En direct de Tokyo ... et en "podcast" audio

Petits et grands faits de l'actualité nippone, sélectionnés par Karyn Poupée (journaliste), sur des musiques d'Hugues Le Bars

Nouvelle critique...

... Aujourd'hui le Japon

Publié par K. Poupée le Mercredi 22 Avril 2009, 00:40 dans la rubrique People
A lire en intégralité sur le site généraliste d'informations en provenance du Japon, Aujourd'hui le Japon:




Extrait:

Comme son titre l'indique, Les Japonais de Karyn Poupée ne se focalise pas sur le pays mais sur ses habitants. Le livre permet de comprendre cette société, si intrigante aux yeux des étrangers et qui est devenue ce qu'elle est du fait de contraintes et d'une histoire particulière. L'auteur dit s'être lancée dans la rédaction du livre pour avoir trop lu par le passé de choses insensées, de clichés racoleurs ou, au contraire, de textes reflétant une fascination absolue sur les Japonais. Ici, les clichés ne sont pas niés, leurs fondements sont expliqués. L'auteur, qui connaît le Japon depuis 12 ans et y travaille en tant que journaliste pour l'Agence France Presse, réussit à expliquer les réalités socio-économiques du pays tout en les illustrant avec des éléments du vécu, des constats du quotidien, qui rendent le livre accessible à tous et prenant. Etoffé d'exemples concrets et parlants, l'ouvrage dense en informations revient sur l'histoire contemporaine du pays pour mieux nous expliquer son présent. L'auteur se fonde sur les spécificités, géographiques et culturelles, qui rendent le Japon si différent. Probablement parce qu'elle a pour métier de rendre accessible aux lecteurs de la presse la complexité japonaise, Karyn Poupée sait utiliser des exemples concrets et parlants pour montrer pourquoi et comment les Japonais sont comme ils sont. L'ouvrage devrait satisfaire tous ceux qui souhaitent comprendre les Japonais d'aujourd'hui. Il est enfin doté d'une qualité extrêmement rare pour un livre si riche en informations : il se lit avec le même plaisir que l'on aurait à parcourir un bon roman.

Harold Thibault, 20 avril 2009

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A lire dans Jipango...

... un point de vue sur le Japon en crise

Publié par K. Poupée le Jeudi 16 Avril 2009, 00:25 dans la rubrique People




Télécharger le numéro 21 de Jipango, ici



Au sommaire de ce numéro 21, printemps 2009:

EN DIRECT DU JAPON :
Les dernières tendances

VOYAGE

BREVES : Les médias en parlent

DOSSIER N°1: Les Français au Japon

Plus de 8 500 Français habitent au Japon. Dans ce dossier, des Français qui y pratiquent différents types d´activités, du voyage à la création de sites web ou à l´enseignement, en passant par la restauration, racontent leur évolution et la tendance actuelle.

DOSSIER N°2: Aimez-vous le saké ?

Sept spécialistes français et japonais livrent des conseils personnels pour apprécier ce vin de riz fermenté.

RENCONTRE : Karyn Poupée, à propos du livre, Les Japonais (éditions Tallandier, septembre 2008, actualisé en janvier 2009)

JAPONAIS A PARIS

C’EST NOUVEAU, C’EST JAPONAIS


JIPANGO, publication gratuite, plus d'informations ici

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Les Japonais, le livre, les critiques...

... à bon lecteur

Publié par K. Poupée le Vendredi 6 Février 2009, 10:55 dans la rubrique People


LES JAPONAIS

Karyn Poupée
Tallandier - 1ère édition septembre 2008
actualisée en janvier 2009








Extraits de critiques parues dans la presse francophone




"Le Livre de Karyn Poupée,  Les Japonais, paru aux éditions Tallandier, est un passionnant voyage dans la vie des habitants de la deuxième puissance économique mondiale. L'auteure présente un panorama du pays du Soleil-Levant depuis sa chute en 1945 jusqu'à aujourd'hui. Elle peint à la fois ses forces et ses faiblesses."
Le Figaro - Yann Le Galès - quotidien - France - 29 septembre 2008





"Evitant l'écueil de projeter des références occidentales sur une réalité fruit d'une histoire différente, Karyn Poupée dissèque le fonctionnement de la société nippone en mettant l'accent sur son exceptionnelle réceptivité aux innovations technologiques et aux produits ou services auxquels cette disposition donne lieu. Fourmillant d'informations, le livre aurait gagné à être plus court (...), mais son mérite tient au souffle enthousiaste, rafraîchissant, qui l'anime ; et il replace une expansion économique dans son contexte socio-historique en offrant de celle-ci un tableau nuancé."
Le Monde - Philippe Pons - quotidien - France - 04 novembre 2008






"L'ouvrage cherche, avec une évidente empathie et une incessante curiosité, à passer outre la barrière des idées toutes faites (...). Le  plus intéressant ici est dans les retombées de traits culturels dans la vie de tous les jours des Japonais: l'obsession sécuritaire d'un peuple inquiet et qui, sans cesse, demande à être rassuré (...), l'obsession de la qualité et de la précision de leurs produits industriels, l'inventivité collective et des méthodes de production."
Le Temps - quotidien -  Suisse -11 novembre 2008







"Ce livre part d'une réalité historique, la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour expliquer les ressorts du Japon contemporain. Le tableau d'une société hyperorganisée est extrêmement fouillé, plein d'anecdotes et d'informations et l'ouvrage se lit sans difficulté.
Le risque dans un tel exercice est de plaquer des références occidentales sur un pays qui en est dépourvu. Ici, rien de tout cela. L'auteur parle des Japonais et décrit avant tout un état d'esprit."
Les Echos - Michel de Grandi - quotidien -  France - 10 décembre 2008






"Karyn Poupée raconte comment ce peuple, ruiné au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, s'est réinventé. Sans rien renier de sa culture et de ses traditions mais en se tournant vers l'avenir. Comment ses entreprises sont aujourd'hui parmi les plus performantes du monde et évitent les délocalisations. Comment la culture et la gastronomie résistent à l'occidentalisation. Par petites touches (les ados, les vieux, la vie des entreprises, les hommes politiques, les femmes...), l'auteur brosse le tableau d'une société guidée par le culte du progrès."
Le Point - Romain Gubert - hebdomadaire - France - 08 janvier 2009





Le premier mérite de cet ouvrage est de partir du point de vue des Japonais eux-mêmes sur leur pays, deuxième puissance économique du monde, et de passer en revue quelques-uns des soubassements de la société nippone.
La seconde qualité du livre est de sortir des clichés et de donner à voir comment le Japon a remonté la pente après la "décennie perdue". (...)
L'auteur décrit à la fois une société ouverte (aux nouvelles technologies, à la culture d'avant-garde...), mais très dure (rôle de la femme, précarité du travail, éducation des enfants...).
Le Monde Diplomatique - Maud Pascal - mensuel - France - Janvier 2009




La correspondante de l’Agence France-Presse propose un portrait total des Japonais, au risque d’en dire trop. Parmi une foultitude d’informations, Karyn Poupée donne à lire des choses étonnantes, notamment sur les kombinis, ces supérettes multiservices devenues la «cinquième infrastructure vitale du pays, après les réseaux d’eau, de gaz, d’électricité et de télécommunications», sur l’«outil diplomatique de la pop culture» ou encore sur la famille Inobe en 2025. Elle éclaire ainsi les paradoxes d’une «société qui considère encore que le devoir premier de la femme est de s’occuper de sa famille et celui de l’homme de travailler à l’extérieur». Avant de suggérer les «risques» et les «dangers» qui menacent l’archipel.
Libération - Arnaud Vaulerin - quotidien - France - Février 2009





"De fines tranches fraîches, délicieuses et digestes. C'est ce que nous sert Karyn Poupée tout au long d'un copieux repas de cinq cents pages. Elle virevolte avec astuce entre statistiques et détails saisis au vol pour nourrir l'intelligence de son lecteur."
Courrier Cadres - Stanislas Noyer - mensuel - France - Janvier 2009





"Voici un ouvrage complet sur l'évolution du Japon et des Japonais depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Si l'histoire contemporaine du pays vous intéresse, ce livre répondra à toutes vos questions sociales, économiques, politiques (...).
Cinq cents pages d'observation et d'analyse, rendues vivantes grâce à l'écriture dynamique de son auteur, qui procède, tel un peintre, par petites touches."
Planète Japon - trimestriel - France - Janvier 2009





"Karyn Poupée nous plonge dans la réalité japonaise d’aujourd’hui dans un ouvrage sobrement intitulé « Les Japonais ». Elle nous tisse un portrait de cette société qui est une très fine analyse psychologique, un brillant essai « à l’américaine » et un reportage très bien monté. C’est un livre tout simple. Partant du passé récent et se projetant dans l’avenir, Karyn Poupée nous démonte cette société, les traumatismes de la guerre perdue, l’américanisation, la montée de la puissance industrielle qui révéla un Japon qui travaille, se tient les coudes, mais surtout réfléchit et fait appel au Japon de toujours, de l’exactitude, de la politesse, de l’efficacité, de l’élégance, de l’esprit d’équipe. Car être Japonais c’est être différent du reste du monde."
Critique publiée sur internet par Frédéric d'Agay, historien, éditeur et petit neveu d'Antoine de Saint-Exupéry.

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Du haut de sa falaise, Ponyo hisse le cinéma japonais à des sommets...

... et coule les héros hollywoodiens !

Publié par K. Poupée le Lundi 2 Février 2009, 23:44 dans la rubrique Médias

Les Japonais vont moins au cinéma, contrairement aux Français qui, paraît-il, ont retrouvé le plaisir des grandes salles obscures.





Le pays du Soleil-Levant a totalisé 160,49 millions d'entrées en 2008, soit un repli de 1,7% par rapport à 2007. Les recettes ont dans le même temps fléchi d'autant à 195 milliards de yens (1,65 milliard d'euros). Un rapide calcul montre que le tarif acquitté pour une entrée est en moyenne de 1214 yens (soit près de 10,50 euros au cours actuel), ce qui est élevé comparé au prix moyen du ticket en France (promotions comprises).
Ce n'est pourtant pas que l'offre de films se raréfie, puisque le Japon comptait fin 2008 3.359 écrans, soit 338 de plus qu'un an plus tôt, une croissance qui résulte de l'ouverture de multiplexes gigantesques équipés de matériels dernier cri. Par ailleurs, quelque 806 films ont été projetés au public en 2008, soit à peu de chose près le même nombre qu'en 2007 (810).
 

 

 

La baisse de fréquentation et des recettes globales est due à une désaffection pour des films étrangers, selon les données disponibles. En effet, ceux-ci n'ont fait entrer dans les caisses que 79 milliards de yens (658 millions d'euros) en 2008, soit une chute de 24% en un an. C'est la première fois que les revenus tirés des films étrangers atteignent un montant et une proportion (40,5% du total ) aussi faibles depuis que ces statistiques sont établies (2000). En 2007, le cinéma étranger était devant celui produit au Japon avec une part de 52,3% des recettes totales.
Les Japonais bouderaient-ils les films étrangers? Possible, car en dehors des super-productions hollywoodiennes (Indiana Jones, Red Cliff, Hancock, I am Legend) promues de façon assourdissante et qui ont réussi à capter leur public habituel, les autres sont très très loin dans le classement.

A l'inverse, en 2008 les revenus tirés des films nippons n'ont jamais été aussi élevés (116 milliards de yens), affichant une progression de quelque 22% sur un an.
Si l'on met à part les "blockbusters hollywoodiens déjà cités", Les Nippons préfèrent donc et de loin les réalisations nationales, lesquelles collent apparemment plus à leurs attentes.



 

Sans surprise, le carton de l'année est signé Hayao Miyazaki, dont le dixième long-métrage d'animation, "Gake no ue no Ponyo" (Ponyo sur la falaise), est sorti en juillet au Japon. Ce joli film a généré 15,5 milliards de yens (130 millions d'euros) de recettes dans les salles de l'archipel, arrivant en tête avec plus de 12 millions d'entrées en moins de six mois. Cela représente le double du résultat obtenu par le 2e au palmarès ("Hana yori danshi finaru") et trois fois plus que le premier film étranger ("Indiana Jones").
Cette performance de Ponyo confirme que les Myazaki sont les locomotives du cinéma nippon. Chaque fois qu'une oeuvre de Hayao ou de son fils aîné Goro est à l'affiche, le 7e art japonais connaît une année faste.
Toutes générations confondues, les Japonais idolâtrent Miyazaki. A son talent propre et mondialement reconnu, s'ajoute une promotion époustouflante et incontournable durant des mois, poussant petits et grands devant les écrans. Ponyo est en plus un film très familial, très fédérateur, comme le fut Mon voisin Totoro, contrairement à d'autres chefs-d'oeuvre de Miyazaki réservés à un public averti (Princesse Mononoke par exemple).


Live Japon - cinéma

 

Autre constat: l'animation dans son ensemble attire fortement le public. Bien que de niveaux très inégaux, les dernières aventures cinématographiques en date de personnages vedettes de dessins animés (Pokemon, Doraemon, Naruto, etc.) se classent en effet tous parmi les 30 premiers au box-office de 2008, malgré des sorties parfois tardives dans l'année.
Reste que globalement, les recettes des salles au Japon tendent à fléchir sans pour autant que le prix des billets baisse. De plus en plus équipés de grandes TV à domicile et servis sur place par des chaînes de TV ou services de vidéo à la demande, les spectateurs sont moins motivés pour sortir.


Live Japon - cinéma


Afin de leur redonner l'envie de bouger et d'apprécier les fauteuils, les gérants rénovent leurs salles, dopent la qualité des matériels, cherchent à économiser sur les frais logistiques et s'apprêtent à proposer des spectacles plus divers, grâce à des innovations technologiques. 
Deux grands producteurs et exploitants de salles de cinéma préparent ainsi la distribution de films et autres images sous la forme de fichiers numériques. Toho et Kadokawa vont utiliser le réseau de fibre optique à très haut-débit du géant des télécommunications nippon NTT pour expédier les longs-métrages ou autres contenus (concerts, manifestations sportives et divers événements publics) en haute définition (format "4k") vers leurs salles reliée à cette infrastructure ultra-sécurisée. 


Live Japon - cinéma



Cette initiative marque le lancement à grande échelle du "cinéma numérique en réseau" au Japon, après des années d'expérimentation sous la houlette de NTT et de divers autres groupes japonais. "Cette collaboration va permettre d'accélérer la transition vers le cinéma tout numérique", a commenté Toho. "La valeur ajoutée offerte pas la mise en réseau va également nous donner la possibilité de créer de nouveaux modèles économiques", a ajouté le groupe, un des fers de lance de la numérisation des salles dans l'archipel.
 



En 2007, Sony, également très impliqué dans ces développements, a lancé au Japon un service de distribution de spectacles vivants captés en format vidéo numérique à destination des salles du 7e art.
Un petit pourcentage des quelque 3.359 écrans du Japon sont pour l'heure prêts pour ce type de projections numériques, selon la fédération nippone des industries cinématographiques.

 

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Années en 9, ans neufs...

... qu'en sera-t-il en 2009?

Publié par K. Poupée le Dimanche 18 Janvier 2009, 13:08 dans la rubrique Faits de société


Outre son intérêt professionnel pour les technologies et l'industrie japonaises, l'auteure de ce blog nourrit une passion personnelle pour l'Histoire du Japon et le cheminement de la société nippone depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, une période riche et par certains côtés spectaculaire. En confrontant ces deux aspects et en les rapprochant du présent, un constat étonnant s'impose : les dernières années des décennies depuis 1940 ont toutes marqué un tournant économique, culturel ou industriel important pour les Japonais grâce, entre autres, à la mise sur le marché d'un produit jugé techniquement révolutionnaire ou d'une création fondatrice. Qu'en sera-t-il en 2009 ? Nul ne le sait, nul ne saurait le prédire, mais, compte-tenu de la piètre situation économique actuelle et de la réaction qu'elle impose, il serait étonnant que les Japonais laissent l'année filer sans surprendre le monde par une innovation majeure. On le leur souhaite en tout cas. En attendant, passons en revue les ans 1949, 1959, 1969, 1979, 1989 et 1999 pour prouver nos dires.


 
En 1949, le Japon, sorti exsangue de la Seconde guerre mondiale et alors sous occupation américaine, n'était pas flamboyant sur le plan économique, tant s'en fallait. L'inflation allait bon train et les entreprises, perfusionnées par les pouvoirs publics, n'étaient en réalité pour la plupart guère viables. Débarqua alors sur l'archipel un financier-vedette, Joseph Dodge, banquier de Détroit, censé redresser l'économie nippone et lui permettre de « tenir seule sur ses jambes sans les béquilles que constituaient les aides étatiques et des forces d'occupation ». Le remède de cheval imposé par cet homme à poigne fut jugé après coup essentiel, bien que douloureux sur le moment, avant que l'an suivant, en 1950, les besoins de l'armée américaine sur le front en Corée ne donnent un sérieux coup de pouce à l'industrie japonaise, point de départ de son ascension fulgurante.




En 1959, l'événement fut le mariage du prince héritier d'alors, Akihito, fils de Hirohito, et aujourd'hui Empereur du Japon. Ces noces princières, retransmises depuis la toute nouvelle Tokyo Tower (inaugurée le 23 décembre 1958), fière de ses 13 mètres de plus que son ancêtre Tour Eiffel, propulsèrent alors les ventes de téléviseurs noir et blanc au pays du Soleil-Levant. Ce fut une année-phare des « sanshu no jingi », les trois dons divins de l'époque moderne : la télévision familiale, la machine à laver et le réfrigérateur électriques, le point de départ d'un engouement des foules, non démenti depuis, pour les divertissements électroniques et l'équipement électroménager. Cette même année vit naître deux des plus populaires revues hebdomadaires de manga pour jeunes, « Shonen Magazine » et « Shonen Sunday », titres-vedettes d'un boom en devenir.



Dix ans plus tard, en 1969, Sazae San, personnage d'une bande-dessinée « yon koma » (quatre vignettes) distillée régulièrement dans la presse, fit ses premières apparitions à la télévision. Elle y parade toujours et caracole encore aujourd'hui en tête des audiences des dessins animés, toutes chaînes confondues. Le Japon était devenu l'année précédente la deuxième puissance économique mondiale derrière les Etats-Unis, en termes de produit national brut (PNB), « un animal économique », après une quinzaine d'années de croissance à un rythme effréné, en grande partie due à la créativité des industriels locaux et à la consommation sans retenue de la large classe moyenne dans laquelle se reconnaissait l'essentiel de la population. L'année suivante, en 1970, se tint à Osaka (ouest) l'Exposition Universelle, une manifestation qui enregistra quelque 64 millions d'entrées, du jamais vu et jamais reproduit depuis. Vedette d'alors : un prototype de téléphone portatif développé par NTT, opérateur public de télécommunications à l'époque (il fut privatisé en 1987). Cet engin incroyable fit rêver tous les hommes d'affaires et « salarymen » déjà très portés sur les innovations technologiques, lesquelles étaient et restent fortement soutenues par l'Etat, alors très dirigiste, via son ministère de l'Industrie, le fameux Miti (devenu depuis Meti).



Il fallut cependant une dizaine d'années de plus pour voir arriver en 1979 le premier téléphone de voiture amovible, analogique, énorme, fonctionnant sur le premier réseau cellulaire commercial du monde, celui de NTT. Cette même année, Hayao Miyazaki, devenu la figure de proue de l'animation nippone, offrit au public japonais sa première œuvre cinématographique, « Lupin III, le château de Cagliostro ». C'est aussi en 1979 que NEC lança son premier ordinateur personnel, le PC-8001.




Mais vu de l'étranger, l'objet révolutionnaire qui marqua le plus 1979 est assurément le Walkman de Sony, le TPS-L2, premier baladeur stéréo du monde, à cassette magnétique, appareil qui s'inscrivait dans la lignée des radios de poche à transistors que le même Sony avait popularisées avec ses radios portables dès 1955. Depuis cette époque, Sony rêve de donner à nouveau naissance à un appareil qui bouleverse autant les habitudes et loisirs personnels de millions d'individus dans le monde que le fit le Walkman en son temps. Le TPS-L2 est jugé si emblématique de l'esprit Sony que ses principaux anniversaires sont dignement fêtés, comme ses 25 ans en 2004. Gageons que nous aurons droit cette année à une rétrospective des 30 ans de la grande famille des Walkman.




1989 : Hirohito, Empereur du Japon depuis 1926, passe de vie à trépas, laissant le trône du Chrysanthème à son fils Akihito. Finie l'ère Showa, commence l'ère Heisei. C'est l'époque folle de la bulle spéculative immobilière et financière nippone, marquée par l'envolée des valeurs à la Bourse de Tokyo, la période durant laquelle le Japon rachète le monde (Sony s'offre les studios hollywoodiens Columbia et Mitsubishi met la main sur le Rockefeller Center). Les consommateurs japonais, généreusement rétribués par leurs entreprises toute puissantes aux carnets de commandes débordant, se jettent sur tout avec gourmandise. Sony en profite pour leur vendre son camescope, le CCD-TR55, modèle inaugural de la gamme "Handycam", Nintendo sa Game Boy, et Toshiba ses premiers ordinateurs portables, Dynabook. 1989 est assurément une année placée sous le sceau de la mobilité high-tech. C'était il y a vingt-ans. Pour autant, l'obsession des Japonais pour l'électronique nomade ne date pas de cette année-là, elle remonte bien plus loin dans le temps, au moment où Sony mis sur le marché ses premières radios à transistor, 34 ans auparavant. Reste que depuis, progrès techniques et miniaturisation aidant, elle n'a fait que s'amplifier.



La preuve, en 1999, internet entre dans la poche des Japonais, avec le lancement en février du fameux « i-mode » par NTT Docomo, filiale de services mobiles de NTT, née en 1992 juste avant la commercialisation des téléphones portables dits de deuxième génération (2G), les premiers appareils fonctionnant sur réseau cellulaire numérique (normes PDC et PHS au Japon).



La première application-clef de l'imode, c'est bien entendu l'e-mail mobile, compatible avec les courriers électroniques pour PC. L'adoption de standards, comme le langage HTML, et d'un modèle économique bénéfique pour tous les acteurs de la chaîne de contenus sont les facteurs essentiels du succès fulgurant de l'i-mode au Japon, un concept sur l'histoire duquel nous reviendrons en détail le mois prochain, lorsqu'il célébrera ses 10 ans.


Pour terminer en soulignant à quel point la mobilité électronique est un moteur de l'innovation au Japon, signalons que 1999 est l'année de naissance du premier robot de compagnie, le chien AIBO, encore un emblématique objet nippon signé Sony. 1999, c'est aussi l'année de sortie au Japon de Princesse Mononoke, le film d'animation qui propulsa son réalisateur Miyazaki sur le devant de la scène mondiale.



Que nous réserve 2009 ? Qui vivra verra. Soyons patients, l'année ne fait que commencer et on vous la souhaite à nouveau très belle.



PS : pour en savoir plus sur toutes les trouvailles et faits qui ont marqué la société nippone dans les années intermédiaires à celles mises en vedette ici, reportez-vous à l'essai publié dernièrement par l'auteure de ces lignes, « Les Japonais », aux éditions Tallandier. Le premier tirage étant épuisé, les nouveaux acheteurs bénéficieront d'une version actualisée prenant en compte les récents événements économiques.


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Une bien aimable critique ma foi...

Publié par K. Poupée le Dimanche 7 Décembre 2008, 01:07 dans la rubrique People

Parue sur le blog de l'historien et éditeur Frédéric d'Agay

Le Wa des Japonais

La Chine est à la mode depuis plusieurs années et nous avons vite oublié que les Japonais nous ont longtemps fait peur ou rêver. L’Europe les a laissé tomber, politiquement et diplomatiquement, car économiquement ce sont souvent des adversaires. Ce peuple fascinant est mal compris, très peu connu en vérité. 


Nous vivons sur des fantasmes et des critères issus des romans d’Amélie Nothomb ou du film « Lost in translation ». Bien sûr, tous ceux qui ont été au Japon se sont reconnus dans les deux cas. Mais le Japon n’est pas que cette société incompréhensible et paradoxale. C’est un merveilleux pays de culture qui allie la modernité à la tradition.

Tokyo est une mégalopole polluée et surpeuplée avec ses échangeurs d’autoroute de bande dessinée de science fiction, à deux pas du jardin d’iris de l’impératrice au parc Meiji qui est un des endroits les plus romantiques du monde. Le charme de la ville et du pays n’est pas donné au premier voyage. C’est comme pour la nourriture nippone, il faut être apprivoisé, mais une fois qu’on l’est, le Japon peut devenir une drogue dont on ne peut se passer.



Karyn Poupée
, journaliste, correspondante de l’AFP à Tokyo nous plonge dans la réalité japonaise d’aujourd’hui dans un ouvrage sobrement intitulé « Les Japonais ». Elle nous tisse un portrait de cette société qui est une très fine analyse psychologique, un brillant essai « à l’américaine » et un reportage très bien monté. C’est un livre tout simple. Partant du passé récent et se projetant dans l’avenir, Karyn Poupée nous démonte cette société, les traumatismes de la guerre perdue, l’américanisation, la montée de la puissance industrielle qui révéla un Japon qui travaille, se tient les coudes, mais surtout réfléchit et fait appel au Japon de toujours, de l’exactitude, de la politesse, de l’efficacité, de l’élégance, de l’esprit d’équipe. Car être Japonais c’est être différent du reste du monde. Supérieur par ses qualités intrinsèques que l’on retrouve dans le terme « Wa », ce qui est bon et harmonieux, l’accord idéal entre les êtres et les choses, donc par extension ce qui est propre aux Japonais, ce qui est japonais. Ajouté à un autre kanji cela le nipponise par exemple wa-daïko signifie percussions japonaises.

Ce concept du Wa a entraîné un mouvement de créateurs, architectes et artisans appelé Mingei, qui signifie « artisanat populaire », nouveau concept de lignes de produits pour la vie quotidienne du peuple par des artisans ne signant pas leurs œuvres et possédant toutes les qualités de robustesse, élégance et du travail artisanal millénaire allié à la création. Il est l’objet d’une passionnante exposition au Musée du Quai Branly qui aide à mieux comprendre le Japon. Cet artisanat est ainsi défini par son créateur « être commode et d’un maniement aisé, être authentique et se révéler fiable à l’usage, nous apporter réconfort et tranquillité au fil d’une vie commune, nous devenir de plus en plus proche au fur et à mesure d’une utilisation qui se prolonge ».

Pour des années plus anciennes et l’art japonais, le musée Cernuschi présente actuellement des peintures sur paravents et rouleaux sur le thème des courtisanes qui est un peu une chronique de la vie quotidienne à Edo et Kyoto ou des images d’un « monde flottant » d’or et de brume. Voilà qui nous replonge dans un Japon ancestral et une peinture dont on ne se lasse pas. Plus contemporaine est l’exposition du design japonais d’aujourd’hui à la maison de la culture du Japon, justement intitulée ; « Wa : l’harmonie du quotidien ».

L’harmonie a une grande importance au Japon, comme la sensualité, mais aussi la ponctualité, le respect d’autrui, toutes choses que les Japonais ont du développer dans une nature hostile : menaces sismiques permanentes, tsunamis, volcans et typhons, aucune ressources naturelles sur ces îles montagneuses. Cela les a amené nous dit Karyn Poupée à innover en permanence : « Têtus et ambitieux, ils sont humbles par le verbe mais expriment leur fierté par leurs réalisations époustouflantes en donnant l’impression parfois de passer outre les limites du raisonnable. Le déchaînement de la nature est un puissant stimulant ». Ce livre nous donne des clefs pour mieux connaître la société nippone et réaliser que le « miracle japonais » n’est pas terminé.

Karyn Poupée, Les Japonais, Tallandier, 506 p. 25 Euros.

L’esprit Mingei au Japon. De l’artisanat populaire au design, Musée du Quai Branly jusqu’au 11 janvier 2009.
Wa : L’harmonie au quotidien. Design japonais d’aujourd’hui, Maison de la culture du Japon, jusqu’au 31 janvier 2009.
Images du monde flottant, Musée Cernuschi, jusqu’au 4 janvier 2009.


Critique tirée du Blog de Frédéric d'Agay: http://fredericdagay.blogspot.com/


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Hayao MIYAZAKI ne s'exprime pas qu'en images

Publié par K. Poupée le Dimanche 23 Novembre 2008, 10:53 dans la rubrique People

Cette chronique quasi hebdomadaire aurait pu être consacrée cette semaine à la récession qui a aussi atteint l'archipel nippon, mais cet article attendra, d'autant que, vu la débâcle internationale provoquée par les Américains, elle est là pour un moment, hélas. C'est qu'un autre sujet s'est imposé entre temps, après une rencontre avec le maître de l'animation japonaise, Hayao Miyazaki.




Combien de ses compatriotes auraient payé pour être ce jeudi 20 novembre à la place des quelques journalistes invités à déjeuner avec Miyazaki-sensei, créateur de chefs-d'oeuvre, récipiendaire des plus prestigieux prix cinématographiques mondiaux et adulé en son pays par trois ou quatre générations d'admirateurs.

Si Miyazaki trouve sa place ici, c'est que l'homme a son mot à dire à propos des surnommées "nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC)" et de l'usage, abusif, déconnecté de la réalité, qui en est parfois fait.



 
Pape des univers fantastiques, Miyazaki semble culpabiliser et s'explique. "En vérité, le monde dans lequel évoluent actuellement les enfants est virtuel, et mes dessins animés en font partie, au même titre que la télévision, les jeux vidéo, les e-mails, les écrans des téléphones portables, les mangas (bandes dessinées)", reconnaît la sommité de l'animation.
Miyazaki met ainsi en garde contre les risques de la communication désincarnée, de l'isolement face à l'écran, un phénomène particulièrement visible au Japon. Il n'est pas le seul, heureusement, mais assurément sa voix de sage porte et mérite d'être répercutée.



Pour son dernier film "Gake no ue no Ponyo", sorti en juillet au Japon et programmé en avril prochain en France, Miyazaki a laissé de côté les ordinateurs. "Umaretekite yokatta" (c'est bien que tu sois née), a-t-il écrit à côté de la fillette petit poisson rouge à visage humain "Ponyo" après l'avoir découverte sur une feuille de papier sous la mine de son crayon pastel. Toutes les planches, 170.000, qui composent le film ont été ainsi dessinées, par lui et quelque 70 assistants. Seule phase informatique: l'enchaînement final des images, pour créer l'animation.


Miyazaki en est persuadé "les gens n'attendent plus rien de surprenant des techniques numériques". Il a recouvré, avec Ponyo, des nuances que les souris et stylets n'avaient pas révélées, des forces qui se voient, des ratures qui laissent des traces. Il a souffert, empli des poubelles de boules froissées, tentatives vaines. Et combien de cigarettes allumées, rageusement écrasées?
C'est à ce retour au tangible, au labeur, à la dureté du réel, à la cruauté du temps, aux conflits intérieurs, à la mauvaise humeur, aux disputes salvatrices que nous invite Miyazaki. Les univers virtuels apparaissent comme des refuges, on y entre et on en sort quand bon nous semble, on allume, on éteint, on rejoint une communauté à tout moment, on la quitte sans même dire au revoir, on répond aux autres à temps choisi, on ignore qui on veut, on retourne au Moyen-âge ou se projette dans les siècles à venir via des jeux de rôle, c'est insensé, facile. Trop. Cette accessibilité permanente et cette faculté de fuir dans des mirages de pixels annihilent nos défenses innées face à un monde tel qu'il est, inquiétant et dangereux, avertit Miyazaki.



Que veut-il donc? Il aimerait que ses compatriotes, à commencer par les hommes politiques, s'attachent avant tout à créer un environnement naturel où les jeunes apprennent à affronter la vie réelle au lieu de jeter à corps perdu dans des coussins virtuels. "Face à un avenir incertain, il faut aider nos enfants à développer leurs capacités naturelles", implore le papa d'une famille de héros juvéniles qui peuplent ses films ("Mon voisin Totoro", "Princesse Mononoke", "Le Voyage de Chihiro" ou "Ponyo"). Les jeunes Japonais n'osent plus voyager à l'étranger. Ils ont peur: risques de terrorisme, de maladie, d'intoxication alimentaire, de vol ou d'agression, phobie de l'avion, sont autant de raisons invoquées pour rester chez soi. "Ils sont blasés, ont l'impression de tout savoir, de tout avoir vu, grâce à la télévision et à Internet", témoigne le directeur de la plus importante agence de voyage japonaise, JTB. 




"Avant d'apprendre à un petit à lire et à écrire, il faut lui donner les moyens d'affronter l'univers", insiste pour sa part Miyazaki, metteur en scène hors pair d'une nature déchaînée et parfois hostile, où les terrifiantes bébêtes voisinent avec de trognons insectes. Et ce dessinateur, arrivé dans le milieu de l'animation par la télévision, et désormais admiré dans le monde entier, de citer en exemple la crèche iconoclaste créée récemment dans ses studios (Ghibli), pour accueillir les chérubins de ses jeunes collaborateurs. "C'est une drôle de bâtisse dans laquelle il y a des trous, des escaliers, des échelles; dans le jardin il y a des pierres, des creux, des bosses. Les mômes ont d'abord été un peu déstabilisés, apeurés, mais ils se sont adaptés, ils ont appris à se débrouiller et maintenant ils se sentent en confiance, ils s'amusent", décrit le maître des métaphores imagées. 

 

Par ailleurs, pour que son univers unique ne disparaîsse pas un jour avec lui, les Studios Ghibli vont recruter et former durant deux ans une vingtaine de techniciens d'animation nippons, sous la conduite de Hayao Miyazaki lui-même et de son fidèle complice et producteur Toshio Suzuki, afin d'assurer une relève de qualité, alors que des maisons de production nippones sont de plus en plus tentées de confier les tâches d'animation à des firmes étrangères (chinoises par exemple) offrant des coûts de réalisation inférieurs. Pour autant, il ne faut pas voir dans ce passage de relais une quelconque volonté de filiation purement nationale. Que l'Etat japonais souhaite faire de ses oeuvres, de sa renommée et des arts nippons en général des outils pour asseoir la domination du Japon le révulse. Miyazaki est un universaliste.



"Nous devons libérer nos enfants des discours nationalistes et autres propos ridicules", supplie-t-il, jugeant que ce n'est pas de la sorte que l'on fait admirer un pays ni que celui-ci s'en trouve grandi sur le plan diplomatique. "La guerre nous a enseigné que la ville ou la nation que l'on aime est susceptible de commettre quelque chose de mal", a-t-il rappelé à l'adresse de ceux qui n'ont pas ce souvenir. Autant vous dire que Miyazaki n'a pas de mots assez durs contre l'actuel Premier ministre japonais, Taro Aso, un populiste, certes vrai connaisseur de l'univers du manga, mais qui fait malignement de cette passion personnelle son atout politique vis-à-vis des jeunes, en mêlant le tout à un discours patriotique décomplexé. "C'est une honte!", s'insurge Miyazaki, refusant d'être instrumentalisé par un pouvoir politique aux relents nauséabonds. On comprend volontiers le malaise qu'il peut ressentir à voir le chef du gouvernement se donner en spectacle dans les quartiers des "otaku" et se vanter de faire partie de leur communauté, sans faire le nécessaire distingo entre les amateurs de manga et animation modérés, socialement intégrés, normaux devrait-on écrire, et ceux qui relèvent de la psychiatrie, ne vivant plus qu'isolés dans une bulle infrangible immatérielle, presque déshumanisés. "La politique de ce pays n'est en rien pensée pour les enfants, pour leur permettre de se préparer à l'avenir, à la confrontation avec autrui", répète Miyazaki.



 
Alors, concède-t-il, face à cette emprise du virtuel, "c'est un vrai dilemme pour moi de penser que je contribue à dépouiller les jeunes générations de leur aptitude à se frotter au milieu réel, et chaque fois je m'interroge sur la suite, sur ce que je dois faire", avant d'avouer sa vraie motivation. "En même temps, je suis heureux si un film reste gravé pour la vie dans la mémoire d'un enfant, c'est une jolie expérience,  alors je continue".



Miyazaki a dit beaucoup d'autres choses, abordé beaucoup d'autres sujets, et nous aurons donc l'occasion de lui consacré d'autres articles.




Miyazaki est aussi un des personnages qui trouvent leur place dans

"Les Japonais", essai (sociologie, histoire, politique, économie, etc.) paru en septembre aux éditions Tallandier.



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Le "choc Toyota"

... le titan mis à rude épreuve

Publié par K. Poupée le Samedi 8 Novembre 2008, 00:21 dans la rubrique économie


En allant à l'hôtel ANA Intercontinental de Tokyo le 06 novembre à 15 heures, on savait qu'il y aurait foule de journalistes pour écouter les dirigeants de Toyota. On savait également que les bonnes nouvelles dont le titan nippon était coutumier ne seraient cette fois pas de mise. Et pour cause: comment pouvait-il être le seul du secteur de l'automobile à afficher des résultats et perspectives réjouissants dans cette période de marasme tous azimuts et alors que le mastodonte américain General Motors est au bord de la faillite? Mais le tableau économique dressé par un ponte du groupe japonais fut bien plus noir qu'aucun ne l'imaginait. Volontairement?


Le champion Toyota a en tout cas fait état de prévisions alarmantes après une vertigineuse chute de ses ventes et profits au premier semestre de l'exercice budgétaire, subissant durement les effets de la débâcle banco-financière sur les achats de véhicules, sur l'octroi de crédits et sur les taux de change.
"Nous n'avons jamais connu une période si difficile", a d'emblée déclaré le vice-président exécutif de Toyota, Mitsuo Kinoshita. Entre avril et septembre de cette année, le groupe Toyota Motor, qui comprend les marques Toyota, Lexus, Daihatsu et Hino,  a vendu 510.000 véhicules de moins que l'an passé à la même époque, soit 4,64 millions.
"La conjoncture est mauvaise sur tous les plans", et notamment aux Etats-Unis où le géant n'est pas parvenu à dégager de marges, c'est dire, même si sa part de marché, 17%, n'y a jamais été aussi élevée. Déduction: ses concurrents sont encore plus touchés que lui, ce qu'on n'ignorait pas.
Au Japon, ses profits ont été divisés par deux à cause là encore d'une contraction des ventes. En Europe de l'Ouest, cela ne va pas fort non plus. Seule bonne nouvelle: les achats de Toyota continuent de grimper en Russie, en Asie (hors Japon) et en Amérique du Sud (Brésil principalement).




Egalement victime de la cherté des matières premières et des variations erratiques des prix du pétrole, Toyota a sabré de plus de moitié son estimation de bénéfice net pour l'exercice d'avril 2008 à mars 2009, incapable de réaliser en totalité les économies prévues. Le groupe, qui est un des plus atteints par la hausse du yen face au dollar et à l'euro, table désormais sur un bénéfice net de 550 milliards de yens (4,4 milliards d'euros), une somme encore rondelette mais beaucoup moins que les 1.250 milliards espérés auparavant. Le géant de Nagoya (centre) a aussi taillé ses évaluations de chiffre d'affaires annuel (23.000 milliards de yens - 177 milliards d'euros -  au lieu de 25.000 milliards de yens). Il se prépare en outre à endurer une dégringolade de 74% sur un an de son profit d'exploitation, à 600 milliards de yens (
4,6 milliards d'euros), un coup dur selon lui inimaginable il y a ne serait-ce que trois mois. Et M. Kinoshita d'énumérer : la flambée des cours du pétrole et de l'acier, la crise des prêts hypothécaires "subprime", la faillite de la banque Lehman Brothers, la chute des Bourses, le bond du yen, la désertion des investisseurs... : "Où trouver la stabilité ? C'est vraiment très difficile".




"L'économie réelle, notamment celle des pays industrialisés, a été percutée par la crise financière et c'est le secteur automobile qui a été le plus durement touché", a-t-il assuré "Quelle sera la taille du marché américain cette année ? 13,5 millions ?, compte-tenu des multiples problèmes, et notamment du fait que les banques ne prêtent plus d'argent et que les consommateurs n'ont pas le moral..."
"Prévoir la sortie de crise est bien difficile, même les experts économistes ne savent pas", a encore déclaré M. Kinoshita, lequel espère toutefois que les choses redémarreront à partir de la fin de l'année prochaine.
Habitué à regarder ses ventes augmenter allègrement d'année en année en roulant sur le terrain de concurrents occidentaux, Toyota s'attend cette fois à un recul, pour la première fois en une décennie. Il se montre dès lors solidaire de l'américain en difficulté General Motors, bien que lui disputant amicalement la place de numéro un mondial du secteur. Les deux groupes ne sont pas des rivaux prêts à tout pour terrasser l'autre. Au contraire, ils ont depuis 20 ans des liens aux Etats-Unis (usine) et le japonais n'a pas l'intention de les rompre, surtout pas en ce moment.



Au final, Toyota pense écouler 8,24 millions de véhicules toutes marques confondues (Toyota, Lexus, Hino, Daihatsu) dans le monde durant les douze mois allant de mars dernier à avril prochain, contre 8,91 millions livrés au cours des douze mois précédents. Pour la suite? Impossible de le dire pour le moment. Les évaluations de ventes pour l'an prochain seront révélées en décembre, mais, a averti M. Kinoshita, "les chiffres seront sévères, cela ne fait pas de doute".
Face à cette redoutable adversité, Toyota, fidèle au bréviaire des fondateurs, veut se battre.
"On a vécu de multiples crises, on a toujours progressé et on a bien l'intention de continuer. Ces périodes sont une occasion pour opérer des changements décisifs (...), nous voulons impérativement recouvrer la croissance", a martelé M. Kinoshita.


La firme a monté en toute hâte un "Comité d'amélioration urgente des revenus et profits", structure présidée par le patron Watanabe et qui doit tout passer au crible pour trouver où et comment régénérer en interne des marges mangées de l'extérieur. "Les projets (nouvelles usines, nouveaux modèles) seront également disséqués et corrigés au besoin en termes de temps et d'ampleur", a prévenu M. Kinoshita. Si les salariés sous contrat à durée déterminée (CDD) et travailleurs intérimaires nippons risquent de faire en partie les frais de cette situation hors du commun (gel des nouveaux recrutements en CDD et non-reconduction), Toyota n'envisage en revanche pas une seconde de licencier.



Il va de plus en plus orienter ses gammes vers les modèles hybrides, compacts et ultérieurement tout électriques, en exploitant au maximum ses innombrables atouts techniques, ainsi que ses ressources matérielles et humaines.
Pas question de couper sans ménagement dans les dépenses de recherche et développement (R&D), toujours jugées cruciales, et plus encore lorsqu'il faut relever le défi aujourd'hui posé. En redéployant ses moyens, il entend mettre vite sur le marché une offre de modèles écologiques et accessibles qui collent au plus près à la demande actuelle des clients. "Ce n'est pas seulement une réaction appropriée aux changements conjoncturels, c'est aussi une politique tournée vers la croissance future", se console M. Kinoshita.


Géant emblématique du Japon, Toyota a évidemment provoqué une déflagration (cela s'est vu dans la titraille des journaux "panique, choc" et sur son cours de Bourse le lendemain, en chute).


Mais on ne peut exclure qu'il ait sciemment voulu noircir le panorama pour susciter des réactions salutaires en interne et dans des milieux politico-financiers, tant pour lui-même que pour ses fournisseurs et concurrents, tous à bord du même navire à la dérive.
 



L'histoire, la philosophie, les méthodes et processus industriels du groupe Toyota vous intéressent?

Eh bien lisez
"Les Japonais", essai (sociologie, histoire, politique, économie, etc.) paru en septembre aux éditions Tallandier.


 

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