En direct de Tokyo ...

par Karyn Nishimura-Poupée, correspondante AFP Japon, avec le mangaka japonais J.P.NISHI

Du haut de sa falaise, Ponyo hisse le cinéma japonais à des sommets...

... et coule les héros hollywoodiens !

Publié par K. Poupée le Lundi 2 Février 2009, 23:44 dans la rubrique Médias - Lu 2920 fois - Version imprimable

Les Japonais vont moins au cinéma, contrairement aux Français qui, paraît-il, ont retrouvé le plaisir des grandes salles obscures.





Le pays du Soleil-Levant a totalisé 160,49 millions d'entrées en 2008, soit un repli de 1,7% par rapport à 2007. Les recettes ont dans le même temps fléchi d'autant à 195 milliards de yens (1,65 milliard d'euros). Un rapide calcul montre que le tarif acquitté pour une entrée est en moyenne de 1214 yens (soit près de 10,50 euros au cours actuel), ce qui est élevé comparé au prix moyen du ticket en France (promotions comprises).
Ce n'est pourtant pas que l'offre de films se raréfie, puisque le Japon comptait fin 2008 3.359 écrans, soit 338 de plus qu'un an plus tôt, une croissance qui résulte de l'ouverture de multiplexes gigantesques équipés de matériels dernier cri. Par ailleurs, quelque 806 films ont été projetés au public en 2008, soit à peu de chose près le même nombre qu'en 2007 (810).
 

 

 

La baisse de fréquentation et des recettes globales est due à une désaffection pour des films étrangers, selon les données disponibles. En effet, ceux-ci n'ont fait entrer dans les caisses que 79 milliards de yens (658 millions d'euros) en 2008, soit une chute de 24% en un an. C'est la première fois que les revenus tirés des films étrangers atteignent un montant et une proportion (40,5% du total ) aussi faibles depuis que ces statistiques sont établies (2000). En 2007, le cinéma étranger était devant celui produit au Japon avec une part de 52,3% des recettes totales.
Les Japonais bouderaient-ils les films étrangers? Possible, car en dehors des super-productions hollywoodiennes (Indiana Jones, Red Cliff, Hancock, I am Legend) promues de façon assourdissante et qui ont réussi à capter leur public habituel, les autres sont très très loin dans le classement.

A l'inverse, en 2008 les revenus tirés des films nippons n'ont jamais été aussi élevés (116 milliards de yens), affichant une progression de quelque 22% sur un an.
Si l'on met à part les "blockbusters hollywoodiens déjà cités", Les Nippons préfèrent donc et de loin les réalisations nationales, lesquelles collent apparemment plus à leurs attentes.



 

Sans surprise, le carton de l'année est signé Hayao Miyazaki, dont le dixième long-métrage d'animation, "Gake no ue no Ponyo" (Ponyo sur la falaise), est sorti en juillet au Japon. Ce joli film a généré 15,5 milliards de yens (130 millions d'euros) de recettes dans les salles de l'archipel, arrivant en tête avec plus de 12 millions d'entrées en moins de six mois. Cela représente le double du résultat obtenu par le 2e au palmarès ("Hana yori danshi finaru") et trois fois plus que le premier film étranger ("Indiana Jones").
Cette performance de Ponyo confirme que les Myazaki sont les locomotives du cinéma nippon. Chaque fois qu'une oeuvre de Hayao ou de son fils aîné Goro est à l'affiche, le 7e art japonais connaît une année faste.
Toutes générations confondues, les Japonais idolâtrent Miyazaki. A son talent propre et mondialement reconnu, s'ajoute une promotion époustouflante et incontournable durant des mois, poussant petits et grands devant les écrans. Ponyo est en plus un film très familial, très fédérateur, comme le fut Mon voisin Totoro, contrairement à d'autres chefs-d'oeuvre de Miyazaki réservés à un public averti (Princesse Mononoke par exemple).


Live Japon - cinéma

 

Autre constat: l'animation dans son ensemble attire fortement le public. Bien que de niveaux très inégaux, les dernières aventures cinématographiques en date de personnages vedettes de dessins animés (Pokemon, Doraemon, Naruto, etc.) se classent en effet tous parmi les 30 premiers au box-office de 2008, malgré des sorties parfois tardives dans l'année.
Reste que globalement, les recettes des salles au Japon tendent à fléchir sans pour autant que le prix des billets baisse. De plus en plus équipés de grandes TV à domicile et servis sur place par des chaînes de TV ou services de vidéo à la demande, les spectateurs sont moins motivés pour sortir.


Live Japon - cinéma


Afin de leur redonner l'envie de bouger et d'apprécier les fauteuils, les gérants rénovent leurs salles, dopent la qualité des matériels, cherchent à économiser sur les frais logistiques et s'apprêtent à proposer des spectacles plus divers, grâce à des innovations technologiques. 
Deux grands producteurs et exploitants de salles de cinéma préparent ainsi la distribution de films et autres images sous la forme de fichiers numériques. Toho et Kadokawa vont utiliser le réseau de fibre optique à très haut-débit du géant des télécommunications nippon NTT pour expédier les longs-métrages ou autres contenus (concerts, manifestations sportives et divers événements publics) en haute définition (format "4k") vers leurs salles reliée à cette infrastructure ultra-sécurisée. 


Live Japon - cinéma



Cette initiative marque le lancement à grande échelle du "cinéma numérique en réseau" au Japon, après des années d'expérimentation sous la houlette de NTT et de divers autres groupes japonais. "Cette collaboration va permettre d'accélérer la transition vers le cinéma tout numérique", a commenté Toho. "La valeur ajoutée offerte pas la mise en réseau va également nous donner la possibilité de créer de nouveaux modèles économiques", a ajouté le groupe, un des fers de lance de la numérisation des salles dans l'archipel.
 



En 2007, Sony, également très impliqué dans ces développements, a lancé au Japon un service de distribution de spectacles vivants captés en format vidéo numérique à destination des salles du 7e art.
Un petit pourcentage des quelque 3.359 écrans du Japon sont pour l'heure prêts pour ce type de projections numériques, selon la fédération nippone des industries cinématographiques.

 


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Commentaires

Hoshi... et toiles japonaises...

"Ponyo" sortira en France en avril, et connaîtra probablement le même succès que tous les Miyazaki...
Le fait que de nombreux adolescents et jeunes adultes, ne connaissant le Japon qu'à travers manga et cosplay, soient inconditionnels de Miyazaki Sensei reste pour moi un mystère...car chaque image me paraît "truffée" de perles de la culture nipponne, douces, parfumées, mais très très très discrètes...

"Tôkyô Sonata", de Kurosawa K., sortira en mars... Sera-t-il adoubé...?

Le Petit Page, qui garde un oeil ouvert sur le Soleil Levant...

Petit Page - 01.03.09 à 21:01 - # - Répondre -

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