En direct de Tokyo ...

par Karyn Nishimura-Poupée, correspondante AFP Japon, avec le mangaka japonais J.P.NISHI

Le groupe électro-rock "rinôçérôse" pose ses pieds au Japon...

... et son regard "psychosociologique" sur les Japonais

Publié par K. Poupée le Vendredi 4 Août 2006, 18:54 dans la rubrique People - Lu 14592 fois - Version imprimable





Interview "rinôçérôse" à écouter

Puisqu'on a commencé le mois en musique avec le compositeur avant-gardiste HUGUES LE BARS, et qu'au vu des statistiques de visites, ça a eu l'air de vous plaire, nous allons jouer les prolongations durant le week-end, en changeant de registre mais en revenant à Tokyo avec le groupe électro-rock français "rinôçérôse"...



"rinoçérôse" qui tire son nom du titre, ainsi orthographié, d'un tableau réalisé par un peintre fou, Gaston Duf, dans les années 50, était en effet de passage en cette première semaine d'août 2006 dans la capitale nippone, après s'être époumonné le 30 juillet devant le public dense, surchauffé, transgénérationnel et déchaîné du gigantesque Fuji Rock Festival.




Outre "rinôçérôse", cette sorte de "Woodstock" japonisé qui a lieu tous les ans durant trois jours non-stop dans la station de ski de Naeba (préfecture de Niigata), dans les montagnes du centre de l'archipel, accueillait en cet été 2006 Franz Ferdinand; les Strockes, Muse, ou encore Killing Joke et les Happy Mondays, pour n'en citer qu'une infime partie.




Revenons à nos moutons ou plutôt à notre "rinôcerôse", collectif musical au nom imprononçable pour les autochtones, qui doit sa célébrité au Japon au simple fait que Cubicle, l'un des titres les plus percutants de son étonnant quatrième album, Skizophonia, a été retenu par Apple pour rythmer le spot mondial de pub du baladeur iPod Nano, produit plébiscité par les Nippons.



L'iPod est en effet l'incarnation de l'objet "qui colle le mieux aux désirs des Japonais", selon une récente étude de l'institut Nikkei Research.

Il n'en fallait pas plus pour transformer cet humble groupe montpellierain en vedette au Japon.

Car c'est un fait que sur l'archipel, où le marketing est aussi débridé, envahissant que puissant, l'usage promotionnel d'une musique pour accompagner un produit constitue l'un des plus sûrs moyens de hisser un titre en bonne place dans les hit-parades.

La meilleure pub pour est CD est clairement d'être flanqué d'un autocollant "CM" (comprenez musique de pub").


Patou Carrié et Jean-Philippe Freu, les deux piliers, créateurs et têtes pensantes de "rinôçérôse", avec qui l'auteur de ces lignes a passé deux soirées mémorables à Tokyo, sont tout-à-fait conscients de cette relation de cause à effet entre la pub iPod et leur accès à la scène au Japon.


"On souhaitait depuis longtemps venir au Japon, pays qui nous a toujours fascinés. Hélas, jusqu'à cette année toutes les portes nous étaient fermées même si nous existons depuis 10 ans. Tout est devenu possible depuis que la firme Apple a choisi l'un de nos titres, Cubicle, extrait de notre 4e et dernier album Skizophonia, pour accompagner la publicité de son baladeur iPod Nano", se réjouit Patou.

Confrontés pour la première fois au public japonais, qui connaît bien leurs albums, dans un contexte un peu perturbant (en plein jour, en début d'après-midi), les leaders de "rinôçérôse" ont été époustouflés tant par l'accueil que les Nippons leur ont réservé que par la discipline dont ils font preuvent.

"Notre public de prédilection est le public latin, espagnol, très festif. Mais je crois que les Japonais ont été magiques et ont dépassé les autres par leur manière de recevoir la musique, leur énergie. Je n'imaginais pas un accueil à ce point enthousiaste", précise Patou.


"Ils sont en même temps déstabilisants", renchérit Jean-Philippe.
"Ils réagissent, au quart de tour, dès que la musique démarre.
Mais dès qu'on arrête, passés les applaudissements retentissants, ils sont 20.000 à se taire en attendant le morceau suivant, comme à un concert de musique classique".

"Nous avons également été très impressionnés par le souci des Japonais de préserver l'environnement. Je n'imagine pas qu'on puisse organiser en Europe un tel festival en plein air, pendant trois jours, avec autant de monde (plus de 100.000 personnes) sans retrouver des monticules de cannettes. Au Fuji Rock, site magnifique, il n'y avait pas un papier par terre ", soulignent à la fois Patou et Jean-Philippe.

Psychosociologues de métier, occupation qu'ils tiennent à conserver pour "garder les pieds sur terre", Patou et Jean-Philippe, maîtres dans l'art de manier à bon escient le second degré, n'ont pas non plus manqué de porter un regard professionnel sur ces Japonais bourreaux de travail et déconcertant tant il peuvent sembler parfois dépourvus d'humour.

Il est clair que le label V2 et leur maison de disque au Japon ne les ont pas ménagés durant leur court séjour à Tokyo, une fois le Fuji Rock achevé.

Promo oblige, Columbia/V2 leur avait calé une enfilade d'interviews du matin au soir sans pauses, le tout entrecoupé de soirées bien arrosées. Bref, un planning de fou, "à la japonaise", impécablement mis en page dans un tableau excel avec code couleur pour une meilleure lisibilité des colonnes surchargées.


"Nulle part nous n'avons eu droit à un rythme aussi soutenu avec un souci insensé de ponctualité et une rigueur absolue. Tout est minuté, préparé, y compris dans un contexte ludique", expliquent Patou et Jean-Philippe pour qui les Français, surtout quand ils sont originaires comme eux du Sud, sont peut-être tombés dans l'excès inverse

"En revanche, je pense que nous avons sans doute une qualité que n'ont peut-être pas les Japonais, celle de l'improvisation, de faire comme on le sent, de nous adapter en fonction du contexte", note Patou.

Il est vrai qu'au Japon, "imprévu' se traduit souvent par "damé" (impossible), y compris pour les stars comme le prouve cette anecdote.


Apple avait organisé mardi 1 août un petit événement festif avec "rinôcérôse", dans sa boutique AppleStore du quartier huppé de Ginza au centre de Tokyo.

Le public y était convié à un "blind-test" musical dont les meneurs de jeux étaient Jean-Philippe et "son assistante" du jour Patou.



Nos deux lascards fêtards français s'étaient mis en tête de conclure ce petit show promotionnel "chronométré à la minute" par une dégustation surprise de Pastis.

Iiiiiiie (niet, non, nada, hors de question) ont répondu les Nippons. Ce n'est pas que les Japonais fassent la gueule sur l'alcool, au contraire ils en boivent à toutes occasions et souvent plus que de raison, mais "il fallait le dire avant. Prévenir, prévoir, faire-savoir". Tant pis pour les fans privés de Pastis.



Incrédules, pour se consoler, Jean-Phillipe, Patou, leur producteur Pascal et la joyeuse bande de copains qui les accompagnaient sont allés s'offrir un dîner bien arrosé au sake dans le célébrissime restaurant Gonpachi du carrefour Nishi-Azabu près de Roppongi au centre de Tokyo, et une deuxième non moins alcoolisée chez un "izakaya" de Yuurakuchou avant de claquer leurs derniers yens dans un karaoke et dans les magasins de musique du quartier d'Ochanomizu à Tokyo, véritable repaire de guitaristes et autres "musicos".

Pour en savoir plus sur le regard pertinent que "rinoçérôse" porte sur le Japon et les Japonais, écoutez l'interview audio disponible en haut de cette page.


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Commentaires

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hzben - 16.02.07 à 18:12 - # - Répondre -

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