En direct de Tokyo ...

par Karyn Nishimura-Poupée, correspondante AFP Japon, avec le mangaka japonais J.P.NISHI

L'économie nippone va encore mieux qu'on ne le croyait

...mais le grand public ne le sait pas!!

Publié par K. Poupée le Lundi 12 Juin 2006, 23:21 dans la rubrique économie - Lu 3607 fois - Version imprimable


Les Japonais seraient bien inspirés de venir séjourner quelque temps en France. Juste histoire de voir à quoi ressemble vraiment un pays développé en pleine déconfiture, au bord du dépôt de bilan, et pour comprendre du même coup que le leur va plutôt bien et qu'ils n'ont donc pas à se lamenter.

Le gouvernement nippon a annoncé lundi 12 juin 2006 que la croissance du produit intérieur brut (PIB) japonais au 1er trimestre était finalement bien meilleure qu'il ne le pensait initialement, atteignant 3,1% en rythme annuel. Une performance proche de celle des Etats-Unis, référence préférée des autorités françaises qui oublient trop souvent de regarder à l’Est, hormis en Chine.

Et à quoi est due cette belle progression de la richesse nationale nippone? Eh bien aux investissements des entreprises et à la consommations des ménages, c'est-à-dire, en deux mots, à des facteurs intérieurs.

D’ailleurs, les deux sont liés, mon capitaine.

Les entreprises dépensent en recherches et développement, parce qu'elles ont des clients compatriotes prêts à claquer du blé pour s'offrir les produits et services qu’elles leur proposent. Et pas de la menue camelote, non du haut-de-gamme, de l'innovant, des trucs qui valent chers et rapportent gros. Du coup, elles mettent un point d’honneur à concevoir des appareils performants, beaux, nouveaux, qui se démarquent et attisent l’appétence consuméristes des masses. Et ces mêmes entreprises payent bien leurs salariés, qualifiés, qui en retour sont plus enclins à consommer plus et mieux pour satisfaire leurs envies.

Rappelons au passage que le taux de chômage nippon se situe à moins de 5% de la population active et que les primes versées aux salariés en été et en hiver ont atteint à chaque fois cette année la modique somme moyenne d'environ 850.000 yens, soit deux fois environ 5.900 euros dans les douze mois écoulés.

Bref, pour faire simple, disns que le Japon est entré ces derniers mois dans une dynamique positive qui voit la demande intérieure entraîner l'offre de produits sophistiqués, et alimente les investissements comme la hausse des salaires et la bonne tenue de l'emploi.

Pour simplifier encore davantage, disons que le Japon vit l'exact inverse de la France où le client, prudent, parce sans pécule et craignant pour son job, quand il en a un, cherche partout le moins cher,  et où en conséquence les entreprises ne visent plus que les réductions de coûts, sans bien sûr contribuer le moins du monde à renforcer le pouvoir d'achat de leur main d'oeuvre puisque les salaires n'augmentent pas.

Et pourtant, malgré cette florissante situation nippone, plus de la moitié des consommateurs du cru restent inquiets quant à leur bien-être économique. C'est ce que montre en tout cas l'indice de confiance des consommateurs publié ce même lundi 12 juin.

Alors, chers amis nippons, je vous en conjure, pour vous convaincre que votre cadre de vie n’est pas si mauvais, utilisez donc une partie de vos revenus substantiels pour vous offrir un vrai séjour dans la France profonde,  pas seulement chez Vuitton sur les Champs-Elysées, pour visiter ses banlieues, pas seulement les châteaux de la Loire et de Versailles, et vous comprendrez qu'il fait décidément bon vivre sur votre bel archipel.

Quelques chiffres complémentaires et citations d'économistes

 "La croissance du PIB prouve que le l'économie du Japon est solide, même si les marchés d'actions ont récemment chuté", a commenté un économiste de l'Institut de recherches économiques NIL, Taro Saito.

 Le PIB révisé a fait apparaître une forte hausse des investissements des entreprises qui ont bondi de 3,1% en un trimestre, alors que l'estimation initiale s'appuyait sur une augmentation de 1,4%.

"Ce qui est positif, c'est que les investissements des entreprises du secteur non manufacturier, comme les promoteurs immobiliers, s'améliorent pour atteindre leur plus haut niveau depuis des années. Cela reflète une forte demande intérieure, qui continuera de soutenir l'économie, même si on constate un affaiblissement aux Etats-Unis", a analysé un économiste du Daiwa Research Institute, Tatsuya Torikoshi.

La demande intérieure a progressé plus que prévu (+0,8% contre +0,5%), ce qui rend la croissance économique du Japon moins dépendante des exportations.

La consommation intérieure est d'autant plus cruciale à la reprise que les exportations fluctuent et que, dans le même temps, le Japon doit faire face à une augmentation en valeur de ses importations en raison du renchérissement du pétrole. L'excédent des transaction courantes, un bon indicateur de la situation d'une économie par rapport au reste du monde, a cédé 20,2% en avril sur un an, s'établissant à un niveau de près de 30% inférieur aux prévisions des économistes, à 1.282 milliards de yens (8,9 milliards d'euros), en raison d'un recul de 32,4% de l'excédent commercial, plombé par la facture des importations énergétiques.

 

 


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En direct de Tokyo : "L’économie nippone va encore mieux qu’on ne le croyait"

anonyme - 20.02.07 à 23:40 - # - Répondre -

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