se débarrasser facilement du vieux matos et de grappiller quelques milliers de yens au passage.
Lors de l'instauration cette année d'une nouvelle loi interdisant la vente de matériel ne portant pas un label de sécurité électrique (PSE), mesure qui risquait d'handicaper le marché de l'occasion et de relancer l'encombrement des décharges, SKMT s'était aussi mobilisé, avec succès, pour que le gouvernement fasse des exceptions à cette drastique règle.
De même est-il aujourd'hui en première ligne parmi les opposants à la mise en service d'une usine de traitement de déchets nucléaires qui doit entrer exploitation commerciale mi-2007 dans le nord du Japon, à Rokkasho (préfecture d'Aomori).
Cette usine, bâtie sur le modèle de celle de La Hague en France, avec la complicité du groupe hexagonal Areva, doit produire de la poudre de Mox (mélange d'uranium et de plutonium) à partir de combustible nucléaire usé.
Sakamoto, qui se souvient que le Japon a été le seul pays touché par la bombe atomique, s'oppose par principe à toute manipulation de produits radioactifs redoutant d'une part les accidents et d'autre part l'utilisation de matériaux dangereux à des fins terroristes ou militaires.
Même si en théorie la production d'électricité par des réacteurs nucléaires est moins génératrice de gaz à effet de serre (CO2) que les autres types de centrales, les matières qui y sont employées sont sources de risques plus élevés encore, plaide-t-il.
Sakamoto a donc lancé un mouvement mondial, "STOP ROKKASHO", dans le but de rameuter un maximum d'artistes et d'anonymes pour miner ce projet d'usine. Il s'agit de créer, sous licence "creative commons" des musiques, des vidéos ou d'écrire des textes et de les mettre en ligne pour les faire circuler au maximum accompagnés d'un logo "STOP ROKKASHO".
Avis aux amateurs...
- Permalien
- 1 commentaire
- Lu 540 fois
-
Le groupe électro-rock "rinôçérôse" pose ses pieds au Japon...
... et son regard "psychosociologique" sur les Japonais
Interview "rinôçérôse" à écouter
Puisqu'on a commencé le mois en musique avec le compositeur avant-gardiste HUGUES LE BARS, et qu'au vu des statistiques de visites, ça a eu l'air de vous plaire, nous allons jouer les prolongations durant le week-end, en changeant de registre mais en revenant à Tokyo avec le groupe électro-rock français "rinôçérôse"...
"rinoçérôse" qui tire son nom du titre, ainsi orthographié, d'un tableau réalisé par un peintre fou, Gaston Duf, dans les années 50, était en effet de passage en cette première semaine d'août 2006 dans la capitale nippone, après s'être époumonné le 30 juillet devant le public dense, surchauffé, transgénérationnel et déchaîné du gigantesque Fuji Rock Festival.

Outre "rinôçérôse", cette sorte de "Woodstock" japonisé qui a lieu tous les ans durant trois jours non-stop dans la station de ski de Naeba (préfecture de Niigata), dans les montagnes du centre de l'archipel, accueillait en cet été 2006 Franz Ferdinand; les Strockes, Muse, ou encore Killing Joke et les Happy Mondays, pour n'en citer qu'une infime partie.
Revenons à nos moutons ou plutôt à notre "rinôcerôse", collectif musical au nom imprononçable pour les autochtones, qui doit sa célébrité au Japon au simple fait que Cubicle, l'un des titres les plus percutants de son étonnant quatrième album, Skizophonia, a été retenu par Apple pour rythmer le spot mondial de pub du baladeur iPod Nano, produit plébiscité par les Nippons.
L'iPod est en effet l'incarnation de l'objet "qui colle le mieux aux désirs des Japonais", selon une récente étude de l'institut Nikkei Research.
Il n'en fallait pas plus pour transformer cet humble groupe montpellierain en vedette au Japon.
Car c'est un fait que sur l'archipel, où le marketing est aussi débridé, envahissant que puissant, l'usage promotionnel d'une musique pour accompagner un produit constitue l'un des plus sûrs moyens de hisser un titre en bonne place dans les hit-parades.
La meilleure pub pour est CD est clairement d'être flanqué d'un autocollant "CM" (comprenez musique de pub").

Patou Carrié et Jean-Philippe Freu, les deux piliers, créateurs et têtes pensantes de "rinôçérôse", avec qui l'auteur de ces lignes a passé deux soirées mémorables à Tokyo, sont tout-à-fait conscients de cette relation de cause à effet entre la pub iPod et leur accès à la scène au Japon.
"On souhaitait depuis longtemps venir au Japon, pays qui nous a toujours fascinés. Hélas, jusqu'à cette année toutes les portes nous étaient fermées même si nous existons depuis 10 ans. Tout est devenu possible depuis que la firme Apple a choisi l'un de nos titres, Cubicle, extrait de notre 4e et dernier album Skizophonia, pour accompagner la publicité de son baladeur iPod Nano", se réjouit Patou.
Confrontés pour la première fois au public japonais, qui connaît bien leurs albums, dans un contexte un peu perturbant (en plein jour, en début d'après-midi), les leaders de "rinôçérôse" ont été époustouflés tant par l'accueil que les Nippons leur ont réservé que par la discipline dont ils font preuvent.
"Notre public de prédilection est le public latin, espagnol, très festif. Mais je crois que les Japonais ont été magiques et ont dépassé les autres par leur manière de recevoir la musique, leur énergie. Je n'imaginais pas un accueil à ce point enthousiaste", précise Patou.
"Ils sont en même temps déstabilisants", renchérit Jean-Philippe.
"Ils réagissent, au quart de tour, dès que la musique démarre.
Mais dès qu'on arrête, passés les applaudissements retentissants, ils sont 20.000 à se taire en attendant le morceau suivant, comme à un concert de musique classique".
"Nous avons également été très impressionnés par le souci des Japonais de préserver l'environnement. Je n'imagine pas qu'on puisse organiser en Europe un tel festival en plein air, pendant trois jours, avec autant de monde (plus de 100.000 personnes) sans retrouver des monticules de cannettes. Au Fuji Rock, site magnifique, il n'y avait pas un papier par terre ", soulignent à la fois Patou et Jean-Philippe.
Psychosociologues de métier, occupation qu'ils tiennent à conserver pour "garder les pieds sur terre", Patou et Jean-Philippe, maîtres dans l'art de manier à bon escient le second degré, n'ont pas non plus manqué de porter un regard professionnel sur ces Japonais bourreaux de travail et déconcertant tant il peuvent sembler parfois dépourvus d'humour.
Il est clair que le label V2 et leur maison de disque au Japon ne les ont pas ménagés durant leur court séjour à Tokyo, une fois le Fuji Rock achevé.
Promo oblige, Columbia/V2 leur avait calé une enfilade d'interviews du matin au soir sans pauses, le tout entrecoupé de soirées bien arrosées. Bref, un planning de fou, "à la japonaise", impécablement mis en page dans un tableau excel avec code couleur pour une meilleure lisibilité des colonnes surchargées.
"Nulle part nous n'avons eu droit à un rythme aussi soutenu avec un souci insensé de ponctualité et une rigueur absolue. Tout est minuté, préparé, y compris dans un contexte ludique", expliquent Patou et Jean-Philippe pour qui les Français, surtout quand ils sont originaires comme eux du Sud, sont peut-être tombés dans l'excès inverse
"En revanche, je pense que nous avons sans doute une qualité que n'ont peut-être pas les Japonais, celle de l'improvisation, de faire comme on le sent, de nous adapter en fonction du contexte", note Patou.
Il est vrai qu'au Japon, "imprévu' se traduit souvent par "damé" (impossible), y compris pour les stars comme le prouve cette anecdote.
Apple avait organisé mardi 1 août un petit événement festif avec "rinôcérôse", dans sa boutique AppleStore du quartier huppé de Ginza au centre de Tokyo.
Le public y était convié à un "blind-test" musical dont les meneurs de jeux étaient Jean-Philippe et "son assistante" du jour Patou.
Nos deux lascards fêtards français s'étaient mis en tête de conclure ce petit show promotionnel "chronométré à la minute" par une dégustation surprise de Pastis.
Iiiiiiie (niet, non, nada, hors de question) ont répondu les Nippons. Ce n'est pas que les Japonais fassent la gueule sur l'alcool, au contraire ils en boivent à toutes occasions et souvent plus que de raison, mais "il fallait le dire avant. Prévenir, prévoir, faire-savoir". Tant pis pour les fans privés de Pastis.
Incrédules, pour se consoler, Jean-Phillipe, Patou, leur producteur Pascal et la joyeuse bande de copains qui les accompagnaient sont allés s'offrir un dîner bien arrosé au sake dans le célébrissime restaurant Gonpachi du carrefour Nishi-Azabu près de Roppongi au centre de Tokyo, et une deuxième non moins alcoolisée chez un "izakaya" de Yuurakuchou avant de claquer leurs derniers yens dans un karaoke et dans les magasins de musique du quartier d'Ochanomizu à Tokyo, véritable repaire de guitaristes et autres "musicos".
Pour en savoir plus sur le regard pertinent que "rinoçérôse" porte sur le Japon et les Japonais, écoutez l'interview audio disponible en haut de cette page.
- Permalien
- 1 commentaire
- Lu 1727 fois
-
Hugues Le Bars, compositeur avant-gardiste...
... et gadgeto-techno-nippophile
Hugues Le BARS
ECOUTEZ IMPERATIVEMENT (musiques en exclusivité)
Une petite parenthèse sur ce blog consacré au Japon.
En effet, la consultation régulière des statistiques de visites nous oblige à constater que nombre d’internautes qui déboulent ici sont en fait des individus qui se fichent a priori comme d’une guigne du Japon et des Japonais, mais qui en revanche s'intéressent au compositeur HUGUES LE BARS, dont les musiques accompagnent joliment les chroniques audio de ce blog.
De fait, pour assouvir l'appétit de ces fans en puissance et donner aux autres l'envie de le devenir, nous allons vous en dire plus sur le mystérieux Hugues Le Bars.
Cet éternel enfant, artiste touche-à-tout, d'abord compositeur, mais aussi dessinateur, vidéaste ou photographe à ses heures, est un de ceux qui ont inspiré toute une veine de musiciens actuels.
Jouant intelligemment avec les sons naturels, les instruments traditionnels et d'autres iconoclastes, Le Bars, avant-gardiste utilisateur de technologies numériques et electro-acoustiques, se plait à dire que son rôle consiste avant tout à magnifier et musiquer une mélodie qui préexiste dans les sons naturels comme dans les voix. Reste que le talent éclectique dont il fait preuve au fil de ses nombreuses créations n'est pas donné à tous, loin s’en faut.
Le Bars, personnage énigmatique, intelligent, malin, timide, jouisseur, poète, rêveur, hypersensible, attendrissant, séduisant, drôle, imprévisible, généreux, perfectionniste, un brin utopiste a su créer un univers sonore unique, empreint d'ironie autant que de sensibilité.
Dans le droit fil des Pierre Henri ou Xenakis, il est ainsi devenu un maître dans cet art du mélange sonore harmonieux, que d'autres copient aujourd'hui sans même le savoir ou en évitant soigneusement de le dire.

Béjart, avec lequel il dit se sentir à l'aise, lui a en effet donné carte blanche pour des interventions musicales dans ses créations comme le Concours (1985), Arepo (Ballet de l'Opéra de Paris, 1986), Malraux ou la Métamorphose des Dieux (1986), Patrice Chéreau règle la rencontre de Mishima et d'Eva Peron (1988), 1789… et nous (1989).
L’illustre chorégraphe a également fait appel à lui pour la musique du ballet Mutation X, créé au Bolschoï à Moscou en 1998, pour Le Manteau (Kiev, 1999) et enfin pour son spectacle versaillais L'Enfant roi, créé en juin 2000 et dont les musiques ont fait l'objet d'un CD complet (Musiques pour Versailles).
Toutefois, si vous n’êtes pas un admirateur de Béjart, le nom d'Hugues Le Bars ne vous dit peut-être rien. Pour autant, il est certain que vous avez déjà eu l'occasion d'entendre ses musiques ailleurs qu’ici.
Car elles servent souvent d'illustrations sonores pour une palanquée d'émissions de radio ou de télévision, à commencer par plusieurs reportages diffusés dans les magazines "Envoyé spécial" sur France 2 ou "Capital" sur M6. Las, le nom du compositeur des musiques étant rarement mis en avant, Le Bars en a trop souvent fait les frais.

Il est aussi l’auteur de bandes originales de films (Les Confessions d’un Barjo de Jérôme Boivin, les Côtelettes de Bertrand Blier, Saint-Jacques La Mecque de Coline Serreau),d’illustrations sonores de dessins animés (Oggy et les Cafards), de musiques de publicités (Banque Barclay, Théâtre de l’Odéon), d’habillages de chaînes de télévision (Paris Première, Canal J), de spectacles (Futuroscope de Poitiers en 2006) , d’événements (lancement de la nouvelle Clio de Renault en 2005), de pièces de théâtre (mises en scène par Oscar Araiz ou Robert Dhery), de spectacles de cirque (Arcaos), ou encore de défilés de mode (Sonia Rykiel, Versace…).
Le Bars compte trois albums, dont un double, à son actif: "Zinzin", "J'en ai marre" (double CD) et "Musique pour Versailles".



On y entend entre autres les voix savamment musiquées de feu Eugène Ionesco ("J'en ai marre"), de Sonia Rykiel ("Un truc là qui claque") de Malraux ("le destin bascule"), du vrai "Tchang" immortalisé dans Tintin ("Le Lotus Bleu", "Tintin au Tibet") ou encore de Patrice Chéreau, pour ne citer que les plus connus.
Bref, avec un répertoire pareil, assurément, Le Bars mériterait davantage de reconnaissance. D’où l’intérêt d’en parler ici.
Il a d’ailleurs d’autant plus sa place sur ce blog qu’il a pour le Japon (et pour les Japonaises) une certaine fascination, laquelle s’est amplifiée depuis qu’il a découvert l’archipel lors d’un séjour épique qui l’a conduit à Tokyo et Kyoto.
Gadgeto-technophile, inconditionnel de Mac toujours en quête des dernières innovations techniques et à la pointe de l’actualité dans ce domaine, il s’est ruiné à Akihabara en objets high-tech, domaine dans lequel les Japonais sont imbattables comme l’auteur de ces lignes s’escrime à vous le démontrer.
Si vous appréciez ce blog, sachez que lui aussi le fréquente assidûment, non pas seulement parce que ses musiques y figurent, mais parce que les thèmes qui y sont abordés l’intéressent.
Autrement dit, chers lecteurs fidèles, vous avez des points communs avec le Bars et si vous voulez vraiment faire plaisir à l’auteur de ce blog, eh bien achetez sans tarder ses musiques.
Pour vous en convaincre, en plus des titres sublimes qui ont accompagné cette chronique, nous allons vous offiri en guise d'appéritif un petit florilège, avec en prime quelques exclusivités : vissez bien votre casque sur vos oreilles, écoutez attentivement, c’est aussi somptueux que subtil.
Les titres, "Derap" (percussions sublimes), "Touche pas ma copine" (12, 13, 14...), "Bébé funk" (voix d'enfants) et "Piano et voix rythmiques" qui accompagnent la plupart des chroniques du "podcast" associé à ce blog sont extraits de "Musiques pour Versailles" pour les deux premiers cités, et du double album "J'en ai marre" pour les deux suivants.
Si vous souhaitez adresser un message à Le Bars, cliquez sur l’icône « lettre » en haut de cette page, on se fera un plaisir de le lui transmettre.
Discographie

J'EN AI MARRE (double CD)
Nocturne
1. J'en ai marre (avec la voix d'Eugène Ionesco)
2. Arepo
3. Guerre et cirque
4. Malraux 1 (avec la Voix de Malraux)
5. Bebe funk
6. Casse matin
7. Solo du clerge
8. Piano et voix rythmiques (musique de la pub du Théâtre de l'Odéon dans les années 1990)
9. Les pulsions
10. Zeif
11. Du debut a la fin
12. Mets l'ange
13. On m'avait dit
14. Resaxe
15. What's going on ?
16. Communicare
17. Jeu d'echec
18. Tomino versace
19. Et alors ?...
20. Hammam
21. Ouverture
22. L'enfant
Année d'enregistrement : 1991

ZINZIN
Nocturne
1. Zinzin
2. Aritme
3. Un truc la qui claque (avec la voix de Sonia Rykiel)
4. Contrebasse tango
5. Rototo
6. La chanson te
7. Tango tchack
8. Cellulo
9. Ronde
10. Cas d'harmonie
11. Je te donne la tonalite (avec la voix d'Alex Métayer)
12. Tirez la pianiste
13. L'opera
14. Cul-cul prisu
15. Loi du college
16. Ouh
17. Chat dans l'eau
18. Valse a genevieve
19. Trou noir
20. Tu m'as grece
21. Contre-allee
Année d'enregistrement : 1995

MUSIQUES POUR VERSAILLES
(ballet de Maurice Béjart, 2002)
Nocturne
1. Petite inquiète
2. Derap
3. Luce
4. Comme une reine
5. Secret jardin
6. Mandolix
7. Zeyzey
8. Escalier
9. Touche pas ma copine
10. Sur mesure
11. Jumping jap
12. Lausann's blues
13. Marquise frivole
Année d'enregistrement : 2000
Ruez-vous donc dans les meilleures crémeries pour vous procurer ces CD dont certains sont d'ailleurs aussi disponibles sur iTunes.
- Permalien
-
2 commentaires
- Lu 3129 fois
-
Rencontre avec Isabelle Huppert à Tokyo...
... la "Femme aux portraits" dépeint le Japon
Un peu de people sur ce blog, qu'en dites-vous?
On a déjà parlé de Louis Vuitton, de Paule Ka, bref de mode, de luxe, cette fois on va changer de registre: cinéma et photo. Car on a eu la chance le vendredi 30 juin de passer une soirée en compagnie d'Isabelle Huppert. Eh oui, elle était de passage à Tokyo pour y inaugurer une exposition déjà présentée à New York, Berlin ou Paris, une centaine de portraits d'elle-même par 75 des plus grands photographes du monde.
Cette collection, qu'on a pu voir à Paris au Couvent des cordeliers début 2006, poursuit donc sa tournée internationale cet été à Tokyo.
"Isabelle Huppert, la femme aux portraits" est une série de variations sur le visage d'Isabelle Huppert portraituré par Henri Cartier-Bresson, Richard Avedon, Robert Doisneau, Jacques Henri Lartigue, Peter Lindbergh, Edouard Boubat, Helmut Newton, ou plus récemment Robert Frank, Nan Goldin ou Hiroshi Sugimoto.
Si on vous montrait cent photos de votre cousine de province, sûr qu'à la dixième vous lâcheriez prise. Mais là, avec Isabelle Huppert, "Woman of many faces", c'est autre chose. On ne s'en lasse pas. Jamais la même, parce que prise à des âges différents, dans des postures, allures, vêtements, environnements variables.
Songeuse, dans un paignoire de bain, cheveux mouillés tirés en arrière, visage maquillé, appuyée contre un mûr, le cliché est signé Boubat.
Accolée au zinc d'un café parigot: Doisneau.
Découvrant volontairement un sein tout en fixant du regard l'objectif: image de Jean-Loup Sieff.
Allongée de profil, un petit air de Deneuve: Michel Comte.
Ce sont les images que l'on a préférées, mais toutes ont un intérêt particulier, parce qu'elles montrent chaque fois un femme caméléon, une actrice en somme. Un point commun néanmoins les réunit: on se demande à chaque fois à quoi elle pensait, Isabelle, au moment du déclic, si elle jouait ou non. 
Face à nous, en chair et en os, la menue madame Huppert, sur ses hauts talons, dans sa petite robe noire, n'a rien de ces portraits, et pourtant si, elle a tout d'eux, c'est bien ça le mystère Huppert.
Que l'on braque un objectif dans sa direction, fût-ce celui d'un capteur CCD de téléphone portable, elle l'attrape, ne le lâche pas. Etre photogénique c'est cela. Une sorte de faculté naturelle à faire de la caméra une esclave, naturellement, sans se forcer.
Mais dîtes-nous, Huppert sama, pourquoi cette exposition montée avec Jeanne Fouchet et Ronald Chammah?
"Ce n'est pas moi qui l'ai réalisée, c'est né un peu par hasard. Dans un premier temps c'est venu d'une initiative du ministère des Affaires étrangères qui souhaitait faire une rétrospective des films dans lesquels j'ai tourné. Jeanne et Ronald ont eu l'idée d'y adjoindre une exposition accompagnée d'un livre.
C'est venu d'une manière naturelle. Il se trouve qu'au cours de ma vie d'actrice j'ai croisé beaucoup de photographes, et qu'en regroupant les photos, un peu par hasard un sens est apparu".
Isabelle Huppert était déjà venue à plusieurs reprises au Japon. Notamment pour le tournage de la Truite de Joseph Losey, sorti en 1982.
Quelle impression lui fait ce pays? Quels changements perçoit-elle, hormis le constat qu'il y a plus de femmes dans les restaurants qu'il y a vingt-ans?
"On retrouve des clichés, car ce n'est pas un hasard s'il sont si forts, c'est qu'ils sont fondés: la juxtapposition modernité/tradition, par exemple.
Mais à vari dire, lorsqu'on arrive, on est plus frappé par la tradition, au premier abord. La tradition persiste plus que ne surgit la modernité, c'est une perception, une sensation très immédiate, et peut-être illusoire. Sans doute que lorsqu'on vit ici en permanence, on ressent davantage tout ce que le Japon peut incarner de modernisme. Mais dans un premier temps, on ressent plus le poids de la culture, de la tradition. Par exemple dans la nourriture, l'architecture, c'est très frappant. Dans les restaurants, même s'ils veulent se moderniser, on ressent le souci de garder la tradition , le sens du respect, on est pas agressés par des changements brutaux. C'es très frappant."
Lors de son bref séjour, Isabelle Huppert a croisé des metteurs en scène japonais, une envie de tourner avec eux?
"Ah j'aimerais bien, oui, oui. C'est toujours intéressant quand il y a des croisements de regards. Y a aussi récemment des Japonais qui sont venus tourner à Paris. On sent qu'il y a une attirance réciproque entre des metteurs en scènes et des acteurs."
Vous étiez intéressée par Kitano, qu'est-ce que vous aimez chez lui?
"Je suis intéressée, oui, par l'idée de faire un film au Japon.
Je connais assez bien Kurosawa, Kiyoshi Kurosawa... Faire un film au Japon c'est une manière d'aimer le cinéma c'est comme ça une curiosité, une envie d'aller à la rencontre de cinématographies étrangères, pour voir. C'est un peu comme un précipité en chimie, on veut observer comment des éléments qui sont très
différents mis au contact les uns des autres produisent de l'inconnu, de la surprise, donc c'est toujours amusant, c'est une expérience".
Qu'est-ce que vous attendez d'un éventuel rôle dans un film japonais?
"Je ne le sais pas encore c'est pour cela que j'aimerais tourner."
Est-ce que vous êtes allée au théâtre kabuki?
"Comme j'ai travaillé avec Bob Wilson et que je vais retravailler avec lui, j'y suis allée car je sais qu'il a été très influencé par le théâtre japonais, le Kabuki en particulier."
"Il y a dans le Kabuki, outre la violence impromptue, ce travestissement qui est intéressant. Le croisement entre les sexes, c'est toujours intéressant d'aller jusqu'au bout de l'altérité, c'est-à-dire pour une femme de jouer un homme et pour un homme d'incarner une femme, comme c'est le cas dans le Kabuki, qui réalise ce fantasme."
Etrange cette madame Huppert. Souriante, disponible, redoutablement intelligente, modeste, livrant humblement ses impressions sur le Japon, se disant incapable d'analyser, juste de ressentir, alors qu'elle aurait pu, star de la soirée qui lui était consacrée à l'Ambassade de France de Tokyo, "se la jouer" comme on dit, mais non.
Un petit bout de femme, pardon une très grande dame, au bout du monde, au Japon, qui dit simplement qu'elle aimerait bien y revenir seule, pour en découvrir d'autres facettes, mais qui en même temps avoue que son statut de célébrité lui permet plus facilement de créer des liens et de sentir ainsi ici, à Tokyo, un peu comme chez elle.
La truite - Joseph Losey - 1982
Frédérique, une jeune et jolie Jurassienne, lors d'un pacte conclu pendant son adolescence, a décidé d'obtenir tout des hommes sans jamais rien leur donner. Elle quitte son village et...se retrouvera à la fin du film au Japon, à la tête d'un élevage de truites...
- Permalien
-
3 commentaires
- Lu 1239 fois
-































